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La garderie, c'est fait pour les parents

03/12/2014 03:37 EST | Actualisé 02/02/2015 05:12 EST

Le discours sur les garderies ne vise qu'à déculpabiliser les parents.

Je vais surement me faire pitcher des roches, mais c'est ça qui est ça. Les garderies, c'est uniquement pour le bien des parents.

Je me permets enfin de le constater à voix haute, puisque je fais désormais partie du groupe de mères qui travaillent contre rémunération: l'alarme sonne, je me lève, je me prépare en vitesse avant que Bébé Prune (c'est son nouveau surnom) n'ouvre les yeux, je la fais déjeuner, je l'habille et hop ! À la garderie !

Parfois, j'en profite pour faire un saut au gym, avant de m'atteler au boulot. Parfois, j'en profite simplement pour prendre un bon café tranquille en surfant sur Facebook.

Il n'y a pas si longtemps, je n'aurais pas pu en dire autant. Ma vie était différente, mais tout aussi remplie. Entre quelques contrats de pige, je dévouais mes journées entières à ma fille. Parfois on sortait, on faisait des casse-tête, on chantait ; parfois on s'écrasait, on regardait Caillou, on faisait la crise du bacon. On excluant la personne qui parle.

Les gens me disaient alors : Mais il faut qu'elle aille à la garderie ! Il faut qu'elle socialise! Il faut lui instaurer une routine stricte! Il faut qu'elle se détache! Chacun de ses «défauts» était justifié, aux yeux des autres, par le fait que j'entretenais mon fantasme de maman à la maison. Ma réponse, toute simple, ne plaisait pas toujours : tant que je ne travaille pas à temps plein, et tant que ça ne vaudra pas la peine de le faire au niveau de mes ambitions et de l'impact financier, ma fille reste avec moi.

Je n'ai jamais été CONTRE la garderie. J'ai toujours dit que si une opportunité professionnelle intéressante se présentait, je serais prête à inscrire ma fille dans un service de garde. Je suis d'ailleurs sur une liste d'attente pour un CPE depuis sa naissance, c'est tout dire. D'autre part, j'ai aussi toujours dit que la place première d'un enfant, surtout en bas âge, est avec sa mère.

L'opportunité professionnelle s'est bel et bien présentée. Et maintenant que je le vis, je peux enfin le dire sans passer pour une de ces mères qui jugent et qui se croit parfaite : la garderie, c'est fait pour déculpabiliser les parents.

Oh, ma fille n'y est pas malheureuse! Elle commence même à avoir hâte d'y aller, certains matins. Son éducatrice est une soie, les amis l'accueillent en riant. Elle mange parfois à la garderie des repas plus équilibrés qu'à la maison. Elle fait parfois des activités plus créatives.

Mais au bout du compte, la garderie, c'est à moi qu'elle sert le plus. La garderie me déculpabilise. Elle me permet de travailler la tête tranquille, en me disant qu'elle doit être en train de s'amuser. Elle me permet de la laisser regarder la télévision en rentrant, parce que je sais qu'elle ne l'a pas fait de la journée. Elle me permet de ne pas faire de petites promenades quotidiennes, parce que je sais qu'elle a joué dehors avec Mme C. et les amis.

Bref, c'est gagnant-gagnant, diront certains. Ma fille est heureuse à la garderie, et moi je suis épanouie professionnellement. À dire vrai, je ne pense pas beaucoup à elle pendant la journée, tant je suis occupée.

Mais rien n'écartera cette petite ombre dans mon cœur. Celle qui me rappelle combien j'aimais laisser Bébé Prune se réveiller à son rythme le matin. J'allais ensuite la chercher pour continuer à paresser dans mon lit, en chantant la chanson du matin.

Celle qui me rappelle combien j'aimais faire des recherches pour trouver des activités pour elle et moi, toutes ces ressources que je ne connaissais pas et qui m'ont fait rencontrer d'autres mères extraordinaires. Nous allions ensemble jouer avec d'autres, socialiser. Il n'y a pas qu'à la garderie qu'on peut faire ça.

Celle qui me rappelle combien j'aimais la voir grandir sous mes yeux, à tous les jours. Désormais, elle passe plus de temps avec l'éducatrice qu'avec moi. Et je sais qu'un jour c'est inévitable, qu'elle ira à l'école. Justement, j'aimais profiter de ces quelques années de petit bonheur.

Je ne retournerais pas en arrière. C'est la fin d'une époque, tout simplement. Mais qu'on ne me dise pas que c'était la meilleure chose à faire.

Pour moi peut-être, pour elle c'est moins certain. Et pour nous, jamais.

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