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La Marche mondiale des femmes : un mouvement irréversible et plus que jamais actuel

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Ce billet du Blogue un seul monde a été rédigé par Marie-Anne Cantin, Agente de programme égalité entre les femmes et les hommes au Comité québécois femmes et développement (CQFD) de l'Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI).

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Crédits : PAQG - James Rodriguez

Les débuts

À la suite de la marche «du pain et des roses» entreprise par les femmes québécoises en 1995, une importante délégation du mouvement des femmes a participé à un forum parallèle à la 4e Conférence mondiale de l'ONU de Pékin. C'est lors de cet événement marquant dans le développement de la solidarité internationale qu'elles ont lancé l'idée d'une marche mondiale des femmes. Le projet a suscité de l'intérêt, et une vingtaine de femmes de plusieurs pays du monde ont emboîté le pas. C'est ensuite par le biais du vaste réseau des organismes de coopération internationale (OCI) québécois que des groupes de femmes de 161 pays et territoires ont été contactés pour organiser la première Marche mondiale des Femmes (MMF) en octobre 2000. La Marche s'est ensuite consolidée à travers le tissage de liens entre groupes de femmes : relations Nord-Sud, mais aussi Sud-Sud. Plusieurs OCI québécois ont contribué à ce résultat, en travaillant au renforcement des groupes de femmes et des coordinations nationales de la Marche, et en permettant à des délégations de femmes de participer aux événements phares de la Marche.

La Marche de 2015 : «Libérons nos corps, notre Terre et nos territoires»

S'inspirant du travail des femmes du Guatemala, le thème de 2015 réfère au rapport des Peuples autochtones avec la Terre-mère. Nous sommes issues et issus de la Terre, elle nous nourrit, nous dormons sur elle. Aussi le développement doit-il la respecter et tenir compte des générations futures, sans quoi nous nous dirigeons vers notre perte.

Au Québec, le message de la Marche, basé sur la Charte mondiale des femmes pour l'humanité de 2005, s'articule autour de 3 objectifs : contrer les politiques d'austérité, la militarisation de la société et la destruction de l'environnement. Ces messages résonnent dans les travaux de plusieurs OCI membres du CQFD, ainsi que de plusieurs collectifs alliés. Nous offrons ici une brève synthèse d'articles parus dans : « Coopérer pour l'égalité entre les femmes et les hommes, 30 ans de défis et de réalisations ».

L'industrie minière

Les travaux du Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL) et de Femmes autochtones du Québec témoignent du fait que « les femmes occupent un rôle central dans les communautés affectées par des projets extractifs et/ou énergétiques. De fait, en ayant des impacts divers sur les moyens d'existence, le milieu de vie et la structure locale du marché du travail, les mégaprojets liés à l'extraction des ressources naturelles - industries minière et pétrolière, barrages hydroélectriques, etc. - touchent de façon particulière les femmes. (...) l'implantation de ces mégaprojets s'accompagne souvent d'une dévalorisation du travail des femmes, d'une hausse des agressions physiques et sexuelles et d'une augmentation du marché sexuel, en plus d'avoir des impacts sur la santé et le travail reproductif à travers une détérioration de l'environnement et de la vie communautaire. » Le CDHAL a à ce sujet traduit des témoignages de femmes autochtones d'Amérique latine expliquant avec éloquence leur rapport à la terre et à l'industrie minière.

Aussi, on observe que la traite des femmes augmente en lien avec les grands projets miniers et énergétiques, phénomène qui, au Québec, touche les femmes autochtones de manière disproportionnée.

Militarisation

« La Marche mondiale a choisi de tenir son grand rassemblement de 2010 [en République démocratique du Congo] pour exprimer sa solidarité avec les femmes qui résistent chaque jour dans un contexte de guerre et pour renforcer leurs capacités d'actrices de changement, notamment dans la résolution du conflit. » Le Centre d'études et coopération internationale, par le biais du programme Uniterra, a appuyé cet événement rassemblant 20,000 personnes en y envoyant une délégation de femmes africaines, haïtiennes et québécoises.

Au Canada, la militarisation est aussi une source de préoccupation. La montée de la culture militariste a de lourds impacts pour les femmes d'ici et du Sud, privilégiant des valeurs patriarcales. L'augmentation faramineuse des dépenses militaires détourne des ressources qui pourraient être consacrées à l'aide au développement ou à la prestation de services sociaux, avec une incidence directe sur la condition des femmes. « Ce ne sont ni les missiles, ni les bombes, ni les chars d'assaut, ni les emplois militaires, ni tout le reste de leur machine de mort qui donneront aux peuples du monde les services sociaux, garderies, logements, emplois décents et utiles, et conditions de vie et de travail pour lesquels nous nous battons depuis longtemps. »

Contrer l'austérité

La dénonciation des politiques d'austérité, qui, selon une récente étude de l'IRIS, touchent particulièrement les femmes, fait écho aux premières luttes de la Marche, qui en l'an 2000, a envoyé une délégation pour présenter ses revendications aux directeurs du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque Mondiale ainsi qu'à l'ONU, dénonçant les ravages des plans d'ajustement structurel et leurs impacts sur les femmes.

20 ans plus tard, les Québécoises sont confrontées à l'austérité, rappelant les dénonciations des pionnières de la Marche : réduction de l'appareil étatique, coupe des programmes sociaux, l'éducation, la santé. Dans ce contexte, les rencontres de militantes du Sud inspirent et mobilisent. À ce titre, Laurence Hema Traoré, héroïne de l'alimentation Burkinabée d'Oxfam-Québec, était avec nous le 5 mars pour lancer la Marche. Mère de 13 enfants, elle a fondé l'association Munyu, qui rassemble 10000 femmes pour améliorer leurs conditions de vie. « Je connais la Marche, je sais comment on se bat, je sais comment on souffre. Si on se bat, ça ira! »

Conclusion

Le mouvement des femmes au Québec et les OCI québécois vivent depuis quelques années des coupures majeures, notamment dans les programmes axés sur la défense des droits, et les conséquences de ces coupures se font ressentir dans le volume d'appui et l'énergie qu'elles peuvent fournir dans le cadre de la Marche. Malgré un contexte morose, en raison des thèmes abordés et la mobilisation, ce mouvement montre sa pertinence et son importance. Tant que nos corps, notre Terre et nos territoires ne seront pas libres, nous serons en marche!

Mobilisations

  • Le 24 avril : 12h à 13h, action organisée par le CISO contre la précarité du travail des femmes dans l'industrie textile. Commémoration de l'effondrement du Rana Plaza, au Bangladesh.
  • Le 17 octobre : grand rassemblement, clôture de la Marche à Trois-Rivières. C'est un rendez-vous!

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