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Destination Haïti (PHOTOS)

24/12/2012 03:01 EST | Actualisé 23/02/2013 05:12 EST
Tamy Emma Pepin

Voyez les photos du Festival et de la vie quotidienne à Port-au-Prince un peu plus bas

Thurgot Théodat a appris le saxophone entre Paris et New York. Né à Port-au-Prince à la fin des années 50, il passa les hivers de son adolescence dans la Ville-Lumière; ses étés, dans la Grande Pomme. C'est là qu'il s'est imprégné de la culture jazz.

Quand je l'ai rencontré, Thurgot était entouré d'un groupe de jeunes musiciens. Quelques centaines d'adultes étaient assis autour de grandes tables rondes, alors qu'il faisait son entrée dans le décor magique du Parc de la Canne à Sucre pour le lancement du Festival International de Jazz de Port-au-Prince.

J'ai eu la chance de découvrir Haïti, sa culture, son peuple et son histoire, l'année dernière grâce à la Fondation Haïti Jazz, un organisme créé par Melina Sandler et Joël Widmaier, afin de gérer le Festival International de Jazz de Port-au-Prince. Après une rencontre marquante avec un couple de musiciens français et mexicain, le groupe d'amis créa en 2007 ce qui est devenu aujourd'hui, un des événements culturels les plus importants de la Perle des Antilles. Grâce à des partenariats avec des ambassades à travers le monde, des musiciens et chanteurs de plus d'une dizaine de pays y performent, dont le Canada, l'Allemagne, le Brésil, la France, la Suisse, l'Espagne et bien sûr, Haïti.

Le billet se poursuit à la suite de ces photos (crédit: Tamy Emma Pepin)

Balade à Port-au-Prince

"Le jazz ne fait pas vraiment partie du paysage sonore habituel, pourtant il y a quand même une histoire du jazz ici, car depuis l'époque de l'occupation américaine, les Haïtiens ont écouté du jazz, à travers la station de radio Voice of America, qui était imprégnée de cette culture", raconte Thurgot Théodat. Aujourd'hui, le Festival a pour mission de démocratiser ce genre musical. Si certains concerts sont payants, d'autres sont gratuits et des ateliers musicaux sont ouverts au public. "Plein de petits groupes sont nés depuis le Festival, ils viennent aux ateliers, c'est de plus en plus dynamique", affirme Melina Sandler, rencontrée lors d'un spectacle extérieur dans les jardins de l'hôtel Karibe, un des hôtels les mieux cotés de Port-au-Prince. Mais si le lieu est chic, l'ambiance elle est baba-cool. Assise dans un fauteuil sous un grand arbre, je regarde attentivement le percussionniste brésilien Rubem Dantas -- qui a collaboré entre autres avec Chick Corea et Paco de Lucia -- pendant qu'un homme plus âgé à mes côtés fume la pipe et tape du pied.

Cette année, le festival célébrera sa 7e édition. Du 19 au 26 janvier, plusieurs artistes jazz fouleront les scènes de Port-au-Prince, dont la chanteuse canadienne Molly Johnson. Pendant ce temps au Québec, Air Transat vient d'annoncer qu'elle offrira des forfaits-vacances vers Haïti dès le début de 2013. Une bonne nouvelle pour les Québécois à la recherche de tourisme riche en culture, en plages et en aventures.

Tourisme, culture et création d'emplois

Lors d'un cocktail organisé dans le cadre du Festival, j'ai jasé tourisme avec l'Ambassadeur du Canada en Haïti, Henri-Paul Normandin. Celui-ci me racontait qu'il y a 25 ans, Haïti était une destination voyage populaire pour les Québécois et les Canadiens. Que certes, le pays avait connu son lot de problèmes, mais que le potentiel touristique était énorme. "Les touristes ne vont pas débarquer par centaines de milliers du jour au lendemain, mais les activités telles que le Festival de Jazz, en plus de leur expression culturelle et de leur appeal international, amènent une dimension économique cruciale pour le développement d'Haïti. Car pour que le pays se développe, ça prend des emplois et la culture, le tourisme, c'est un domaine porteur de création d'emplois. Le gouvernement Martelly en fait une priorité", assure-t-il.

De mon côté, le voyage, bien que bref, se déroula sans aucune difficulté. Craintive pour ma sécurité pré-départ, j'ai fait appel aux services d'Emmanuel Midi, un guide fort sympathique et très professionnel, déniché sur le site Haiti Fixers.

À Port-au-Prince, lorsqu'on s'éloigne des activités du Festival, le rap et le kompa prennent la place du jazz et envahissent la rue. La voiture s'arrête parfois. La route est barrée, l'instant qu'un groupe se préparant pour le carnaval ne passe. Les parents accompagnent leurs enfants à l'école vêtus de leurs jolis uniformes. Au coin de la rue, une femme vend des fruits, un homme cire des chaussures. La vie quotidienne suit son cours. Les hôtels poussent et plusieurs projets touristiques, de charmantes maisons d'hôtes se développent afin d'attirer une clientèle internationale.

Bien sûr, la pauvreté est là, vous me direz. Oui. On la voit, comme à Cuba ou en Jamaïque, lorsqu'on daigne sortir de son tout inclus... On ne s'habitue jamais à la misère, mais ce serait une triste erreur que de limiter Haïti aux images de destruction qui ont tant marqué notre imaginaire depuis janvier 2010. Car, il y a dans ce pays, une richissime culture, une beauté à son état le plus pur, un peuple chaleureux, de la nourriture à s'en lécher les doigts et des paysages fantastiques. De plus, pour les voyageurs québécois, il y a l'avantage de la langue. Et ne pensez pas que j'allais oublier le rhum! Haïti semble en fait être un des derniers endroits dans les Caraïbes qui n'a pas encore été envahi par le tourisme de masse et qui peut offrir au voyageur le moindrement aventurier, une expérience des plus authentiques. Mon conseil: allez-y avant que ça n'affiche complet.

Merci au Festival de Jazz de Port-au-Prince et à la fondation Jazz Haïti de m'avoir fait découvrir leur pays.