Au même jour le 22 juin 1960, il y a donc 52 ans, le Québec mettait un terme au règne de l'Union Nationale qui dirigeait la province depuis 1944. C'était aussi le début de qu'on appelle maintenant la « Révolution tranquille » et la fin de la « Grande Noirceur ». Le premier exemplifie la modernisation du Québec, le second est utilisé pour décrire une période de stagnation ou de retardation pendant le règne de Maurice Duplessis et son Union Nationale. Enfin, c'est ce qu'on essaie de nous faire croire.
Il y a maintenant trois ans lors de mon arrivée à la London School of Economics, j'ai entamé un minutieux ouvrage de collection de données pour étudier la transition de la « Grande Noirceur » à la « Révolution tranquille ». Au cours de mon travail, j'ai été sidéré de voir la pauvreté des livres d'histoire en termes de statistiques pourtant si facilement disponibles dans les recensements, annuaires statistiques, enquêtes et journaux financiers de l'époque. J'ai été encore plus frappé de remarquer que la « Grande Noirceur » n'avait rien d'une stagnation, mais plutôt d'une période de rattrapage rapide après des décennies de déclin et d'industrialisation manquée. De plus, la « Révolution tranquille » n'avait pas les grandes allures de révolutionnaire qu'on lui attribue.
Déclin avant la Seconde Guerre mondiale
Alors que le Canada entamait son industrialisation à l'aube du 20e siècle, le Québec manque le train. En pourcentage de l'Ontario, les salaires et la production par employés ajustés pour l'inflation étaient respectivement de 97% et 101% en 1905. En 1919, on parlait de 75% et 77%, une proportion qui était restée sensiblement identique jusqu'en 1939. Relativement aux États-Unis et à l'Ontario, le revenu personnel réel des Québécois décline au cours des années 1920 jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. En considérant l'impact des taxes et impôts sur le revenu, ce déclin devient plus prononcé. Les recensements montrent qu'entre 1921 et 1941, les gains annuels totaux des habitants de Montréal et de Québec chutent en pourcentage des habitants de Toronto.
Même s'il n'y a pas de mesure pour le produit intérieur brut de l'Ontario avant 1960 (rendant impossible la comparaison avec le Québec), cette mesure est disponible pour le Québec et le Canada. En 1926, le Québec avait un PIB réel par habitant équivalent à 94,9% de celui des Canadiens. En 1939, on parle plutôt de 93,4% et donc d'une stagnation. Relativement aux États-Unis, il y a un déclin très prononcé jusqu'à 1939 qui s'accélère pendant la guerre pour tomber à 54%. Quant à l'Ontario, il y a une autre mesure disponible, le revenu personnel disponible qui démontre qu'en 1926, les Québécois gagnaient 68,2% de ce que les Ontariens gagnaient comparativement à 63,6% en 1939 et 61,2% en 1945.
Le déclin n'est pas qu'économique! Il se produit aussi sur le plan de l'éducation. Les données des recensements extraites par Chris Minns de la London School of Economics et sa collègue Mary McKinnon montrent que le Québec a perdu une avance qu'il possédait sur l'Ontario et le reste du Canada. En 1901, les écoliers et élèves du Québec qui étaient présents en classe (et non pas seulement inscrit) représentaient 40.74% de la population âgée entre 5 et 19 ans comparativement à 39.97% en Ontario et 38.25 % au Canada. En 1931, le Québec avait perdu sa mince avance même si la proportion s'était hissée à 51.9% puisque celles de l'Ontario et du Canada avait augmenté à 61.5% et 55.5%. Quant à la population aux études post-secondaires en pourcentage des personnes âgées entre 20 et 24 ans, elle diminue relativement à l'Ontario entre 1925 et 1940.
Les seuls indicateurs positifs sont ceux de l'espérance de vie et de la mortalité infantile. Le Québec rattrape un large échantillon de provinces canadiennes, de pays industrialisés et non-industrialisés en termes de mortalité infantile. Toutefois, l'écart demeure gigantesque. En 1924, le Québec est 60% au-dessus de la moyenne de cet échantillon comparativement à 45% en 1939. Relativement à l'Ontario, le Québec perd du terrain quant à la mortalité infantile. Même sur le plan de l'espérance de vie, l'écart se creuse face à l'Ontario : 5,45 ans d'écart en 1921 contre 5,63 en 1939.
Avant la guerre, le Québec décline sur tous les plans et c'est seulement après la guerre - pendant la soi-disant Grande Noirceur - qu'il commence son rattrapage.
Rattrapage après la Seconde Guerre mondiale
Avant 1939, le meilleur scénario indique que le Québec se développait en parallèle au Canada - il ne le rattrapait. Après la guerre jusqu'à 1960, c'est l'inverse. Il rattrape l'Ontario (il passe de 61,2% à 72,2%) en ce qui concerne le revenu personnel disponible et il efface une partie importante de l'écart qu'il avait creusé avec les États-Unis. Entre 1945 et 1960, les Québécois ont vu leurs revenus réels augmenter de 31% et leurs revenus disponibles de 33%. Par comparaison, les Canadiens ont vu leur revenu augmenter de 26% et leurs revenus disponibles (corrigés pour impôts) de 25%.
Dans les ménages québécois, on retrouve de plus en plus de biens ménagers qui ont contribué à réduire l'importance des corvées ménagères pour les femmes à la maison. L'écart au niveau des réfrigérateurs entre le Québec et l'Ontario se rétrécit, le Québec accentue son avance au niveau de la plomberie intérieure. Le progrès au niveau de ses deux indicateurs ne devrait pas être sous-estimé puisque la littérature économique a identifié un lien entre ces biens et la présence des femmes sur le marché du travail.
Même sur le plan de l'éducation, il y a un rattrapage qui se produit. Alors que l'écart demeurait stable entre le Québec et l'Ontario entre 1925 et 1945, il se renfermait par la suite. En 1945, la proportion des élèves et écoliers présents à l'école relativement à la population âgée de moins de 14 ans était de 44,3% comparativement à 60,5 % en Ontario. En 1960, on parlait de 55,9% au Québec et de 66% en Ontario. Au niveau post-secondaire, la population d'étudiants au niveau postsecondaire en pourcentage de la population âgée entre 20 et 24 ans au Québec dépasse l'Ontario à partir de 1955. Sur le plan de la santé, le Québec entame un rattrapage rapide et continu relativement à l'Ontario. Par exemple, en 1960 l'écart pour l'espérance de vie entre le Québec et l'Ontario est de seulement 0,84 ans.
Sur le plan des mœurs sociales, on voit aussi un changement important. À partir de 1948, il est estimé qu'entre 30 et 50% des catholiques de Montréal cessèrent d'aller à l'Église pour célébrer la messe. Le nombre de naissances par 1,000 habitants diminue rapidement et atteint le niveau de l'Ontario, les divorces augmentent rapidement et le nombre de mariages par 1,000 habitants diminue continuellement. L'emprise de l'Église sur le comportement privé des Québécois semble commencer à s'effriter. Même les effectifs religieux par 1,000 habitants commencent leur déclin.
En gros, la Grande Noirceur est une période de rattrapage et de modernisation intense!
Une Révolution, vraiment?
Est-ce que la Révolution tranquille était vraiment une révolution? À certains égards, c'est le cas - particulièrement sur le plan de l'éducation. Toutefois, le rythme de progrès du Québec relativement au reste du Canada, Ontario ou États-Unis ne change pas. Il continue de rattraper à un rythme sensiblement égal en dépit de l'explosion des dépenses publiques et de la dette du Québec - qui avait diminué en ajustant pour l'inflation entre 1945 et 1960.
Si la Grande Noirceur n'était pas si obscure que nous laissent croire les livres d'histoire, comment qualifier la Révolution tranquille? Après tout, si la Grande Noirceur n'est pas si noire qu'on le prétend, la Révolution tranquille est aussi moins révolutionnaire qu'on ne prétend. À l'occasion du 52e anniversaire de l'élection qui a marqué le début de la Révolution tranquille, peut-être est-il temps de rouvrir nos livres d'histoire?
La «grande noirceur» (1945-59) désigne une période de réaction conservatrice aux changements sociaux (exode urbain, revendications syndicales entre autres) qui commencent à éclore et qui se réaliseront politiquement dans les années 60-70.
«on s'accorde généralement pour voir en cette période le moment où un «régime maintiendra de façon plus ostensible que jamais l'alliance avec la finance américaine et québécoise, avec les formes les plus abusives du patronat américain et québécois.»
http://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_Noirceur
Ça serait bien que vous mettiez votre énergie à l'étude du problème de l'accroissement des écarts de revenus des années 60 aux années 90 et à la période actuelle.
Bien plus révélateur.
Au fond, le mythe de la Grande noirceur sert à en bâtir un autre, celui de la Révolution tranquille. Je dirais même ce dernier mythe en propage un autre, beaucoup plus large et qui prend une signification particulière dans le contexte actuel: l'idée que le progrès social est l'oeuvre de tel ou tel gouvernement ou parti politique. Les réformes du gouvernement Lesage auraient été beaucoup moins populaires, voire n'auraient jamais eu lieu, sans ce courant de remises en question des années '40 et '50.
Loin de toujours être des précurseurs, nos gouvernement sont souvent les derniers à s'adapter.
Je pense que le gouvernement Duplessis, par ses valeurs conservatrices a été un frein majeur à l'émancipation des québécois. C'était un régime paternaliste qui s'est appuyé sur l'Église pour maintenir son influence sur le peuple. Duplessis a appuyé les entrepreneurs sans nuance, et a freiné la prise en main de l'énergie hydroélectrique. Il n'y avait pas de Ministère de l'éducation sous Duplessis.
Lesage a été l'instigateur d'une véritable révolution. Il a laissé les réformateur s'exprimer et tenter des expériences. Seize ans plus tard, le terreau était assez fertile pour donner naissance au parti Québécois.
Le modèle scandinave est né lui aussi après la guerre alors que les femmes ont été mobilisées et ont poussé à la formation de grands syndicats.
On a vécu la même chose ici mais on partait de plus loin. On a surtout vécu un exode rural.
Et la «grande noirceur» désigne bien la réaction conservatrice à ces changements sociaux.
Louis Balthazar
Vous avez en bonne partie raison, il y a bel et bien eu une continuité imais il y a eu aussi rupture. Il n'y a pas que les statistiques pour le prouver. Vous avez complètement oublié de signaler dans votre texte les nouvelles orrientations prises par l'État québécois du Gouvernemet Jean Lesage au début des années soixante et après qui ont accélérer mais aussi diversifier beaucoup les progrès acquis sous Duplessis.
Durant la Grande Noirceur il n'y avait pas que du positif, pas un mot de votre part, comme un antisyndicalisme et un anticommunisme primaires, une domination exagérée de l'Église catholique sur la société, une éducation arriérée non gratuite, une exploitation éhontée des ressources naturelles, comme l'électricité. pas d'assurance-maladie, etc.
Du point de vue social et culturel, les changements suivent ces transformations économiques, mais la dynamique culturelle reste la même. Les changements seront catalysés avec la Révolution tranquille qui correspond davantage à une consolidation des acquis de la 2e guerre et un souffle de modernisation co-dépendant des changements économiques des modes de vie. Période de sophistication culturelle avec la Révolution tranquille qui permet de marquer l'écart.
Quant aux thèses de Beauchemin Bourque, attention pas si clair. Excellent article et très pertinent. Merci.
La "Révolution" tranquille n'en était qu'une socialiste.
Et la "grande noirceur" n'en était qu'une au plan des droits individuels
Au travers de l'État : SOQUIP, REXFOR, Hydro-Québec, SOQUEM et j'en passe.
"Les travailleurs n'avaient aucun droit"
quoi, ils étaient esclaves?
" le clergé faisait en sorte de maintenir les femmes dans la sphère domestique dans la dépendance de l'époux."
1) elles n'avaient pas les chaines aux pieds
2) le mari gagnaient généralement assez pour que la famille n'ait besoin que d'un salaire, gracieuseté du capitalisme que tu honnis probablement
La seconde guerre mondiale a jouée un rôle majeur dans le développement économique du Québec, qu'elle qu'ait pu être la volonté des autorités québécoises et ce tant au niveau de son industrialisation, de son urbanisation que de l'augmentation du niveau de vie. Baisse de la pratique religieuse en VILLE et la baisse des natalités en VILLE sont allées de pair avec la vie urbaine et le relâchement des liens communautaires..
La révolution tranquile a été la prise en main organisée et volontaire de ce dévelopement et son appropriation au bénéfice de l'ensemble de la collectivité. plutot que sa poursuite au profit des multinationales extérieures au Québec. La modernisation de l'État était au début des années soixante innéluctable et aurait tout aussi bien pu être l'oeuvre de l'Union Nationale renouvelée par Paul Sauvé et son désormais célèbre "Désormais"
Les réponses à l'article sont déjà commencées. Ces réponses polarisées sur "le cheuf" opposent économie et l'évolution sociale . On remarque aisément que l'option économique démontre une "marche" vers l'avant ou une certaine progression pour le mieux. C'est mieux que rien. Par contre, les réponses de ceux "voulant et prônant" l'évolution sociale" ne démontrent rien, sinon un rêve, des idées, même pas une analyse et aucune base, aucun argument sinon des éléments "diffus" pour arriver je ne sais où, des éléments pour jouer avec l'intellect (j'oserais dire de s'opposer pour s'opposer) . Comme j'aimerais que ce modèle proposé et "nuagique" soit "modelisable" et appliqué à ceux qui le prône. Il n'y a rien de mieux que d'appliquer à "soi" et non aux "autres" le modèle que l'on met sur la table.
Étrange quand même.
Le Québec était beaucoup plus progressiste qu'on croit. En fait, même Duplessis était un homme différent entre 1945 et 1959. Par exemple, JAcques Beauchemin et Gilles Duchastel de l'UQAM ont pris la peine d'analyser la "lexicométrie" des discours de Duplessis (les termes, mots et expressions qu'il utilisait) pour réaliser que Duplessis n'était pas un conservateur traditionaliste. En fait, leur livre s'intitule "Restons traditionnels et progressifs. Pour une nouvelle analyse du discours politique : le cas du régime Duplessis au Québec". Au cours de mes propres recherches, j'ai pu trouvé des citations de Duplessis qui indique un attachement à la modernité (définie selon l'époque). En opposition aux conservateurs nationalistes et anti-développement du Québec qui ont dirigé la province avant 1945, Duplessis favorise l'émancipation des francophones des régions et ce même si il encourage l'agriculture (pour des raisons politiques). Son attachement au développement de l'industrie vise justement à cesser l'exhultation agraire. Le taux d'urbanisation fait d'ailleurs un bond important à l'époque. Finalement, Duplessis parle des bienfaits de l'éducation pour tous même les filles, un discours tout à fait révolutionnaire pour l'époque. On oublie ce progressisme de Duplessis dans la rhétorique conservatrice qu'il s'est servi pour la présenter. Beauchemin et Duchastel décrivent bien mieux que moi cette réalité, mais je pense vous en avoir fait un résumé honnête.
Pour ce qui est non-économique, il y une évolution importante - notons les comportements des familles que je note vers la fin (mariage, divorces, naissances), le déclin des effectifs religieux relativement à la population du Québec ainsi qu'un rattrapge du Québec sur le plan de l'éducation pré-universitaire et même le dépassement de l'Ontario sur le plan de la formation technique, profesionelle et post-secondaire (relativement à la population). J'ajoute aussi que sur le plan de l'espérance de vie et la mortalité infantile, le Québec rattrape rapidement l'Ontario après 1945 suite à des décennies de mouvements de scie sans tendance claire de rattrapage. Je note aussi que les biens ménagers commencent à permettre la libération des femmes et leur entrée sur le marché du travail ainsi qu'une utilisation plus fréquente, documentée par l'historienne Danielle Gauvreau, des méthodes de préventions (condoms) lors des relations sexuelles.
L'emprise de la religion était partout : le «chapelet en famille» à la radio, les prédicateurs qui prêchaient que «l'essentiel, c'est le ciel». Moi j'appelle ça la Grande Noirceur.
Même chose pour la Révolution tranquille, qui d'après vous n'avait rien de révolutionnaire : cette appellation de «révolution» lui vient de la rapidité avec laquelle les Canadiens-français de l'époque ont rejeté le «joug» de l'Église : trois siècles de dévotion religieuse, disparus en trois mois. Comment appeler autrement un mouvement qui a amené toute une population à brusquement rejeter ce qu'elle avait de plus précieux?
Et c'est dans cette foulée que le Parti libéral est arrivé au pouvoir et a relégué l'Union nationale aux «oubliettes».
Je suis 100% d'accord que le Québec était hautement sous le contrôle de l'Église à l'époque. Toutefois, il faut regarder le cours des choses, comment celles-ci évoluaient-elles? Comme je le mentionne dans le texte, l'emprise de l'Église s'effritait déjà pendant la Grande Noirceur. Je documente tout cela plus en détail ici (http://vincentgeloso.com/2012/05/22/lemprise-de-leglise-1901-1960/). Rappelons nous qu'alors que L-A Taschereau avait refusé de défier l'Église sur la loi sur l'adoption dans les années, Duplessis ne se gêne pas de dire que le "Clergé mange dans sa main". À toutes fins pratiques, on remarque le début de l'effritement du pouvoir de l'Église pendant la Grande Noirceur. Cet effritement continuera pendant la Révolution Tranquille. La vraie révolution s'est produite lorsque les premiers individus à défier l'Église se sont manifestés - pendant la Grande Noirceur.
[première de deux parties]
Je ne suis pas en désaccord avec vous; j'estime simplement qu'à de très rares exceptions près, votre point de vue ne correspond pas au regard que les intellectuels de l'époque jetaient sur la société québécoise. Et quand tout est dit, c'est bien le regard qu'on jette sur l'époque même dans laquelle on vit qui influence les décisions politiques, culturelles, et même personnelles de toute une société. Ça ne peut pas être les «regards neufs» des historiens et statisticiens qui en font l'analyse un demi-siècle plus tard.
Il est évident qu'en privilégiant l'aspect économique plutôt que culturel ou religieux, on arrive à une vue de la situation différente de celle que rapportent les livres d'Histoire, mais cela n'infirme par pour autant le point de vue de ces historiens qui, après tout, ont vécu ce mouvement de société. Le vôtre, par contre, se veut plus englobant, mais je n'irais pas jusqu'à dire que ceux qui vous ont précédé «essaie[nt] de nous faire croire» à une «Grande Noirceur» qui n'aurait jamais existé ou, en tout cas, qui n'aurait pas été aussi «noire» qu'on le prétend.
Vous parlez de rattrapage, mais sans démontrer s'il a eu lieu pendant ou après la Grande Noirceur.
Quand vous dites «[qu']à partir de 1948, […] entre 30 et 50% des catholiques de Montréal cessèrent d'aller à l'Église», vous ne précisez pas sur quelle période cela s'étend. On ne peut donc pas nécessairement fauter les livres d'Histoire qui rapportent une «cassure» qui se serait produite en une ou deux années. Après tout, 1948, c'est l'année du «Refus global», et beaucoup d'eau a coulé sous les ponts entre sa publication et le moment où il a pu être accepté comme étant la vision normale d'une société saine.
Idem pour l'éducation : les pourcentages d'étudiants au niveau post-secondaire dépassent ceux de l'Ontario, mais vos statistiques passent un fait important sous silence, à savoir que bien des étudiants fréquentent des «séminaires» plutôt que les universités, comme en Ontario. Et cela se reflète sur les idées sociales d'intellectuels influents issus de ces collèges classiques et dont bon nombre, justement, sont des clercs; cela explique peut-être cette paucité de statistiques qui vous a «sidéré», dans les livres d'Histoire.
En fait, comme vous pouvez voir dans mon article, je parle aussi des progrès en éducation, santé et même au niveau des moeurs sociales. Je peux aussi ajouter que le taux d'urbanisation s'accèlere, les campagnes se vident progressivement. J'ai aussi des données sur l'incidence de maladies corrélées au développement (décès de la diarhée par conte, oui on peut en mourrir). Les données sur l'éducation sont les plus prononcées.
Quant au climat politique, celui du Québec fait figure plutôt de "moyenne". Rappelons que pendant ces années, les États-Unsi et le reste du Canada sont aux prises avec la peur rouge. En Grande-Bretagne à l'époque, des ministres sont virés parce que leurs maîtresses étaient d'origine russe. En France, la censure existait encore à la fin des années 1960 comme Sardou a pu l'expérimenter avec sa chanson "Les Ricains" contre de Gaulle. Le Québec n'avait rien de "rétrograde" ni de progressif, il était même plutôt - et tristement - dans son temps.