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Le marketing des putes

05/07/2013 02:48 EDT | Actualisé 04/09/2013 05:12 EDT

Montréal a tristement rejoint la liste des capitales mondiales du sexe. Après Paris et son Pigalle, Amsterdam et son Red Light, Rio de Janeiro ou encore Bangkok, notre chère métropole, gentille, sympathique et tellement accueillante, est finalement entrée dans les statistiques des villes sexuellement « friendly ». Les femmes d'ici ont la réputation d'être magnifiques. Le multiculturalisme a fait son œuvre et les beautés québécoises se présentent plus exotiques que jamais.

Le CLES (Centre des luttes contre l'exploitation sexuelle) a lancé des chiffres qui font sourire les clients et touristes, mais font sans doute pleurer les mères, en recensant 199 salons de massage, 65 bars de danseuses, 38 agences d'escortes, 13 sites répertoriés de prostitution de rue, 10 cinémas érotiques ou peep-show, 7 établissements de serveuses sexy et 7 clubs échangistes.

Ces données excluent les travailleuses indépendantes qui s'affichent sur des sites internet ou dans les petites annonces de journaux, ainsi que les réseaux de proxénètes. Montréal compterait ainsi plus de 3500 travailleurs dans l'industrie du sexe. Ce qui représente 0 .21 % de la population. Une goutte d'eau dans l'océan, me direz-vous !

Vraiment ? Regardons les chiffres de plus près.

Selon l'Institut de statistique du Québec, le nombre de femmes, dont la tranche d'âge se situe entre 19 et 25 ans, représenterait 93,541 individus vivants à Montréal, 13,631 à Laval et 18,237 vivants à Longueuil pour un total de 125,409 jeunes femmes sur cette couronne de la métropole. Si l'escorte type est âgée de 23 ans, ceci reviendrait à dire que 2,79 % des jeunes femmes de la région seraient des prospects potentiels pour l'industrie du sexe. Et ceci n'est sans doute que la pointe de l'iceberg !

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Devons-nous nous inquiéter de ce phénomène qui semble prendre de l'ampleur. ?

Certains fanfarons nous balanceraient que ces activités font tourner l'économie montréalaise. Certes, les dollars emplissent les poches des hôteliers, teneurs de clubs et restaurateurs de tous genres. Car de toute évidence, les clients riches, ceux qui choisissent de faire appel à une escorte pour leur service de GFE ( girl friend experience), privilégient la bonne bouffe et le champagne, avant de s'envoyer en l'air avec leur amante temporaire. De leur côté, ces escortes haut de gamme semblent aussi trouver leur compte.

Les prostituées « de luxe » sont trop souvent présentées comme des femmes pratiquant un métier très glamour. Mais est-ce vraiment le cas pour toutes les travailleuses du sexe ? Qu'en est-il de celles coincées au fond d'un salon de massage et qui enchaîne client après client ou encore celles, dont la beauté les a quittés et qui arpentent désormais les rues sombres de l'Est de la ville, en quête d'une passe pour payer leur loyer?

Notre société ultra-sexualisée banalise un acte qui est loin d'être sans conséquence. Toutefois, personne ne saura me convaincre que se prostituer est aussi anodin.

Pendant toute notre enfance, nos mères nous ont mis en garde contre les étrangers et voilà qu'un soir, on devrait se pointer devant un parfait inconnu avec le mandat de satisfaire tous ses besoins, fantasmes et travers sexuels. Sans même connaître le personnage, il faudrait s'attendre à être tournée et retournée comme une crêpe, supporter des choses qu'on ne supporterait jamais autrement, subir une forme ou une autre d'humiliation et aller même jusqu'à risquer d'être violentées ou contaminées. Tout ceci, en ayant l'air de prendre son pied. Dans ces conditions, l'enveloppe ne contiendra jamais suffisamment de liasses de billets pour effacer toutes les ombres de dégoûts, de remords, de blessures du cœur, de l'âme ou du corps.

Pour une escorte heureuse de son sort et qui contrôle son agenda et sa clientèle, combien d'autres pleurent, comme Nelly Arcan l'a fait dans sa vie et si justement dans ses ouvrages, ou pire encore, sont pris dans une spirale infernale et dont elles ne peuvent échapper.

De toute évidence, l'attrait du fric rapidement gagné peut éveiller bien des désirs chez les jeunes. Elles se disent « Pourquoi pas moi, ce n'est pas si grave. Gagner 10 $ de l'heure dans une boutique de fringues ou empocher 100 $ pour une petite vite...finalement...»

C'est aussi le discours des proxénètes rapaces et manipulateurs qui recrutent les gamines dans les cours d'école ou les centres de jeunesses.

Mais la chose est plus perverse que cela. Car au-delà de l'argent, il y tout le marketing de la pute. À force d'être constamment exposées aux images de femmes disponibles et au service de l'homme, dans les clips, les publicités et les médias de tous genres, les jeunes finissent par perdre leurs repères. Il ne reste enfin, que peu de distinction entre la professionnelle et la non professionnelle.

La banalisation de la pute fait tache d'huile partout et tout autour de nous. Il n'y a qu'à regarder les photos des gamines sur Facebook ou les nombreuses vidéos des comptes personnels sur Viméo ou YouTube pour s'en rendre compte. Peu ou pas d'écart entre le profil de la petite voisine et celui d'une escorte. La pente est glissante. Une photo en bikini avec le iPhone, une petite danse les seins nus pour agrémenter le clip maison de son copain et la porte s'ouvre à tous les excès.

Au départ, la motivation principale des candidates n'est peut être même pas l'argent. Tellement soucieuses d'être acceptées par leurs amis ou leur entourage, les femmes cherchent par tous les moyens à être belles, sexy et désirables. Nous sommes conditionnées ainsi dès notre petite enfance, et à l'aube de nos 18 ans, c'est sans doute l'objectif principal à atteindre.

Plaire. Plaire à tout prix ? Le pas à franchir entre s'exhiber, se donner et se prostituer est finalement moins grand qu'on pourrait le croire.

En soi, je n'ai rien contre la prostitution. Je trouve ces femmes vraiment courageuses, généreuses aussi. Ce qui m'horripile c'est le double discours qui entoure le phénomène. D'un côté notre beau Québec s'oppose à une légalisation de la prostitution qui chasserait sans doute la mafia, les gangs de rue et les proxénètes véreux, et contribuerait à diminuer les risques de santé et de violence chez les travailleuses. De l'autre côté, ce même Québec croule sous les annonces explicites et les établissements ayant pignon sur rue, alors que des milliers de jeunes femmes sautent aveuglément dans ce métier singulier, comme des agneaux dans une fosse aux lions.

Quand je pense à ces hommes qui décrochent le téléphone pour commander une escorte, comme on commande un poulet BBQ, je me demande quelle tête ils feraient, si, en ouvrant la porte de leur chambre d'hôtel, ils tombaient face à face avec leur fille.

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