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Lettre aux soeurs Dufour-Lapointe

30/05/2014 11:02 EDT | Actualisé 30/07/2014 05:12 EDT

«C'est avec énormément de joie que les soeurs Dufour-Lapointe, médaillées des jeux de Sotchi, ont accepté de doubler des personnages pour la version québécoise du film Les avions: les pompiers du ciel. On a reçu un courriel de Disney et on se disait: Mon Dieu, ça ne se peut pas!»

Ben oui, ça se peut. Et plus ça va, moins on est surpris. On pourrait s'en prendre au responsable, Greg Mason, vice-président marketing de Walt Disney Studios Canada. C'est lui qui les a contactées sous prétexte « que nous aimons travailler avec les artistes d'ici ». Je préfère m'abstenir ; je ne peux me fier au jugement d'une personne incapable de différencier un athlète d'un artiste.

Alors c'est à elles que je m'adresserai :

Les filles, vous avez certainement constaté que la grogne se faisait sentir dans les médias, sociaux et autres, concernant cette nouvelle. J'ignore qui vous a conseillées pour prendre cette décision, mais j'espère qu'il ou elle aura l'élégance de rester à vos côtés pour vous aider à traverser l'orage qui vous attend. Parce qu'en ce moment, on ne pense plus à vous comme des championnes, mais plutôt comme des profiteuses qui prennent la place des comédiens. Je reprends ici les mêmes arguments que ceux utilisés dans ma lettre d'opinion concernant «Série Noire».

Ces rôles appartiennent aux comédiens qui travaillent avec sérieux pour y accéder. Votre geste transforme le processus d'audition en un concours de popularité insipide et cela contribue à nourrir le stéréotype que le métier d'acteur en est un d'apparence, qui ne requiert aucune formation.

Moi, je suis comédienne professionnelle depuis 18 ans et, pendant cette période, j'ai travaillé sans relâche pour me faire connaître. Oui, vous avez bien lu: travailler. Pour ceux qui l'ignorent, «jouer» ne rime pas toujours avec plaisir. Avant d'arriver jusqu'à une scène, j'ai dû apprendre à jouer, apprendre à gérer ma carrière, apprendre à me faire dire non, apprendre l'humilité, apprendre qui je suis, apprendre à me vendre, apprendre à garder confiance en moi quand on ne m'achète pas. Apprendre, apprendre, apprendre.

Mais pendant cette période, j'ai aussi appris que j'aime profondément mon métier. Malgré les rejets et les déceptions, j'ai refusé de tomber dans la frustration. J'ai fait mille et une choses pour continuer de cultiver le plaisir dans mon métier. J'ai bâti des projets de créations artistiques avec des jeunes afin de les valoriser en passant par l'art. J'ai fondé ma propre compagnie de production de théâtre; faisant ainsi travailler mes amis comédiens. J'ai même appris différentes techniques connexes à mon métier, comme le doublage, l'écriture humoristique, la création de séries web, etc. J'ai également bâti ma propre entreprise de fitness qui se porte à merveille tout comme moi depuis que j'ai la liberté de choisir mes auditions.

Je sais, vous êtes jeunes et vous manquez d'expérience ; une médaille n'ouvre pas toutes les portes et vous êtes en train de l'apprendre.

Mais si on vous pardonne votre âge, je reste sans réponse quant à votre parcours qui ressemble au mien : vous n'êtes pas devenues des athlètes du jour au lendemain. Vous connaissez très bien la valeur du travail. Alors pour la suite des choses, soyez plus intelligentes qu'un vice-président marketing chez Walt Disney et ne nourrissez pas une stratégie publicitaire usée et opportuniste. À l'ère où les vedettes instantanées fusent de toutes parts, promues par des émissions voraces et lucratives, ce que vous avez de mieux à faire, c'est votre métier et nous laisser faire le nôtre.

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