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Vendre le droit d'immigrer au Québec

16/09/2013 12:48 EDT | Actualisé 16/11/2013 05:12 EST

Ce billet de blogue est coécrit par Vincent Géloso et Pierre Simard. Les auteurs sont respectivement candidats au doctorat en histoire économique à la London School of Economics et professeurs à l'École Nationale d'Administration publique.

Alors que le Québec est divisé sur la taille des symboles religieux à afficher, on semble oublier la vraie question: comment favoriser l'intégration harmonieuse des nouveaux arrivants?

Le processus d'intégration

Pour les nombreux économistes qui ont abordé ce sujet, l'intégration des immigrants dépend généralement de l'ampleur des incitations à participer à la vie économique d'une société (au marché du travail en particulier). C'est ainsi que les historiens économiques expliquent l'intégration réussie des canadiens-français aux États-Unis depuis le 19e siècle qui fut pourtant l'une des plus ardues à réaliser.

Les économies qui, au contraire, protègent les emplois et compliquent l'accès des nouveaux arrivants au marché du travail - tout en offrant un filet social qui décourage le travail - favorisent le confinement socio-économique des minorités. La marginalisation des immigrants en France depuis les années 1970 en est un bon exemple.

Lorsqu'une telle marginalisation se produit, les valeurs, mentalités et attitudes des minorités marginalisées risquent de se construire en opposition à celles de la société d'accueil. Il en résulte nécessairement des tensions sociales qui fragmentent la société.

En examinant les données, on constate que le Québec peine à intégrer ses immigrants. Ces derniers présentent des taux de chômage et de pauvreté supérieurs aux autres provinces et un taux d'emploi plus bas qu'ailleurs au Canada. Si on veut favoriser l'intégration, il faut absolument faciliter l'accès au marché du travail. On pourrait par exemple assouplir les lois du travail et alléger le fardeau réglementaire et fiscal des entreprises pour qu'elles puissent investir et créer des emplois.

Bien que ces mesures pourraient contribuer à solutionner le problème de l'immigration, elles ne règlent pas entièrement le problème. Il faut aussi être capable de choisir les immigrants qui désirent le plus s'intégrer à leur société d'accueil.

Vendre le droit d'immigrer

Présentement, le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles crée ses propres grilles de sélection, une approche qui n'est pas nécessairement la plus efficace. En fait, il est possible de pousser les immigrants les plus désireux de s'intégrer à révéler cette volonté en vendant le droit d'immigrer. L'idée vient de Gary S.Becker (prix Nobel d'économie 1992) qui l'a proposé aux Américains et aux Britanniques.

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Supposons qu'on exige 20 000 $ pour le droit d'immigrer sur notre territoire de tous ceux qui satisfont à des conditions minimales (le demandeur n'est pas atteint d'une grave maladie, d'un passé terroriste ou criminel, etc.). On peut présumer que ceux qui seront disposés à assumer cette charge auront les dispositions et la volonté de s'intégrer à notre société.

Cette tarification aurait pour résultat d'attirer des immigrants prêts à maximiser leurs chances de réussite : ils seraient motivés à apprendre notre langue, à partager nos valeurs et à enrichir le Québec avec les leurs. En somme, cette politique permettrait au Québec d'admettre 10 000 ou 100 000 immigrants - peu importe le nombre, puisqu'il s'agirait tous d'immigrants désireux de s'intégrer et de participer à la vie québécoise.

Une telle mesure pourrait s'accompagner d'un programme de prêts aux nouveaux arrivants (qu'il serait possible de rembourser par des retenues à la source par exemple). Quant aux immigrants déçus de leur choix, il suffirait de faire en sorte que le permis d'immigration soit « revendable ». Ainsi, l'immigrant déçu pourrait récupérer son investissement et retourner dans son pays d'origine sans s'être appauvri pour toujours. Un tel marché serait similaire à celui proposé afin de limiter les émissions polluantes.

Une mesure sans effets

La fameuse Charte des valeurs québécoises ne produira probablement pas d'effets importants et mesurables sur l'intégration des nouveaux arrivants (tout comme le multiculturalisme à la britannique ou le républicanisme à la française). Une plus grande accessibilité au marché du travail et la vente de permis d'immigration seraient bien plus efficaces. Tout le reste n'est que baragouinage politique au profit d'intérêts électoralistes qui ne favorise en rien l'adhésion des immigrants aux soi-disant valeurs québécoises.

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