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Tout le monde tout nu!

22/07/2013 11:15 EDT | Actualisé 21/09/2013 05:12 EDT

Par définition, le naturisme suppose la nudité de ses adeptes. Les vêtements, relégués aux oubliettes, sont totalement exclus pour autant que la température le permette, bien entendu. Libres et sans contraintes vestimentaires, les puristes revendiquent la démocratisation du corps au naturel. En se débarrassant de leurs habits et en adoptant la nudité totale, ils cherchent à « désérotiser » le corps, qui, autrement couvert ou orné, se sexualise.

Le mot d'ordre : « Tout le monde tout-nu! »

Le phénomène est mondial. La Fédération naturiste internationale regroupe ainsi 40 pays et plus de 1500 lieux permettant aux membres de s'exposer en permanence en tenue d'Adam et d'Ève. À la simple plage réservée à ceux qui abandonnent le maillot, aux camps de vacances ou aux clubs urbains bien organisés, les endroits réservés aux naturistes sont concentrés principalement en Europe, berceau du mouvement, mais avec de nombreuses antennes en Afrique, Amérique, Océanie et même en Asie et au Moyen-Orient !

C'est le désir de vivre en parfaite communion avec la nature et de reprendre contact avec l'air, l'eau, la terre et le soleil, qui motive hommes, femmes et enfants à porter Les Habits de l'Empereur en toutes circonstances et en toutes occasions. Ils acclament la nudité comme étant une expérience libératrice et ayant un effet euphorisant aux conséquences positives sur la santé morale et physique.

Ainsi, jeunes et vieux, à la peau plissée ou bien tendue, petits et gros, mal foutus et canons d'esthétisme, riches et pauvres se mélangent, assurant ne jamais porter de jugement sur leur voisin ou s'attarder à la beauté qui allume ou l'absence de beauté qui dérange. C'est le brassage social sans discrimination où les nobles intentions comme la tolérance, le respect de soi, des autres et de l'environnement dominent.

Mais devons-nous être nus comme des vers pour adopter ces valeurs humanistes, socialistes et universelles? Doit-on nécessairement exposer notre sexe pour vivre en osmose avec la nature?

L'idée de vivre tout nu est certainement tentante. Sans être des naturistes pure laine, nous avons tous, sans doute, un jour ou l'autre, laissé tomber la culotte pour nous balader dans la maison, nous baigner dans la piscine du jardin ou nous plonger dans l'eau grouillante du spa, complètement à poil. Nous avons peut-être même osé nous pointer sur une plage nudiste, le temps de piqueniquer entre amis. Mais de là à vivre sans l'ombre d'un artifice vestimentaire au quotidien, en famille et au sein d'une communauté tout aussi dénudée, il y a un pas à franchir.

Si les nudistes sont plutôt des pratiquants occasionnels qui ne cherchent pas nécessairement à joindre une communauté, les naturistes, de leur côté, incluent la nudité dans toutes les sphères de leur vie. Vivant dans des endroits réservés aux initiés, ils font leurs courses, tout nu, vont à la banque, tout nu, au restaurant, tout nu, à la mer, tout nu, font du vélo, tout nu, et ils jouent même aux quilles, tout nu.

(Le billet se poursuit sous la galerie)

Les plages naturistes au Québec

Tout faire, tout nu. Un pur bonheur... semble-t-il!

Il est facile de comprendre la satisfaction que peuvent ressentir certaines parties de notre anatomie, comme un pénis libéré de son caleçon, soudainement en contact avec les rayons du soleil ou une brise chaude. Mais quelqu'un pourrait-il m'expliquer, où se trouve le plaisir lorsqu'il se trouve balloté de tout bord, tout côté, pendant une partie de volleyball, disputée dans un gymnase intérieur de banlieue, un soir d'hiver, ou qu'il se contracte et se rabougrit devant la section des réfrigérateurs du supermarché. Où est la relation intime du corps et de la « nature » dans ces conditions très urbaines?

Il y a quelque chose qui m'échappe. Si le naturisme était si naturel, n'irions-nous pas tous à l'école ou au boulot déculottés? Dans la vraie vie, seuls les animaux sont totalement nus. Depuis l'Homo Erectus, l'humain a fait des bonds significatifs dans son évolution et un des signes les plus évidents qui le différencie de l'animal, c'est justement le port du vêtement.

À ce jour, aucun anthropologue ou aventurier n'a découvert une civilisation vivant entièrement nue. Même dans les coins les plus reculés et les plus sauvages du monde, les humains cachent une partie ou la totalité de leurs corps, et le plus souvent, leurs organes génitaux. Que ce soit avec une feuille d'arbre couvrant le gland du pénis comme un mini condom ou une pièce de cuir placée stratégiquement en guise d'écran, les humains cachent leurs sexes, décorent et peignent leurs corps ou camouflent les parties corporelles jugées érotiques selon leurs cultures et coutumes. Dans tous les cas, les individus se parent d'au moins un élément qui les empêche d'être entièrement dénudés.

Personnellement, je n'ai rien contre le naturisme ou le nudisme. Que les gens profitent de la liberté qui leur est offerte, vivent nus ou adhèrent à des concepts philosophiques pacifiques qui prônent la libération du corps, pourquoi pas?

Toutefois, le contexte social actuel et dans lequel le naturisme évolue est bien différent de ses débuts. Avec l'accès à la pornographie haute vitesse et l'hypersexualisation de la jeunesse, amplifiée par le culte voué à la beauté plastique, le naturisme traditionnel, candide et à vocation familiale se trouve sans doute maintenant menacé.

Pourtant, la semaine dernière, devant le micro d'une émission de radio où j'étais en compagnie du président de la Fédération québécoise du naturisme, ce dernier a bel et bien essayé de me convaincre qu'au sein des clubs reconnus, parents et enfants sont parfaitement à l'aise et heureux de pratiquer la nudité en famille.

Tout le monde sait qu'un bambin de 2 ou 3 ans est ravi de se promener cul nu plutôt qu'en couche. Mais je ne suis pas si certaine qu'il soit si aisé pour un ado de 14 ou 17 ans de se balader, le vent dans les voiles, devant sa mère, le boucher ou la jolie caissière de la pharmacie.

Tous les arguments faisant foi des bienfaits du naturisme sur la sexualité des jeunes me laissent totalement sceptique. Les jeunes suivent les parents, car ils n'ont pas d'autres choix et ils sont obligés de composer avec les corps, tout cru, tout nu, avant même de comprendre leur propre sexualité et pouvoir poser les limites de leur propre pudeur.

Déjà surexposés aux images ultra-sexys véhiculées par les médias, certains artistes musicaux et l'internet, comment ces adolescents peuvent-ils être exposés à la nudité à ce point et sans que cela ne les perturbe?

À mon avis, il vient un temps où la nudité relève du privé, où les organes génitaux doivent être couverts afin que chacun puisse s'approprier et préserver sa profonde intimité.

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