Vincent Geloso

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La Révolution tranquille et la Grande Noirceur: un regard révisionniste

Publication: 05/06/2012 06:58

Au même jour le 22 juin 1960, il y a donc 52 ans, le Québec mettait un terme au règne de l'Union Nationale qui dirigeait la province depuis 1944. C'était aussi le début de qu'on appelle maintenant la « Révolution tranquille » et la fin de la « Grande Noirceur ». Le premier exemplifie la modernisation du Québec, le second est utilisé pour décrire une période de stagnation ou de retardation pendant le règne de Maurice Duplessis et son Union Nationale. Enfin, c'est ce qu'on essaie de nous faire croire.

Il y a maintenant trois ans lors de mon arrivée à la London School of Economics, j'ai entamé un minutieux ouvrage de collection de données pour étudier la transition de la « Grande Noirceur » à la « Révolution tranquille ». Au cours de mon travail, j'ai été sidéré de voir la pauvreté des livres d'histoire en termes de statistiques pourtant si facilement disponibles dans les recensements, annuaires statistiques, enquêtes et journaux financiers de l'époque. J'ai été encore plus frappé de remarquer que la « Grande Noirceur » n'avait rien d'une stagnation, mais plutôt d'une période de rattrapage rapide après des décennies de déclin et d'industrialisation manquée. De plus, la « Révolution tranquille » n'avait pas les grandes allures de révolutionnaire qu'on lui attribue.

Déclin avant la Seconde Guerre mondiale

Alors que le Canada entamait son industrialisation à l'aube du 20e siècle, le Québec manque le train. En pourcentage de l'Ontario, les salaires et la production par employés ajustés pour l'inflation étaient respectivement de 97% et 101% en 1905. En 1919, on parlait de 75% et 77%, une proportion qui était restée sensiblement identique jusqu'en 1939. Relativement aux États-Unis et à l'Ontario, le revenu personnel réel des Québécois décline au cours des années 1920 jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. En considérant l'impact des taxes et impôts sur le revenu, ce déclin devient plus prononcé. Les recensements montrent qu'entre 1921 et 1941, les gains annuels totaux des habitants de Montréal et de Québec chutent en pourcentage des habitants de Toronto.

Même s'il n'y a pas de mesure pour le produit intérieur brut de l'Ontario avant 1960 (rendant impossible la comparaison avec le Québec), cette mesure est disponible pour le Québec et le Canada. En 1926, le Québec avait un PIB réel par habitant équivalent à 94,9% de celui des Canadiens. En 1939, on parle plutôt de 93,4% et donc d'une stagnation. Relativement aux États-Unis, il y a un déclin très prononcé jusqu'à 1939 qui s'accélère pendant la guerre pour tomber à 54%. Quant à l'Ontario, il y a une autre mesure disponible, le revenu personnel disponible qui démontre qu'en 1926, les Québécois gagnaient 68,2% de ce que les Ontariens gagnaient comparativement à 63,6% en 1939 et 61,2% en 1945.

Le déclin n'est pas qu'économique! Il se produit aussi sur le plan de l'éducation. Les données des recensements extraites par Chris Minns de la London School of Economics et sa collègue Mary McKinnon montrent que le Québec a perdu une avance qu'il possédait sur l'Ontario et le reste du Canada. En 1901, les écoliers et élèves du Québec qui étaient présents en classe (et non pas seulement inscrit) représentaient 40.74% de la population âgée entre 5 et 19 ans comparativement à 39.97% en Ontario et 38.25 % au Canada. En 1931, le Québec avait perdu sa mince avance même si la proportion s'était hissée à 51.9% puisque celles de l'Ontario et du Canada avait augmenté à 61.5% et 55.5%. Quant à la population aux études post-secondaires en pourcentage des personnes âgées entre 20 et 24 ans, elle diminue relativement à l'Ontario entre 1925 et 1940.

Les seuls indicateurs positifs sont ceux de l'espérance de vie et de la mortalité infantile. Le Québec rattrape un large échantillon de provinces canadiennes, de pays industrialisés et non-industrialisés en termes de mortalité infantile. Toutefois, l'écart demeure gigantesque. En 1924, le Québec est 60% au-dessus de la moyenne de cet échantillon comparativement à 45% en 1939. Relativement à l'Ontario, le Québec perd du terrain quant à la mortalité infantile. Même sur le plan de l'espérance de vie, l'écart se creuse face à l'Ontario : 5,45 ans d'écart en 1921 contre 5,63 en 1939.

Avant la guerre, le Québec décline sur tous les plans et c'est seulement après la guerre - pendant la soi-disant Grande Noirceur - qu'il commence son rattrapage.

Rattrapage après la Seconde Guerre mondiale

Avant 1939, le meilleur scénario indique que le Québec se développait en parallèle au Canada - il ne le rattrapait. Après la guerre jusqu'à 1960, c'est l'inverse. Il rattrape l'Ontario (il passe de 61,2% à 72,2%) en ce qui concerne le revenu personnel disponible et il efface une partie importante de l'écart qu'il avait creusé avec les États-Unis. Entre 1945 et 1960, les Québécois ont vu leurs revenus réels augmenter de 31% et leurs revenus disponibles de 33%. Par comparaison, les Canadiens ont vu leur revenu augmenter de 26% et leurs revenus disponibles (corrigés pour impôts) de 25%.

Dans les ménages québécois, on retrouve de plus en plus de biens ménagers qui ont contribué à réduire l'importance des corvées ménagères pour les femmes à la maison. L'écart au niveau des réfrigérateurs entre le Québec et l'Ontario se rétrécit, le Québec accentue son avance au niveau de la plomberie intérieure. Le progrès au niveau de ses deux indicateurs ne devrait pas être sous-estimé puisque la littérature économique a identifié un lien entre ces biens et la présence des femmes sur le marché du travail.

Même sur le plan de l'éducation, il y a un rattrapage qui se produit. Alors que l'écart demeurait stable entre le Québec et l'Ontario entre 1925 et 1945, il se renfermait par la suite. En 1945, la proportion des élèves et écoliers présents à l'école relativement à la population âgée de moins de 14 ans était de 44,3% comparativement à 60,5 % en Ontario. En 1960, on parlait de 55,9% au Québec et de 66% en Ontario. Au niveau post-secondaire, la population d'étudiants au niveau postsecondaire en pourcentage de la population âgée entre 20 et 24 ans au Québec dépasse l'Ontario à partir de 1955. Sur le plan de la santé, le Québec entame un rattrapage rapide et continu relativement à l'Ontario. Par exemple, en 1960 l'écart pour l'espérance de vie entre le Québec et l'Ontario est de seulement 0,84 ans.

Sur le plan des mœurs sociales, on voit aussi un changement important. À partir de 1948, il est estimé qu'entre 30 et 50% des catholiques de Montréal cessèrent d'aller à l'Église pour célébrer la messe. Le nombre de naissances par 1,000 habitants diminue rapidement et atteint le niveau de l'Ontario, les divorces augmentent rapidement et le nombre de mariages par 1,000 habitants diminue continuellement. L'emprise de l'Église sur le comportement privé des Québécois semble commencer à s'effriter. Même les effectifs religieux par 1,000 habitants commencent leur déclin.

En gros, la Grande Noirceur est une période de rattrapage et de modernisation intense!

Une Révolution, vraiment?

Est-ce que la Révolution tranquille était vraiment une révolution? À certains égards, c'est le cas - particulièrement sur le plan de l'éducation. Toutefois, le rythme de progrès du Québec relativement au reste du Canada, Ontario ou États-Unis ne change pas. Il continue de rattraper à un rythme sensiblement égal en dépit de l'explosion des dépenses publiques et de la dette du Québec - qui avait diminué en ajustant pour l'inflation entre 1945 et 1960.

Si la Grande Noirceur n'était pas si obscure que nous laissent croire les livres d'histoire, comment qualifier la Révolution tranquille? Après tout, si la Grande Noirceur n'est pas si noire qu'on le prétend, la Révolution tranquille est aussi moins révolutionnaire qu'on ne prétend. À l'occasion du 52e anniversaire de l'élection qui a marqué le début de la Révolution tranquille, peut-être est-il temps de rouvrir nos livres d'histoire?

 
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Au même jour le 22 juin 1960, il y a donc 52 ans, le Québec mettait un terme au règne de l'Union Nationale qui dirigeait la province depuis 1944. C'était aussi le début de qu'on appelle maintenan...
Au même jour le 22 juin 1960, il y a donc 52 ans, le Québec mettait un terme au règne de l'Union Nationale qui dirigeait la province depuis 1944. C'était aussi le début de qu'on appelle maintenan...
 
 
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12:18 sur 06/06/2012
Vous enfoncez des portes ouvertes et vous passez à côté de l'essentiel: en gros, le terme désigne surtout la réaction conservatrice aux changements sociaux et économiques de l'après-guerre.

La «grande noirceur» (1945-59) désigne une période de réaction conservatrice aux changements sociaux (exode urbain, revendications syndicales entre autres) qui commencent à éclore et qui se réaliseront politiquement dans les années 60-70.

«on s'accorde généralement pour voir en cette période le moment où un «régime maintiendra de façon plus ostensible que jamais l'alliance avec la finance américaine et québécoise, avec les formes les plus abusives du patronat américain et québécois.»
http://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_Noirceur

Ça serait bien que vous mettiez votre énergie à l'étude du problème de l'accroissement des écarts de revenus des années 60 aux années 90 et à la période actuelle.
Bien plus révélateur.
10:18 sur 06/06/2012
J'étudie depuis quelques années l'histoire culturelle du Québec et j'en suis venu aux mêmes conclusions que vous: il est terriblement réducteur de parler de 'Grande noirceur' dans une période de prospérité économique sans précédent dans l'histoire de la province. Même chose dans mon domaine, l'histoire culturelle, qui est en ébullition durant cette période.

Au fond, le mythe de la Grande noirceur sert à en bâtir un autre, celui de la Révolution tranquille. Je dirais même ce dernier mythe en propage un autre, beaucoup plus large et qui prend une signification particulière dans le contexte actuel: l'idée que le progrès social est l'oeuvre de tel ou tel gouvernement ou parti politique. Les réformes du gouvernement Lesage auraient été beaucoup moins populaires, voire n'auraient jamais eu lieu, sans ce courant de remises en question des années '40 et '50.

Loin de toujours être des précurseurs, nos gouvernement sont souvent les derniers à s'adapter.
22:17 sur 05/06/2012
Vos propos me font penser à Tocqueville analysant la Révolution française. Lui aussi constata qu'au-delà des 'ruptures', il y avait continuité avant et après la Révolution (la centralisation étatique notamment). Le révisionnisme est facile à faire quand on mélange les niveaux d'analyse. Une révolution tient d'abord d'un mythe, d'une perception, d'une représentation qu'une société se donne d'elle-même. Pour qui s'en tient à la 'réalité' factuelle sous-jacente, économique ou sociale, les changements peuvent être imperceptibles. Un homme peut du jour au lendemain se percevoir différemment, voir le sens de sa vie complètement bouleversé, il n'en conservera pas moins le même poids, il consommera le même nombre de calories, vivra au même endroit avec les mêmes gens. La Révolution tranquille est pour moi d'abord une nouvelle représentation que la société québécoise se donne d'elle-même, pas un changement de la loi de la gravité.
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18:44 sur 05/06/2012
Je suis d'avis que la fin de la deuxième grande guerre a eu un effet extrêmement vivifiant sur la société québécoise. J'attribuerais les quelques avancées de notre société à ce souffle de fraîcheur. Car le Québec a effectivement été très isolé de ses voisins, très refermé sur lui-même, et pendant longtemps.

Je pense que le gouvernement Duplessis, par ses valeurs conservatrices a été un frein majeur à l'émancipation des québécois. C'était un régime paternaliste qui s'est appuyé sur l'Église pour maintenir son influence sur le peuple. Duplessis a appuyé les entrepreneurs sans nuance, et a freiné la prise en main de l'énergie hydroélectrique. Il n'y avait pas de Ministère de l'éducation sous Duplessis.

Lesage a été l'instigateur d'une véritable révolution. Il a laissé les réformateur s'exprimer et tenter des expériences. Seize ans plus tard, le terreau était assez fertile pour donner naissance au parti Québécois.
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06:32 sur 07/06/2012
Les historiens sont de votre avis.
Le modèle scandinave est né lui aussi après la guerre alors que les femmes ont été mobilisées et ont poussé à la formation de grands syndicats.
On a vécu la même chose ici mais on partait de plus loin. On a surtout vécu un exode rural.
Et la «grande noirceur» désigne bien la réaction conservatrice à ces changements sociaux.
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19:15 sur 07/06/2012
La question de l'intégration des femmes sur le marché du travail est effectivement un facteur clé. Ainsi que leur droit de vote en 1940. Le clergé, sur lequel s'est tant appuyé Duplessis, a lutté ferme contre ce droit des femmes. C'était la grande noirceur, dans un contexte où le Québec était pourtant mûr pour progresser.
17:19 sur 05/06/2012
C'est là une vision purement statistique des choses. Il est bien vrai que le Québec s'est modernisé rapidement dès après la seconde guerre mondiale et que les mentalités ont commencé à évoluer. Il n'y aurait pas eu de révolution tranquille si elle n'avait été préparée dans les esprits et les mentalités. Mais ce qu'on appelle "grande noirceur" bien à tort, selon moi, correspond à l'obscurantisme de nos institutions. C'est la réforme et l'ouverture de ces institutions qu'on appelle révolution tranquille. En quelques années, nous avons eu droit à la création d'un ministère de la culture, à une grande commission d'enquête sur l'éducation, à la mise sur pied de l'assurance-hospitalisation, à la réforme de la fonction publique et de la sûreté du Québec, à la création de la Société générale de financement, à la nationalisation des compagnies d'électricité etc. etc. Ce n'est pas rien. C'est cela la révolution tranquille.
Louis Balthazar
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richard in obihiro
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04:07 sur 06/06/2012
L'obscurantisme de nos institutions, n'est-ce pas exactement cela que décrit la ''grande noirceur''?
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Godefroi
Honni soit qui mal y pense
11:37 sur 05/06/2012
«... Après tout, si la Grande Noirceur n'est pas si noire qu'on le prétend, la Révolution tranquille est aussi moins révolutionnaire qu'on ne prétend...»

Vous avez en bonne partie raison, il y a bel et bien eu une continuité imais il y a eu aussi rupture. Il n'y a pas que les statistiques pour le prouver. Vous avez complètement oublié de signaler dans votre texte les nouvelles orrientations prises par l'État québécois du Gouvernemet Jean Lesage au début des années soixante et après qui ont accélérer mais aussi diversifier beaucoup les progrès acquis sous Duplessis.

Durant la Grande Noirceur il n'y avait pas que du positif, pas un mot de votre part, comme un antisyndicalisme et un anticommunisme primaires, une domination exagérée de l'Église catholique sur la société, une éducation arriérée non gratuite, une exploitation éhontée des ressources naturelles, comme l'électricité. pas d'assurance-maladie, etc.
09:56 sur 05/06/2012
Attention, il me semble que vous sous-estimez la nature de la progression économique au Qc dans les domaines militaires et para-militaires (aéronautique, chantiers navals et secteur minier) qui découlent tous de la période de la 2e guerre mondiale et avec cela les transformations des styles de vie du point de vue des salaires, de la venue des femmes en usine, et des types de consommation.

Du point de vue social et culturel, les changements suivent ces transformations économiques, mais la dynamique culturelle reste la même. Les changements seront catalysés avec la Révolution tranquille qui correspond davantage à une consolidation des acquis de la 2e guerre et un souffle de modernisation co-dépendant des changements économiques des modes de vie. Période de sophistication culturelle avec la Révolution tranquille qui permet de marquer l'écart.

Quant aux thèses de Beauchemin Bourque, attention pas si clair. Excellent article et très pertinent. Merci.
09:54 sur 05/06/2012
Ce n'est pas la première fois que l'on tente de déconstruire la version nationaliste de l'avènement de la révolution tranquille que l'on nous enseigne dans les manuels d'histoire du secondaire. Certes, aucun historien ne remet en cause que le rattrapage économique commence bien avant 1960. La rupture se produit surtout au niveau des mentalités : déclin de l'influence du clergé qui débute dans les années 50, crise sociale dans la classe ouvrière qui se voit toujours interdire le droit de grève, américanisation des moeurs culturelles, etc. N'oublions pas également que l'État providence commence déjà à prendre de l'ampleur dès le début de la Deuxième Guerre mondiale et Duplessis n'est pas revenu contre les premières nationalisations de l'électricité de son prédécesseur. Bref, ce que nous dit l'auteur n'a rien de révisionniste en soi. Ça fait au moins 20 ans que les historiens réévaluent la place de la révolution tranquille dans l'histoire du Québec.
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Blogueur du Huffington Post
Vincent Geloso
16:14 sur 05/06/2012
Vous partez de la présomption que la nationalisation de l'électricité était une bonne chose, or Jean-Thomas Bernard de l'Université Laval a estimé que celle-ci n'a pas été rentable relativement à des bons du trésor avant 1998, oublions même face au marché boursier. Mes propres travaux (présentement en révision pour European Review of Economic History) illustrent que la production augmentation et les prix diminuaient constamment en comparaison aux États-Unis et à la Grande-Bretagne dans les années de non-réglementation entre 1920 et 1939. Notons aussi que l'intervention dans le monde de l'électricité a ouvert la porte à une politicisation de la ressource - que ce soit les blocs d'énergie aux alumineries ou les prix artificiellement bas qui causent une surconsommation d'électricité, du gaspillage et la perte de profits potentiels à l'exportation (ces profits deviendraient surtout des actifs pour les retraités qui mettent leurs argents dans des fonds de retraite). Notez que cet article n'est qu'une partie de mon argumentaire qui sera bientôt publié sous forme d'ouvrage académique.
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Pedro Individuo
09:34 sur 05/06/2012
Révisionniste? C'est plutôt un regard un réel, sans les lunettes romantiques révisionnistes

La "Révolution" tranquille n'en était qu'une socialiste.

Et la "grande noirceur" n'en était qu'une au plan des droits individuels
19:37 sur 05/06/2012
Révolution tranquille? Socialiste? Pas vraiment. C'étaient des libéraux qui étaient au pouvoir et ils ont fait amplement la promotion de l'entreprise au cours des années 60. Duplessis? Droits individuels? Les travailleurs n'avaient aucun droit et le clergé faisait en sorte de maintenir les femmes dans la sphère domestique dans la dépendance de l'époux.
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Pedro Individuo
20:02 sur 05/06/2012
" C'étaient des libéraux qui étaient au pouvoir et ils ont fait amplement la promotion de l'entreprise au cours des années"

Au travers de l'État : SOQUIP, REXFOR, Hydro-Québec, SOQUEM et j'en passe.

"Les travailleurs n'avaient aucun droit"

quoi, ils étaient esclaves?

" le clergé faisait en sorte de maintenir les femmes dans la sphère domestique dans la dépendance de l'époux."

1) elles n'avaient pas les chaines aux pieds
2) le mari gagnaient généralement assez pour que la famille n'ait besoin que d'un salaire, gracieuseté du capitalisme que tu honnis probablement
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Francois Rochon
Il n'y a pas de honte à préférer le bonheur
09:07 sur 05/06/2012
Puisqu'on réfère à la Grande Noirceur comme étant l'époque de Duplessis, il faudrait sans doute se demander si les progrès réalisés à cette époque au Québec étaient GRACE ou en DÉPIT de ce gouvernement.
La seconde guerre mondiale a jouée un rôle majeur dans le développement économique du Québec, qu'elle qu'ait pu être la volonté des autorités québécoises et ce tant au niveau de son industrialisation, de son urbanisation que de l'augmentation du niveau de vie. Baisse de la pratique religieuse en VILLE et la baisse des natalités en VILLE sont allées de pair avec la vie urbaine et le relâchement des liens communautaires..

La révolution tranquile a été la prise en main organisée et volontaire de ce dévelopement et son appropriation au bénéfice de l'ensemble de la collectivité. plutot que sa poursuite au profit des multinationales extérieures au Québec. La modernisation de l'État était au début des années soixante innéluctable et aurait tout aussi bien pu être l'oeuvre de l'Union Nationale renouvelée par Paul Sauvé et son désormais célèbre "Désormais"
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TVQC
Jean-François Cloutier
09:02 sur 05/06/2012
Merci!
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08:31 sur 05/06/2012
Bravo pour ce cours d'histoire appuyé sur des faits et des chiffres. C'est très "instructifs" et éclairant.

Les réponses à l'article sont déjà commencées. Ces réponses polarisées sur "le cheuf" opposent économie et l'évolution sociale . On remarque aisément que l'option économique démontre une "marche" vers l'avant ou une certaine progression pour le mieux. C'est mieux que rien. Par contre, les réponses de ceux "voulant et prônant" l'évolution sociale" ne démontrent rien, sinon un rêve, des idées, même pas une analyse et aucune base, aucun argument sinon des éléments "diffus" pour arriver je ne sais où, des éléments pour jouer avec l'intellect (j'oserais dire de s'opposer pour s'opposer) . Comme j'aimerais que ce modèle proposé et "nuagique" soit "modelisable" et appliqué à ceux qui le prône. Il n'y a rien de mieux que d'appliquer à "soi" et non aux "autres" le modèle que l'on met sur la table.

Étrange quand même.
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Blogueur du Huffington Post
Vincent Geloso
09:09 sur 05/06/2012
Bonjour desert222

Le Québec était beaucoup plus progressiste qu'on croit. En fait, même Duplessis était un homme différent entre 1945 et 1959. Par exemple, JAcques Beauchemin et Gilles Duchastel de l'UQAM ont pris la peine d'analyser la "lexicométrie" des discours de Duplessis (les termes, mots et expressions qu'il utilisait) pour réaliser que Duplessis n'était pas un conservateur traditionaliste. En fait, leur livre s'intitule "Restons traditionnels et progressifs. Pour une nouvelle analyse du discours politique : le cas du régime Duplessis au Québec". Au cours de mes propres recherches, j'ai pu trouvé des citations de Duplessis qui indique un attachement à la modernité (définie selon l'époque). En opposition aux conservateurs nationalistes et anti-développement du Québec qui ont dirigé la province avant 1945, Duplessis favorise l'émancipation des francophones des régions et ce même si il encourage l'agriculture (pour des raisons politiques). Son attachement au développement de l'industrie vise justement à cesser l'exhultation agraire. Le taux d'urbanisation fait d'ailleurs un bond important à l'époque. Finalement, Duplessis parle des bienfaits de l'éducation pour tous même les filles, un discours tout à fait révolutionnaire pour l'époque. On oublie ce progressisme de Duplessis dans la rhétorique conservatrice qu'il s'est servi pour la présenter. Beauchemin et Duchastel décrivent bien mieux que moi cette réalité, mais je pense vous en avoir fait un résumé honnête.
19:42 sur 05/06/2012
Non, mais un peu de nuance ici. Duplessis n'a tout au plus qu'électrifié les zones rurales, là où les électeurs unionistes étaient les plus nombreux (en nombre de circonscriptions également). Les bienfaits de l'éducation pour les filles? Il n'en parlait pas vraiment sur le plan de l'émancipation individuelle où encore, de la possibilité des femmes de faire carrière.
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Blogueur du Huffington Post
Vincent Geloso
09:10 sur 05/06/2012
Partie 2 de ma réponse

Pour ce qui est non-économique, il y une évolution importante - notons les comportements des familles que je note vers la fin (mariage, divorces, naissances), le déclin des effectifs religieux relativement à la population du Québec ainsi qu'un rattrapge du Québec sur le plan de l'éducation pré-universitaire et même le dépassement de l'Ontario sur le plan de la formation technique, profesionelle et post-secondaire (relativement à la population). J'ajoute aussi que sur le plan de l'espérance de vie et la mortalité infantile, le Québec rattrape rapidement l'Ontario après 1945 suite à des décennies de mouvements de scie sans tendance claire de rattrapage. Je note aussi que les biens ménagers commencent à permettre la libération des femmes et leur entrée sur le marché du travail ainsi qu'une utilisation plus fréquente, documentée par l'historienne Danielle Gauvreau, des méthodes de préventions (condoms) lors des relations sexuelles.
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10:13 sur 05/06/2012
Merci pour votre réponse
19:48 sur 05/06/2012
Il faut noter que la révolution tranquille ne transformera pas d'un coup les relations familiales. Les changements juridiques avantageant les droits de la femme commence seulement en 1964 avec le droit de la femme de signer des contrats hypothécaires. C'est plus dans les années 1970, avec l'arrivée des baby boomers à l'âge adulte, que les comportements changeront véritablement. C'est seulement en 1977 que la femme bénéficiera du même statut parental que l'homme au sein de la famille. Je pense que pour cette question, la périodisation grande noirceur-révolution tranquille n'est pas d'une grande utilité pour comprendre les mutations démographiques.
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richard in obihiro
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08:14 sur 05/06/2012
Pour être révisioniste, il faudrait que votre article traite au moins de l'aspect qui a valu son mom à la Grande Noirceur : un temps où un «cheuf» de gouvernement a su canaliser l'emprise qu'avait l'Église sur les esprits et la pensée de l'époque pour amener toute une population à sa vision simpliste de ce qu'est la chose politique : le patronage. Les quelques esprits qui voulaient que le Québec s'ouvre sur le monde et apprenne comment ça se passait ailleurs n'étaient pas de taille à lutter contre la propagande politico-religieuse qui insufflait toute la société : qu'il suffise de rappeler qu'il fallait, à l'époque, obtenir l'imprimatur de l'évêque avant de pouvoir publier un livre…
L'emprise de la religion était partout : le «chapelet en famille» à la radio, les prédicateurs qui prêchaient que «l'essentiel, c'est le ciel». Moi j'appelle ça la Grande Noirceur.
Même chose pour la Révolution tranquille, qui d'après vous n'avait rien de révolutionnaire : cette appellation de «révolution» lui vient de la rapidité avec laquelle les Canadiens-français de l'époque ont rejeté le «joug» de l'Église : trois siècles de dévotion religieuse, disparus en trois mois. Comment appeler autrement un mouvement qui a amené toute une population à brusquement rejeter ce qu'elle avait de plus précieux?
Et c'est dans cette foulée que le Parti libéral est arrivé au pouvoir et a relégué l'Union nationale aux «oubliettes».
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Blogueur du Huffington Post
Vincent Geloso
09:14 sur 05/06/2012
Cher Richard,

Je suis 100% d'accord que le Québec était hautement sous le contrôle de l'Église à l'époque. Toutefois, il faut regarder le cours des choses, comment celles-ci évoluaient-elles? Comme je le mentionne dans le texte, l'emprise de l'Église s'effritait déjà pendant la Grande Noirceur. Je documente tout cela plus en détail ici (http://vincentgeloso.com/2012/05/22/lemprise-de-leglise-1901-1960/). Rappelons nous qu'alors que L-A Taschereau avait refusé de défier l'Église sur la loi sur l'adoption dans les années, Duplessis ne se gêne pas de dire que le "Clergé mange dans sa main". À toutes fins pratiques, on remarque le début de l'effritement du pouvoir de l'Église pendant la Grande Noirceur. Cet effritement continuera pendant la Révolution Tranquille. La vraie révolution s'est produite lorsque les premiers individus à défier l'Église se sont manifestés - pendant la Grande Noirceur.
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richard in obihiro
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03:41 sur 06/06/2012
Vincent,
[première de deux parties]
Je ne suis pas en désaccord avec vous; j'estime simplement qu'à de très rares exceptions près, votre point de vue ne correspond pas au regard que les intellectuels de l'époque jetaient sur la société québécoise. Et quand tout est dit, c'est bien le regard qu'on jette sur l'époque même dans laquelle on vit qui influence les décisions politiques, culturelles, et même personnelles de toute une société. Ça ne peut pas être les «regards neufs» des historiens et statisticiens qui en font l'analyse un demi-siècle plus tard.
Il est évident qu'en privilégiant l'aspect économique plutôt que culturel ou religieux, on arrive à une vue de la situation différente de celle que rapportent les livres d'Histoire, mais cela n'infirme par pour autant le point de vue de ces historiens qui, après tout, ont vécu ce mouvement de société. Le vôtre, par contre, se veut plus englobant, mais je n'irais pas jusqu'à dire que ceux qui vous ont précédé «essaie[nt] de nous faire croire» à une «Grande Noirceur» qui n'aurait jamais existé ou, en tout cas, qui n'aurait pas été aussi «noire» qu'on le prétend.
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
richard in obihiro
translator
03:56 sur 06/06/2012
[2e de trois parties]
Vous parlez de rattrapage, mais sans démontrer s'il a eu lieu pendant ou après la Grande Noirceur.
Quand vous dites «[qu']à partir de 1948, […] entre 30 et 50% des catholiques de Montréal cessèrent d'aller à l'Église», vous ne précisez pas sur quelle période cela s'étend. On ne peut donc pas nécessairement fauter les livres d'Histoire qui rapportent une «cassure» qui se serait produite en une ou deux années. Après tout, 1948, c'est l'année du «Refus global», et beaucoup d'eau a coulé sous les ponts entre sa publication et le moment où il a pu être accepté comme étant la vision normale d'une société saine.

Idem pour l'éducation : les pourcentages d'étudiants au niveau post-secondaire dépassent ceux de l'Ontario, mais vos statistiques passent un fait important sous silence, à savoir que bien des étudiants fréquentent des «séminaires» plutôt que les universités, comme en Ontario. Et cela se reflète sur les idées sociales d'intellectuels influents issus de ces collèges classiques et dont bon nombre, justement, sont des clercs; cela explique peut-être cette paucité de statistiques qui vous a «sidéré», dans les livres d'Histoire.
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Blogueur du Huffington Post
Vincent Geloso
07:36 sur 05/06/2012
Bonjour,

En fait, comme vous pouvez voir dans mon article, je parle aussi des progrès en éducation, santé et même au niveau des moeurs sociales. Je peux aussi ajouter que le taux d'urbanisation s'accèlere, les campagnes se vident progressivement. J'ai aussi des données sur l'incidence de maladies corrélées au développement (décès de la diarhée par conte, oui on peut en mourrir). Les données sur l'éducation sont les plus prononcées.

Quant au climat politique, celui du Québec fait figure plutôt de "moyenne". Rappelons que pendant ces années, les États-Unsi et le reste du Canada sont aux prises avec la peur rouge. En Grande-Bretagne à l'époque, des ministres sont virés parce que leurs maîtresses étaient d'origine russe. En France, la censure existait encore à la fin des années 1960 comme Sardou a pu l'expérimenter avec sa chanson "Les Ricains" contre de Gaulle. Le Québec n'avait rien de "rétrograde" ni de progressif, il était même plutôt - et tristement - dans son temps.
06:37 sur 05/06/2012
Merci pour votre éclairage nouveau sur cette période . Ne vous surprenez pas si les adeptes de la pensé unique québécoise se montre choqué. C'est ça le Québec il faut penser comme la gang du plateau sinon on est pas un vrai québécois
22:03 sur 05/06/2012
Tout à fait, mais ils sont tous et toutes pour la "libarté".