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Diversité culturelle, société québécoise et apprentissage du français

27/11/2016 08:03 EST | Actualisé 03/02/2017 08:30 EST

Ce billet du blogue Un seul monde, une initiative de l'AQOCI et du CIRDIS, a été écrit par Gabriella Djerrahian. Anthropologue de formation, elle effectue actuellement une recherche postdoctorale au CIRDIS sous la supervision de l'anthropologue Marie Nathalie LeBlanc. Elle est également un des membres fondateurs de l'organisme Hay Doun et membre de l'équipe du Programme de soutien aux apprentissages en français.

Dans le cadre d'un cours d'introduction en anthropologie que j'enseigne au niveau collégial, j'ai demandé aux étudiants ayant au moins un de leurs grands-parents nés à l'extérieur du pays de lever la main; tous les étudiants, incluant la professeure, ont levé la main. Cette situation n'est pas atypique ; elle représente au contraire l'ampleur de la diversité de nos milieux éducatifs à Montréal, et le défi colossal pour les enseignants de nos institutions scolaires que consiste l'utilisation de cette richesse comme levier. Cette considération est particulièrement importante aux niveaux primaire et secondaire, puisque la porte d'entrée pour plusieurs enfants et étudiants immigrants vers leur nouvelle société se trouve entre autres sur les bancs, dans les couloirs, et dans la cour d'école.

L'école se pose comme milieu privilégié où se développent les premières relations avec la nouvelle société, car elle représente un microcosme de la collectivité qui les accueille.

Au Québec, l'autodétermination politique durement gagnée concernant la protection de la langue française fait de cette dernière la pierre angulaire de l'identité québécoise comme de l'intégration des immigrants. Ce n'est donc pas un hasard si l'apprentissage du français est vanté comme la voie privilégiée vers l'intégration, mais le fait d'apprendre le français, aussi efficace soit-il pour évoluer dans un nouvel environnement, ne se traduit pas automatiquement par une intégration réussie, ni par un attachement positif envers le Québec ou sa langue dominante. Se pose alors la question suivante : comment permettre une expérience positive et personnelle de l'identité québécoise par l'entremise de l'enseignement du français aux nouveaux arrivants ?

La guerre civile en Syrie et l'avancée de l'État islamique ont entraîné le génocide des yézidis, la mort de milliers de chrétiens et musulmans chiites, et celle des Kurdes et des musulmans sunnites dissidents. Dû à la situation géopolitique et l'exode sans précédent de plusieurs millions de ses habitants, la Syrie est devenue la plus grande source de réfugiés en 2015, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Malgré le danger imminent de la traversée périlleuse de la Méditerranée qui fait d'innombrables victimes depuis plusieurs années, particulièrement des migrants des continents africain et asiatique, c'est la guerre civile en Syrie et les images médiatisées des familles rescapées sur les bateaux gonflables en détresse qui se sont imposées sous le feu des projecteurs et dans notre conscience publique en Occident. En effet, en 2015, selon le HCR, une personne sur deux ayant effectué la traversée en 2015 était d'origine syrienne.

Mû par ce conflit qui fait constamment rage depuis 2011, un organisme communautaire montréalais a décidé d'agir.

Hay Doun est issu d'un petit groupe de bénévoles de la communauté arménienne québécoise touchée de près par ce conflit. Il y a 100 ans, la Syrie fut la destination finale des marches de la mort durant le génocide arménien aux mains des soldats des Jeunes-Turcs, un parti ultranationaliste ayant pris le pouvoir dans le sillage de l'effondrement de l'Empire ottoman. Un siècle plus tard, l'arrivée de l'État islamique et la guerre civile forcent à nouveau des milliers de dissidents politiques et d'individus de minorité religieuse et ethnique soit à fuir la Syrie, soit à y trouver la mort. Hay Doun a alors commencé un programme de parrainage privé, en collaboration avec le gouvernement du Québec.

Les enfants et les jeunes adultes constituent une grande partie des 1 400 réfugiés syriens que Hay Doun parraine. L'objectif de l'organisme n'est pas seulement de les amener ici, mais aussi de leur offrir des pistes d'intégration leur permettant de trouver leur place dans leur nouvelle société, et ce, par l'entremise d'un soutien à l'apprentissage du français pour les jeunes. Dans ce contexte, Hay Doun a lancé en 2015 le Programme de soutien aux apprentissages en français (PSAF) pour les enfants réfugiés de la Syrie qu'il parraine.

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Atelier avec les enfants syriens, Hay Doun © Catherine François

Le postulat du programme est relativement simple : jumeler les élèves qui suivent des cours de francisation à l'école avec des Québécois francophones pendant une heure et demie de façon hebdomadaire, pour susciter des interactions sociales, avoir des conversations, jouer à des jeux éducatifs, lire un livre, ou faire d'autres activités ludiques selon l'âge (casse-têtes, coloriage, jeux de plateau, etc.). La population cible du PSAF représente des enfants entre l'âge de 4 et 18 ans, réfugiés de la Syrie et parrainés par Hay Doun. Dans le but de créer des opportunités d'échanges plus intimes entre les jeunes réfugiés et les gens d'ici, Hay Doun a uni ses forces avec celle de bénévoles experts dans le domaine de la francisation chez les immigrants et de l'éducation en général pour bonifier les cours de francisation offerts dans les écoles, et pour partager l'amour du français avec les nouveaux arrivés dans le cadre de leur trajectoire d'intégration.

Suite à l'appel aux bénévoles lancé par courriel et sur les réseaux des médias sociaux à la fin de 2015, Hay Doun a été inondé de requêtes de bénévoles potentiels voulant faire partie du programme. Dans les quatre premiers jours, plus de 120 personnes ont contacté l'organisme! Des étrangers non seulement de Montréal, mais aussi d'Ottawa, de Longueuil, de Boucherville et d'ailleurs étaient désireux de consacrer leur temps et énergie pour aider ces réfugiés à apprendre le français et à se sentir bienvenus au Québec. Les cégeps Montmorency et Vanier ont pour leur part gratuitement prêté, de janvier à juin 2016, cinq locaux où se sont déroulées les rencontres. En général, la mobilisation massive et inattendue a démontré à quel point le programme a été reçu avec enthousiasme du côté des Montréalais. La société québécoise, particulièrement les 70 bénévoles et les deux cégeps impliqués, a manifesté leur soutien de façon extraordinaire et inspirante.

Comment peut-on expliquer la force de cet élan de solidarité? Il s'inscrit pleinement en opposition à la destruction de vies dont on témoigne au Moyen-Orient, et la prise de conscience quant à la nécessité primordiale, d'emblée plus importante suite aux élections américaines et l'effet ricochet haineux qu'elles produisent, de préserver l'élément le plus basique d'une interculturalité balisée par les valeurs du respect et du vivre-ensemble : les relations sociales humaines, l'accompagnement local, et la solidarité!

Si vous voulez vous joindre à l'équipe de Hay Doun comme bénévole pour ce programme qui débute en janvier 2017, veuillez contacter: education@haydoun.ca

N'hésitez pas à contacter Ève Claudel Valade, coordonnatrice du blogue Un seul monde, pour en savoir davantage sur le blogue ou connaître le processus de soumission d'articles. Les articles publiés ne reflètent pas nécessairement les points de vue de l'AQOCI, du CIRDIS ainsi que de leurs membres et partenaires respectifs.

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