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15 propositions pour l'aide canadienne

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Ce billet du blogue Un seul monde a été écrit par Stephen Brown, professeur titulaire de science politique à l'Université d'Ottawa, co-directeur de l'ouvrage collectif Rethinking Canadian Aid et membre du Groupe McLeod. Ce texte résume ses propos tenus lors de la conférence « Où va la coopération internationale au Québec et au Canada? » organisée par le blogue Un seul monde le vendredi 7 novembre 2014.

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Lorsque le gouvernement Harper a aboli l'Agence canadienne de développement international et transféré ses fonctions au nouveau ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement (MAECD) en 2013, il a promis des « programmes mieux ciblés, plus efficaces et plus efficients ». Cependant, ce réaménagement institutionnel ne fera que peu en soi pour améliorer l'aide canadienne.

Voici donc 15 propositions, présentées sans ordre particulier et sans être exhaustives, qui contribueraient à un meilleur programme d'aide. On pourrait les considérer comme des résolutions du Nouvel An souhaitables pour le MAECD ou encore des recommandations pour le prochain gouvernement fédéral.

  1. Renverser les coupures au budget d'aide publique au développement et rehausser de façon significative les niveaux d'aide afin d'atteindre la cible de 0,7 % du revenu national brut, adoptée en 1970. Ce ratio est en chute depuis 2010, tombant à 0,27 % en 2013.
  2. Simplifier les critères de sélection de pays prioritaires. Le gouvernement Harper a établi trois critères pour son choix de pays ciblés. Le premier, « leurs besoins », doit prévaloir. Le deuxième, « leur capacité de profiter grandement de l'aide canadienne », est moins important, car cette capacité doit justement être renforcée par le processus de développement. Le troisième, « leur conformité avec la politique étrangère du Canada », devrait être abandonné.
  3. Abolir les thèmes prioritaires, non seulement les thèmes précis actuels, mais le fait même de prioriser certains secteurs. Cette présélection contredit le principe de prise en charge par les pays en développement, entériné dans la Déclaration de Paris sur l'efficacité de l'aide. En signant ce document, le Canada s'est engagé à respecter les priorités identifiées par les pays récipiendaires eux-mêmes.
  4. Éliminer les listes explicites de pays prioritaires. Contrairement au discours des bailleurs de fonds, la concentration de l'aide n'est pas nécessairement plus efficace, alors que les modifications périodiques créent de la volatilité et de l'imprévisibilité, ce qui nuit à l'efficacité. Par exemple, le Canada a identifié le Bénin et le Burkina Faso comme pays prioritaires en 2005, les a rayés de la liste en 2009, pour ensuite les rajouter en 2014. Si l'on désire concentrer son programme d'aide géographiquement, il faudrait d'abord le faire en consultation avec les autres bailleurs, pour assurer une division des tâches adéquate.
  5. Mettre plus d'accent sur les pays pauvres, « fragiles » et en situation de post-conflit, et non sur les pays à revenu moyen, même si ceux-ci sont des partenaires commerciaux du Canada plus importants.
  6. Mettre en œuvre les principes de la Loi sur la responsabilité en matière d'aide au développement officielle (2008), qui dit que l'aide doit être « axée sur la réduction de la pauvreté ». Selon les dispositions de cette loi, l'aide est tenue de « contribuer à la réduction de la pauvreté », « tenir compte des points de vue des pauvres » et « être compatible avec les normes internationales en matière de droits de la personne ». Le respect de cette législation doit guider toute nouvelle initiative en matière d'aide au développement.
  7. Assurer la cohérence des politiques pour le développement, et non pour les intérêts canadiens. Le récent Plan d'action sur les marchés mondiaux (2013) du MAECD exprime le désir de « miser sur le programme de développement pour favoriser les intérêts commerciaux du Canada », ce qui contredit les principes de base de la Loi sur la responsabilité en matière d'aide au développement officielle (voir point précédent). On reconnaît la logique commerciale dans le choix de nouveaux pays ciblés annoncés en 2014, en particulier le Myanmar/Birmanie, la République démocratique du Congo et la Mongolie, qui jouissent tous de ressources naturelles qui intéressent les sociétés minières canadiennes.
  8. Refonder le partenariat avec les organisations non gouvernementales (ONG). Elles sont des acteurs à part entière et jouent un rôle complémentaire avec le MAECD. Ce dernier devrait financer des organismes, pas juste leurs projets et pas seulement suite à des appels de propositions. Il faut de vrais partenariats, avec droit de dissension. Le gouvernement devrait également abandonner ses tentatives de mariage forcé entre les ONG et les compagnies minières et cesser d'appuyer les ONG qui ne respectent pas les principes de non-discrimination enchâssés dans la Charte canadienne des droits et libertés, telles que le groupe anti-gai Christian Crossroads Communications.
  9. Réduire l'accent mis sur les résultats visibles à court terme et sur la gestion axée sur résultats, car le développement requiert souvent une transformation systémique qui ne peut être mesurée en 3-5 ans. L'abus de ces pratiques s'avère contre-productif.
  10. Mettre en œuvre les principes internationaux d'efficacité de l'aide, dont la Déclaration de Paris mentionnée ci-dessus, notamment la prise en charge/l'appropriation locale du développement.
  11. Décentraliser et déléguer le pouvoir de prise de décision au sein du MAECD. Le programme d'aide canadien est actuellement un des plus centralisés au monde et la lourdeur de sa bureaucratie cause de l'immobilisme.
  12. Accroître la transparence et la responsabilisation au niveau décisionnel, et non seulement en termes de dépenses. On peut actuellement trouver sur le site web du MAECD combien le ministre du Développement international a dépensé pour un repas précis, sans pourtant savoir comment le ministre a décidé de financer une ONG et pas une autre.
  13. Renverser la tendance actuelle de bilatéralisation de l'aide multilatérale, c'est-à-dire ne plus traiter les institutions multilatérales comme de simples agences d'exécution de projets identifiés par le gouvernement canadien. Il faut plutôt leur fournir du financement de base généreux et stable afin qu'elles puissent mettre en œuvre leurs programmes indépendamment.
  14. Admettre que le processus de développement est incertain et même que le gouvernement canadien se trompe parfois, car on apprend de ses erreurs seulement si on les reconnaît. Dans le cas de l'Afghanistan, le fossé entre le discours gouvernemental de succès et les résultats réels est particulièrement frappant. Puisque l'innovation requiert de l'expérimentation, ce qui comporte des risques, un échec ne signifie pas toujours qu'une ONG ou que le gouvernement canadien fait preuve d'un soi-disant manque d'efficacité.
  15. Cesser de concevoir les programmes d'aide comme des outils pour la réélection du parti au pouvoir et des exercices de promotion de son image de marque. Cela nuit énormément à la qualité de l'aide, entre autres en augmentant la probabilité que les priorités soient supplantées suite à un changement de gouvernement.

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