LES BLOGUES

Les jeunes et la coopération internationale: entre espoir et désillusion

23/10/2014 10:28 EDT | Actualisé 23/12/2014 05:12 EST

Ce billet du blogue Un seul monde a été écrit par Mia Choinière, membre de l'Observatoire jeunesse Oxfam-Québec (OJOQ). Mia Choinière a également effectué un stage international au Vietnam en 2010, dans le cadre du programme Uniterra. Elle écrit ce billet à titre personnel. L'article n'engage que l'auteure et ne représente pas nécessairement le point de vue d'Oxfam-Québec et de ses partenaires.

2014-10-18-JiancaLazarus_A.png

Le milieu de la coopération internationale au Québec et au Canada n'est pas invitant pour les jeunes d'aujourd'hui. En effet, de profondes transformations ont changé drastiquement le visage de la coopération internationale au Québec et au Canada, plongeant au passage les organismes de coopération internationale (OCI) dans une incertitude financière importante, et dans un climat de compétition et de fragilité par rapport à leur avenir. En octroyant d'une part au secteur privé un rôle grandissant dans la gestion du développement international au détriment des OCI, et en favorisant d'autre part les organismes de charité ayant une mission d'évangélisation, le gouvernement conservateur a scellé le destin de plusieurs organismes affichant des orientations plus progressistes sur l'échiquier politique, envoyant un message clair aux OCI : «Qui m'aime, me suive».

Les OCI sont en crise, sauvons les meubles !

Dans ce contexte où le gouvernement est en pleine redéfinition de la coopération internationale, vue désormais à travers le spectre du commerce plutôt que de la solidarité, les OCI tentent de préserver leurs acquis, leurs approches et leurs partenaires.

Selon une étude menée en 2012 par l'Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), 41 % des OCI québécois sondés vivaient une situation financière difficile, en grande partie à cause de la baisse du financement de l'ex-Agence canadienne de développement international (ACDI). Toujours selon cette même étude, « ces organisations [auraient] connu, entre 2010 et 2012, une diminution globale de 22,2 % de leur budget et de 28,8 % du nombre d'emplois rémunérés. ».

Le déclin du leadership canadien dans le domaine de la coopération internationale se fait d'ailleurs remarquer à l'échelle internationale : l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) note que le Canada a réduit son aide publique au développement (APD) de 11,4 % de 2012 à 2013, contrairement à la tendance mondiale des pays donateurs.

Le Canada fournit peu d'explications en ce qui concerne la réorientation de son aide publique au développement et la coupure de l'aide accordée à certains pays au profit d'autres qui sont pourtant moins dans le besoin. À cela s'ajoutent également le désintérêt du gouvernement actuel pour les rencontres multilatérales aux Nations Unies, la priorisation des partenariats public-privé au détriment d'un soutien aux OCI, la place croissante des compagnies minières en coopération internationale, et le financement accru d'organisations religieuses faisant du prosélytisme.

Paradoxalement, la jeunesse québécoise n'a jamais été aussi formée et qualifiée dans le domaine de la coopération internationale, grâce aux différents programmes de stages offerts, mais aussi à des formations universitaires variées. Chaque année, des centaines de jeunes Québécoises et Québécois remplis d'espoir se lancent dans les rouages de stages outre-mer dans un esprit de solidarité. Un certain continuum de stages existe (Québec sans frontières, Programme de stages internationaux pour les jeunes, stagiaire OCI), permettant aux jeunes adultes de développer une expertise dans des domaines variés, tout en s'ouvrant aux réalités complexes de la solidarité. Mais ce continuum prend abruptement fin : très peu de débouchés professionnels attendent les stagiaires après leurs engagements. Ils sont pourtant prêts à s'investir, prêts à travailler, prêts à réfléchir aux visages que devrait prendre la coopération internationale à l'avenir. Mais professionnellement, peu d'espace leur est réellement réservé. Et le milieu des OCI, en crise, a d'autres priorités, dont assurer sa survie.

La vision des jeunes de la coopération internationale

La coopération internationale traverse une crise identitaire. Les jeunes dans le milieu aussi. Une consultation menée par l'Observatoire jeunesse Oxfam-Québec (OJOQ) auprès de 250 jeunes Québécoises et Québécois de 16 à 35 ans, révèle en effet que ces derniers jettent un regard critique sur une certaine idée du développement qui impose la vision du Nord au Sud et qui s'éloigne des principes qui devraient, selon les jeunes sondés, être véhiculés (solidarité, réciprocité, humilité). Les jeunes reprochent aussi aux dirigeants politiques l'absence de vision à long terme et soulignent le manque de transparence du gouvernement canadien sur le plan des décisions et des priorités établies en matière de développement.

Menée de janvier 2012 à mai 2013, cette consultation a permis aux jeunes consultés de nommer une préoccupation majeure : «Nous sommes sous-représentés au sein des instances de la coopération internationale, malgré nos compétences et nos idées novatrices!» Les jeunes souhaiteraient avoir une plus grande influence sur les pratiques en matière de coopération internationale, notamment en investissant les lieux décisionnels, par exemple au sein des conseils d'administration des OCI.

Temps de crise, occasion de changement ?

Toutefois, cette consultation menée auprès des jeunes révèle également qu'ils sont aussi pleins d'espoir et qu'ils veulent proposer des solutions nouvelles pour revitaliser le milieu de la coopération internationale. La génération des 16 à 35 ans semble s'intéresser à de nouvelles formes d'initiatives décentralisées, basées à la fois sur l'innovation et le partage d'expertise. Le message des jeunes est clair : si aucun espace ne leur est réservé, c'est qu'il faut en créer un par et pour les jeunes et investir ce que les organismes plus institutionnalisés tardent à développer, par exemple les médias sociaux et les forums sociaux mondiaux.

Tout moment de crise est un moment privilégié pour celles et ceux qui souhaitent changer le monde. En effet, 2015 sera l'année de rendez-vous pour faire le point sur les Objectifs du millénaire pour le développement (sans oublier les élections fédérales !), tandis qu'en 2016, Montréal planifie d'accueillir un Forum social mondial où les enjeux de coopération promettent d'être au cœur des débats. Il importe que la jeunesse québécoise engagée en solidarité internationale développe le réflexe de se réseauter entre elle.

Ça commence par... un rendez-vous le 13 novembre 2014 !

Dans le cadre des Journées québécoises de la solidarité internationale (JQSI) ayant pour thème « Faut se parler d'avenir », l'Observatoire jeunesse Oxfam-Québec organise, en collaboration avec l'AQOCI et le Certificat de coopération internationale de l'Université de Montréal, une journée de réflexion sur la place des jeunes dans le milieu de la coopération internationale. Le grand public est invité à une séance de réseautage le jeudi 13 novembre de 17h à 19h suivie d'une conférence où des chercheurs, praticiens et jeunes engagés s'exprimeront sur la question.

Pour obtenir une copie du rapport de consultation de l'OJOQ, veuillez contacter : ojoq@oxfam.qc.ca

> Lire d'autres articles du blogue Un seul monde

> Suivre le blogue Un seul monde sur Facebook

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Oxfam Celebrity Ambassadors

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter