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Je n'ai pas honte de Mike Ward

27/09/2015 09:26 EDT | Actualisé 27/09/2016 05:12 EDT

Mike Ward est un humoriste. Un humoriste que l'on qualifie de trash. Trash au point de lui intenter une poursuite parce qu'il se serait moqué du symbole que représentait le « Petit Jérémy » il y a cinq ans. Le « Petit Jérémy » qui, rappelons-le nous, a bénéficié d'une couverture médiatique l'ayant envoyé aux quatre coins du globe il y a quelques années. Plusieurs personnes se sont attachées à son histoire alors que d'autres ont décidé d'en rire, même si l'un n'empêche pas l'autre.

Aujourd'hui, les gérants d'estrade crient au scandale et appuient la poursuite contre l'humoriste. Parce qu'eux ne trouvent pas, ou ne trouvent plus, la chose drôle, cette chose doit maintenant être passible de sanction. Sous le couvert de l'évolution, ils affirment que ce genre d'humour n'a plus sa place à l'ère actuelle. C'était comique avant, ce ne l'est plus maintenant. Eux ont compris. Au lieu de dire qu'ils ont changé de perspective ou d'opinion, ils disent qu'ils ont évolué, laissant sous-entendre que ceux trouvant encore la blague rigolote le sont moins.

Au lieu de passer leur chemin, ils veulent voir la chose proscrite, muselée, bannie. Ils veulent s'assurer que ce genre humoristique sera dorénavant jugé et que les coupables seront dénoncés.

En attaquant l'humour à coup de poursuites, on tente de rendre objectif ce qui ne l'est pas : le bon goût, le « politiquement correct ». Ce qui est apprécié par l'un ne l'est pas forcément par l'autre. Qui trace la limite de l'acceptable?

Un jour ou l'autre, nous sommes tous amenés à vivre des évènements nous amenant à réorienter notre vision de certaines choses. Il se peut que les blagues de pédophilie n'aient plus leur place dans notre vision de l'humour lorsque nous avons des enfants. Il se peut que les blagues à propos des mourants ne nous fassent plus rire lorsque nous perdons une personne du cancer. Toutefois, nous ne sommes pas de meilleures personnes pour autant. Nous ne sommes pas plus intelligents. C'est notre rapport personnel à ce type d'humour qui change, tout simplement, et nous ne pouvons demander aux autres d'abonder dans le même sens que nous.

Les humoristes peuvent-ils encore rire des handicapés, des personnes âgées, des parents, des stéréotypes, et ainsi de suite? Un jour, quelqu'un a dit que s'empêcher de rire d'une chose contribuait à la stigmatiser davantage. Qu'en pensez-vous? Je concède qu'il puisse y avoir un certain «danger» lorsque la blague n'est plus reçue comme une blague, mais comme une vérité, mais même dans ce cas, est-ce légitime de poursuivre l'orateur? Je ne crois pas.

Au lieu de ne pas encourager un humoriste (en n'achetant pas de billets de spectacle, par exemple), on exige la censure. Nous souhaitons imposer notre vérité à l'autre au lieu d'admettre que vérité n'égale pas opinion, mais perception. Si un verdict de culpabilité est rendu, cela créera un précédent qui n'est pas souhaitable; un précédent qui plongera l'expression dans la peur. Je préfère, et de loin, avoir le choix de ne pas encourager un artiste plutôt que me faire imposer la décision de ne pas l'encourager.

Que le « Petit Jérémy » ait subi de l'intimidation est une chose déplorable. Cependant, nous pouvons douter que cela soit directement lié aux propos tenus dans le spectacle de Mike Ward. Je me souviens très bien qu'un nombre incalculable de gens riaient à gorge déployée du « Petit Jérémy » et les propos de l'humoriste n'avaient pas besoin d'être utilisés pour mener l'hilarité à son comble. Les gens n'ont jamais eu besoin de quelqu'un pour se moquer d'un individu. Ils ont assez d'imagination pour le faire eux-mêmes.

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