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Extension de la loi 101 aux CEGEP: Le mauvais remède à un faux problème

21/08/2012 02:59 EDT | Actualisé 21/10/2012 05:12 EDT
CP

Les auteurs sont économistes et respectivement candidat au doctorat en histoire économique à la London School of Economics et professeur associé à HEC Montréal

En pleine campagne électorale et afin de faire valoir ses lettres de noblesse nationalistes, le Parti Québécois a proposé d'étendre la loi 101 aux étudiants du CÉGEP. Ainsi, les allophones et anglophones n'ayant pas été à l'école en anglais devront aller au CÉGEP en français. Cette idée, en vogue dans les milieux nationalistes depuis plusieurs années, se base sur un faux constat de la situation. En plus, les effets de l'application de cette proposition seraient plus nocifs que bénéfiques.

Premièrement, la supposée crise du français n'existe pas. Un simple regard aux données des recensements de Statistiques Canada le démontre. Le français comme langue d'usage augmente au Québec. Les allophones (souvent des immigrants) qui utilisent le français comme langue d'usage à la maison sont plus nombreux que ceux qui utilisent l'anglais (24% contre 21%). Lorsque les allophones québécois effectuent un transfert vers l'une des deux langues officielles du pays, ils sont majoritaires à choisir le français. La connaissance du français chez les allophones et anglophones augmente. En 1991, 68,6% des allophones et 60,7% des anglophones connaissaient le français. En 2006, on parlait plutôt de 75,3% et 70,3%. Au cours de la même période, la connaissance de l'anglais stagnait à 67,5% chez les allophones. Au travail, même si l'anglais est l'une des langues du commerce au centre-ville de Montréal, la proportion d'anglophones qui utilisent le français (principalement ou régulièrement) au travail a augmenté entre les deux derniers recensements disponibles. À la lumière de ces faits, il n'y a donc pas lieu d'alimenter un climat d'inquiétude.

Qu'en est-il des CÉGEPS? Selon une étude du Conseil Supérieur de la Langue Française, 69% des étudiants allophones choisissaient le français au niveau collégial en 2009. Selon une autre étude du Ministère de l'Éducation, cette proportion atteignait 52% en 2009 (et 53% en 2010). Que l'on utilise l'un ou l'autre de ces deux chiffres, on constate un saut gigantesque relativement à l'année 1981, alors que moins de 16% des allophones choisissaient le français pour leurs études collégiales. Comment peut-on parler d'une crise alors que le «problème» se résorbe de lui-même?

De plus, il faut se poser des questions concernant l'efficacité d'une telle mesure. Si les allophones ont été toute leur vie à l'école en français, ils ne « désapprendront » pas cette langue en deux ans d'études collégiales en anglais. Par ailleurs, pour ceux qui ont été à l'école en anglais auparavant, appliquer la loi 101 au niveau collégial n'aura aucun effet.

Parmi les grands perdants d'une extension éventuelle de la loi 101 au niveau collégial, il y aura en premier lieu les jeunes francophones qui désirent y perfectionner leur anglais tout en recevant la formation qu'ils désirent. On n'a qu'à regarder l'exemple du Champlain College à Saint-Lambert pour comprendre. Dans ce collège, 52% des étudiants inscrits sont des francophones. Si nous devions appliquer la loi 101 aux institutions collégiales, combien de jeunes francophones perdraient ainsi l'opportunité de perfectionner leur anglais?

Nous n'ignorons nullement l'importance de protéger la culture francophone en Amérique du Nord. Cependant, l'extension de la loi 101 aux CEGEP constitue le mauvais remède à un faux problème.