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Ne tuons pas notre humanisme

30/05/2017 09:49 EDT | Actualisé 30/05/2017 09:49 EDT

Lorsqu'on veut attirer l'attention de quelqu'un, on l'appelle par son nom. Ça nous arrive tous d'oublier le nom d'une personne ou d'interpeler la mauvaise... Mais derrière ce nom, qu'y a-t-il?

Identité juridique vs identité universelle

Mine de rien, derrière la façade de la joute politique se cache un enjeu de taille : l'identité humaine. Un sujet pour lequel la grande majorité est insensible sur le plan collectif parce que être, c'est une affaire bien personnelle et individuelle. Toutefois, en raison de l'étroite dimension que nous donnons à la conscience identitaire, c'est-à-dire à cette part de nous capable de mesurer et d'affirmer son moi essentiel, nous sommes des proies faciles pour la manipulation et la désinformation.

Bizarrement, la nature universelle de notre identité a été balayée dès la naissance de la société de droit, socle de nos démocraties occidentales. Depuis plus de deux siècles, la raison subjugue la nature subtile de l'Homme en ne lui offrant qu'une représentation de lui-même de plus en plus tronquée par l'obsolescence juridique. L'Homme s'attache de plus en plus à cette identité de surface et de moins en moins à ses dimensions profondes.

Ainsi, le discours identitaire que QS et le PLQ opposent au PQ repose sur une dimension purement juridique, une identité de surface. La valorisation de cette identité juridique - que beaucoup de jeunes soutiennent - est en rupture avec la conscience universelle et humaniste mise de l'avant par le Parti québécois. Par ailleurs, le PLQ et la CAQ, ces partis n'interpellent personne. Ils tablent sur l'insécurité matérielle des gens et les traitent comme des numéros sans identité. Facile.

L'identité juridique est le cœur même du multiculturalisme. On utilise les pouvoirs incontestables de la loi pour imposer une manière de concevoir l'identité, basée sur ce qui nous distingue physiquement. On use de la loi pour défendre et imposer cette différence. Et on se demande pourquoi il n'y a plus de cohésion dans notre société, morcelée en sous-groupes légitimés dans leur autorité identitaire par la loi. Où est l'échange humain, lorsque la Cour suprême valide une identité individuelle qui appartient dans les faits à un groupe ?

Ainsi nous sommes en train de dissoudre l'identité naturelle de l'individualité pour la remplacer par un assemblage superficiel, construit par la jurisprudence. Celui qui a le plus d'argent gagne son procès, et son identité est consacrée comme juste par les autorités de la Cour. Le système nous impose une valeur matérialiste de ce que nous sommes. Il va de soi que l'appareil juridique est incapable de défendre l'aspect intangible de l'humain, mais beaucoup catégorisent les résultats juridiques comme une réponse absolue.

Ainsi nos sociétés de droit accordent le pouvoir à la Cour de définir notre identité humaine intrinsèque.

En se faisant le défenseur exclusif des minorités, Québec Solidaire contribue à nous faire intérioriser qu'une personne est d'abord une entité juridique qui peut faire valoir ses droits par le biais de poursuites judiciaires lorsqu'elle se sent victime. Dans ce même ordre de valeurs non humanistes, le PLQ promeut le multiculturalisme.

Dans un Québec ouvert et tolérant, équipé d'une charte qui défend déjà les droits des minorités, on se demande pourquoi le PLQ et QS font autant la promotion des minorités, si ce n'est pour se faire un capital sympathique sur le dos des immigrants et autres groupes.

Les enjeux réels de l'identité

Derrière cette grande opération occidentale de judiciarisation identitaire se cache d'une part une dissolution nationale, d'autre part un lavage de cerveau pour garder l'humain esclave des systèmes économiques tordus qu'on lui propose soi-disant pour son bien.

Les multinationales qui aspirent nos finances vers les paradis fiscaux font-elles le bien ? Les élus qui facilitent les dérèglementations au nom d'un accroissement de richesse font-ils le bien ? Les dogmatiques de la défense des minorités qui oeuvrent à tuer la majorité font-ils le bien ?

Sous le couvert de la compassion et de l'enrichissement, ces forces pour le moins agressives sont pourtant en train de détruire notre identité réelle. Elles mettent en valeur celle qui vient d'une mode, d'une culture ou d'une religion, mais occultent la présence absolue, reconnaissable en tout être, cette énergie intangible qu'est l'essence fondamentale de notre humanité.

Cet esprit universel est littéralement emprisonné dans une identité politique sans dimension imposée par les instances juridiques. Pourtant, l'esprit d'un peuple, l'esprit du Québec transcende tous les partis. L'esprit de l'individu n'appartient à personne. Il est libre sauf si l'individu est ignorant de cette présence absolue et subtile qui le détermine, mais que trop souvent son ego abjure.

Le Juste

L'identité universelle, c'est la reconnaissance intrinsèque de ce que nous sommes; non pas en tant que Québécois, hétéro ou homo, blanc, jaune ou noir, handicapé ou non, mais ontologiquement. L'identité universelle, c'est se savoir être, au-delà de toute convenance sociale, de tout conditionnement. C'est le sens même de la spiritualité, c'est-à-dire de notre connexion avec notre esprit.

Tout le monde nait avec ce savoir naturel. De manière innée, nous savons distinguer à travers notre cœur ce qui est juste de ce qui ne l'est pas pour l'épanouissement de notre flux lumineux. On appelle ça le gros bon sens. Ce n'est pas le cœur socialisé, fabriqué par la morale-compassion, mais le cœur pur de l'enfant qui ressent le juste au-delà des mots, des discours, des concepts, des doctrines. La vérité sort de la bouche des enfants ! Mais après avoir été civilisé, éduqué, voire endoctriné, comment peut-on reconnaître encore notre identité universelle ? Dans le silence, au centre de soi.

Sortir le Juste de sa prison juridique

Lorsque tout est fait pour circonscrire l'identité à travers le prisme du bruit, de l'image et de la perception, l'humain se dissout tranquillement. Il devient alors hautement manipulable.

Si l'identité est un sujet si peu sexy pour les Québécois aujourd'hui, c'est qu'ils croient que seule la Cour suprême a le droit de nous dire qui nous sommes. Depuis le début du projet de pays, le gouvernement fédéral n'a cessé de nous demander de nous définir, sachant très bien qu'il est impossible de définir un esprit. Alors la Cour suprême nous a construit et imposé sa définition multiculturelle, vision qui tue l'esprit de l'individu constituant notre nation, pour ne valoriser sa différence que sur la base de son apparence. La dissection de nos identités sous forme de ghettos est une prise en otage de l'essence universelle de chaque individu. Ainsi on divise l'humanité par des considérations futiles. Ainsi l'on confond la sensibilité de l'esprit à la sensiblerie de l'ego. Ainsi on oublie que sans esprit, il n'y a pas d'identité. On oublie que c'est l'esprit qui fait la grandeur de chacun de nous. Qui peut dire : «Je me souviens» ?

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