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Et pour tout cela, nous ne demandons que la laïcité de l'État

20/12/2013 12:32 EST | Actualisé 18/02/2014 05:12 EST

Depuis septembre au Québec, nos débats de société tournent presque tous autour de la Charte. Ce texte n'en fera pas exception. Ce qui reste de 2013 se compte maintenant en heures et devant nous encore de longs textes, débats et échanges publics sur cette Charte. Contrairement à ce que plusieurs disent, ce n'est pas un débat inutile. Bien sûr, comme tous les débats, il polarise les gens entre deux côtés: les opposants et les partisans. Il n'est pas plus déchirant qu'un autre et comme tous les débats capitaux, il fait réfléchir et ne laisse personne indifférent. Il est même très utile pour faire tomber certains masques, par exemple dévoiler les convictions très peu profondes qu'avaient Maria Mourani, qui vient de faire sa sortie de la garde-robe comme grande loyaliste plutôt que comme la patriote que certains la soupçonnaient d'être.

Madame Mourani soutient que le projet de Charte serait en fait une façon de faire de politique «sur le dos des minorités». Ah bon! Pourtant, n'est-ce pas là un véritable outil lié à l'intégration des immigrants? Pour ma part, c'est justement l'intégration des immigrants qui m'a amené à la politique et aux médias, c'est en constatant les problématiques sur le terrain, depuis près de 7 ans, que j'ai pris soit le clavier, soit le micro ou même la pancarte électorale pour travailler concrètement à l'amélioration de leur intégration linguistique et culturelle. Jamais pour « faire de la politique sur leur dos », mais plutôt pour eux. Intégrer les immigrants a toujours été l'objectif premier de toutes les luttes que j'ai menées.

J'enseigne en francisation des immigrants adultes, où je travaille à construite quotidiennement un vivre-ensemble qui va au-delà d'une nouvelle grammaire et d'une syntaxe cohérente. J'apprends aux gens à adopter des savoir-être ou des savoir-faire compatibles avec leur nouvelle terre d'appartenance. Ce processus n'est pas toujours dénué de choc culturel, une réalité avec laquelle je compose tous les jours. Lorsque je lis que la Charte servirait à stigmatiser les minorités, comme Mourani semble le croire, je suis estomaquée. Elle connaît pourtant les réalités migratoires: le clash, il existe.

Des immigrants abandonnés, coupés de la société, qui vivent ici exactement comme ils vivaient chez eux: cela existe. Des gens que nous abandonnons, année après année dans leur isolement culturel. Des gens qui n'ont aucune balise ni aucun repère, et ce, même s'ils habitent ici depuis longtemps. Des gens qui ne parlent même pas trois mots de français avec leurs voisins. Des gens qui sont citoyens, qui ont le droit de vote, mais ne comprennent même pas votre bonjour lorsque vous cognez à leur porte.

Ces gens qui sont stationnés un peu dans ces quartiers, sans réel espoir d'en sortir à court terme, avec tout ce que cela impose: un fort taux de chômage et un faible taux de diplomation, une combinaison désolante et explosive à long terme. L'intégration des immigrants est un dossier qui devra être prioritaire dans les prochaines années. La francisation, combinant langue et culture se devra aussi d'être priorisée, voire même imposée, dans une volonté d'inclusion réelle, c'est-à-dire une adhésion et une compréhension du Québec que nous partageons tous.

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Bien sûr, la Charte ne règlera pas tout, loin de là, mais le virage identitaire qu'elle impose démontre ce qu'un Québec moderne, laïc et républicain sera. Une réalité que plusieurs choisiront avec plaisir, loin des diktats qui sont souvent les leurs. Un Québec qui offrira l'émancipation à ceux qui le désirent. La Charte donnera des balises concrètes aux gens de toutes origines qui s'installent chez nous. Il faut que nous nous occupions enfin du sort de nos nouveaux arrivants afin qu'ils soient intégrés dans toutes les sphères de notre société, qu'ils se sentent concernés dans ce Québec qui est le leur.

Mes jeunes étudiantes pourront devenir policière, médecin ou technicienne en garderie sans être stigmatisées par une pratique religieuse ou culturelle qui fait en sorte qu'on les catégorise présentement rapidement. Avec la neutralité, nous leur donnerons l'égalité des chances, mais aussi la possibilité d'être libres et affranchies. Nous leur donnerons le meilleur de ce que nous avons à l'avenir. De meilleurs programmes sociaux, de réelles possibilités d'avancement. Et pour tout cela, nous ne demandons que la laïcité de l'État. J'ai la certitude que c'est raisonnable comme accommodement.

Est-ce que le Canada maintenant chéri de Mourani - avec son multiculturalisme qu'elle dénonçait elle-même jadis - permettra d'améliorer les conditions de vie des minorités? Ou cette idéologie qu'elle défend maintenant à bras le corps aura-t-elle exactement l'effet inverse, soit l'isolement et l'indifférence? L'objectif, je le répète, est la cohésion sociale. La liberté religieuse individuelle ne devrait jamais avoir primauté sur le bien commun.

Bref, pour 2014, je nous souhaite de clore le débat de la Charte en l'adoptant et d'ériger sur les bases de ce qui sera désormais une loi, un Québec qui sera davantage républicain et qui délimitera la cohésion sociale loin des guerres de clochers ou des salats des mosquées. Un Québec qui doté de balises fera en sorte que les nouveaux arrivants sauront dans quelle société ils arrivent et qui en connaissance de cause, décideront que la neutralité est peut-être l'outil capital qui leur permettra de bien refaire leur vie ici.

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