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L'ONU, l’Europe et les États occidentaux contre la démocratie

Une simple volonté d'indépendance montre le véritable visage du gouvernement espagnol; celui de la répression, de la dictature, du déni de liberté et de démocratie.

03/10/2017 10:52 EDT | Actualisé 03/10/2017 10:52 EDT
Enrique Calvo / Reuters
Deux poids deux mesures pour le droit à l'autodétermination? Apparemment.

Les scènes de violence et de répression policière vues dimanche en Catalogne sont très difficiles à regarder, surtout en sachant que cela ne vient pas d'un pays du Sud que certains acteurs politiques occidentaux se plaisent à décrier comme des dictatures tyranniques. Non, ça vient de chez nous, au Nord, dans l'Union européenne, dans une de ces nations que l'ONU prend comme modèle de «démocratie».

Il y a plusieurs décennies, l'Espagne franquiste tentait de supprimer tout bonnement le peuple catalan et sa culture, de l'annihiler – une véritable tentative de génocide culturel auquel les catalans ont réussi à survivre, bien que cela ait pris du temps et beaucoup d'efforts. L'Espagne de Mariano Rajoy tente de nier leur existence comme peuple, de nier leurs libertés et leurs droits. Une simple volonté d'indépendance montre le véritable visage du gouvernement espagnol; celui de la répression, de la dictature, du déni de liberté et de démocratie.

Le seul dirigeant européen ayant condamné pour le moment de façon explicite et précise les violences et la répression du gouvernement espagnol est Charles Michel, premier ministre belge.

Face à ces dérives autoritaires, face à toutes ces perquisitions et arrestations, face à ces centaines de blessés, à ces vieillards matraqués, à ces gens ensanglantés simplement parce qu'ils voulaient exprimer leur opinion, quel son de cloche de la part de l'Union européenne, de l'ONU et des «grandes démocraties occidentales» - la France, l'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni, les États-Unis, le Canada? Réactions à la fois timorées et timides, lorsqu'il y en a. Et il faut les arracher. Le seul dirigeant européen ayant condamné pour le moment de façon explicite et précise les violences et la répression du gouvernement espagnol est Charles Michel, premier ministre belge.

L'hypocrisie est particulièrement frappante chez Emmanuel Macron, président français, qui décrivait, et avec raison, le Venezuela comme une dictature à la fin du mois d'août, mais qui n'ose pas prendre de position claire face à la dictature qui sévit à sa frontière, juste à côté de chez lui, chez un de ses partenaires européens.

Ici au Canada, les dirigeants péquistes et bloquistes ne sont pas mieux que les autres; eux qui se drapent aujourd'hui dans la défense de la liberté et du droit à l'autodétermination seraient les premiers à nier ce droit aux nations autochtones dans un éventuel Québec indépendant. C'est ce que disait Jacques Parizeau à l'époque, c'est ce qu'a clamé encore il y a deux semaines le chef péquiste Jean-François Lisée.

Deux poids deux mesures pour le droit à l'autodétermination? Apparemment.

L'indivisibilité d'un Québec Souverain, que défend Jean-François Lisée, c'est le même principe que Mariano Rajoy utilise pour légitimer ses dérives face aux Catalans. Deux poids deux mesures pour le droit à l'autodétermination? Apparemment. Seulement quand ça les arrange, la démocratie.

Devant toute cette hypocrisie, ayons un peu de compassion pour les Catalans, qui ne demandaient qu'une chose : avoir le droit démocratique de s'exprimer, de donner leur opinion. Ils l'ont fait dimanche avec éloquence malgré toutes les tentatives du gouvernement Rajoy pour l'empêcher.

Aujourd'hui, face à cette oppression, les Catalans sont plus unis que jamais – et ça se comprend : je ne suis pas un souverainiste québécois, mais s'il y avait un référendum au Québec et que le Canada agissait avec les Québécois comme l'Espagne agit actuellement avec les Catalans, je n'aurais aucune envie de rester dans un pays qui traite d'une telle manière mon droit à m'exprimer librement.

Ce qui a lieu en Catalogne présentement est particulièrement troublant. Mais que la communauté internationale et l'Union européenne ferment les yeux l'est encore plus.