Vincent Geloso

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Un siècle de dette

Publication: 18/03/2012 07:01

Lors du dévoilement de la mise à jour économique en novembre dernier, le gouvernement a confirmé qu'il avait manqué la cible de réduction du déficit qu'il s'était fixé dans le passé. Par conséquent, le déficit demeure et la dette continue de gonfler. Rien ne nous indique que le budget qui sera déposé le 20 mars changera cette réalité. Néanmoins, le portrait est encore plus inquiétant lorsqu'on regarde l'historique de la dette et du fardeau de celle-ci sur un siècle.

Bien qu'il existe de nombreuses définitions de la dette et que le gouvernement change fréquemment de méthode comptable, brouillant ainsi les cartes, il est possible en consultant les archives statistiques de dresser un portrait très conservateur de la dette du Québec depuis 1901 en nous servant de la dette brute.

En 1901, la dette par Québécois (en dollars de 2002) atteignait 524$ et le service de la dette était de 22 $ par Québécois. Pour 2010, nous parlons plutôt de 19,015 $ de dette par personne et de 976 $ en service de la dette (pour toutes les opérations du gouvernement). La situation est encore plus inquiétante lorsqu'on compare au revenu des Québécois. En 1926 (la première année pour laquelle des données sont disponibles), la dette par habitant représentait 5.8% du revenu moyen des Québécois comparativement à 57.1 % en 2010.

Cette hausse est encore plus vertigineuse à partir de 1959 - l'année de la mort de Maurice Duplessis qui avait effectué des efforts considérables pour réduire la dette lors de son retour au pouvoir. En effet, la dette du gouvernement du Québec représentait 4.6% du PIB par habitant à ce moment alors qu'elle représentait plutôt 24.8% au début de la Seconde Guerre mondiale. En fait, il s'agit période longue de plusieurs années de notre histoire au cours de laquelle la dette par Québécois a diminué d'environ 1,244$ par personne à 537$ et le service de la dette atteignait 20 $ par personne (moins qu'en 1901).

Certains affirment qu'il existe d'autres définitions de la dette et ces derniers préfèrent utiliser d'autres mesures comme la dette nette. Toutefois, même en utilisant la dette nette, l'histoire est la même. En fait, elle démontre que l'augmentation est encore plus fulgurante depuis 1959 puisque la dette nette par Québécois représentait alors 1.9 % du revenu moyen des Québécois comparativement à 52.3% aujourd'hui.

Rappelons-nous qu'ici, nous parlons ici d'une estimation très conservatrice de la dette du Québec afin de pouvoir comparer la même dette pour plus d'un siècle. La définition la plus exhaustive - la dette du secteur public - fait grimper la dette par habitant (ajustée pour l'inflation) en 2010 à 73 % du revenu moyen des Québécois. Et cela n'inclut pas notre part de la dette fédérale.

Nous nous approchons d'une zone dangereuse. Récemment, les économistes Kenneth Rogoff et Carmen Reinhart ont compilé l'histoire des dettes de plusieurs dizaines de gouvernements sur 800 ans. Ils ont constaté qu'un taux d'endettement représentant 90% de l'économie ralentit d'un point de pourcentage de croissance économique. En tenant compte de la part québécoise de la dette fédérale, le ministère des Finances du Québec estimait que cette proportion représentait 94 % de l'économie du Québec en 2009 - une proportion qui a augmenté depuis (la dette brute ayant augmenté plus vite que le PIB). Nous sommes donc dangereusement proches de la zone à risque identifiée par Rogoff et Reinhart. À quel point est-ce important?

Si nous avions perdu un point de pourcentage de croissance en moyenne depuis 1945, nous serions 45% moins riches que nous le sommes aujourd'hui. Ceci nous placerait derrière plusieurs pays en voie de développement. Le poids de notre dette est en fait une hypothèque sur notre croissance économique future.

À la lumière d'un siècle de données sur la dette du Québec et des avertissements des économistes, il y a de quoi avoir le vertige puisque si le problème n'est pas corrigé bientôt, la descente sera infernale. Il est possible de corriger le tir en réduisant les dépenses et en favorisant la croissance économique, mais il faut cesser d'attendre.