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Caisse de dépôt: réclamer une enquête avant tout!

21/01/2015 09:07 EST | Actualisé 23/03/2015 05:12 EDT

On ne me fouettera jamais pour avoir écrit ce texte. Raif Badawi, lui, a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans prison pour avoir blogué.

Nous ne pouvons pas ouvrir la porte de notre bas de laine québécois sans savoir pourquoi son ancien directeur, Henri-Paul Rousseau, a si malencontreusement abusé des PCAA (papier commercial adossé à des actifs non bancaires); sans savoir pourquoi il a été protégé par la famille Desmarais; sans savoir si, du temps du gouvernement Charest, ami de Power Corp, il y a eu imposture au cœur même de la Caisse de dépôt. Le gouvernement Charest fut responsable de la corruption et de la collusion en raison de stratagèmes découlant d'abord de la pression financière qu'il a mise sur ses députés. Et si, du même souffle, il avait joué le rôle de facilitateur pour des pilleurs de notre caisse de retraite ?

Durant des années, notre Caisse a développé une expertise unique qui a gonflé les voiles de notre navire économique en injectant des fonds dans nos PME. Le gouvernement Charest a changé la loi et depuis, ce grand levier économique ne sert plus notre essor de l'intérieur. Sous le règne de Rousseau, la ligne directrice fut celle du rendement d'abord, en plus d'offrir de généreuses primes aux gestionnaires qui se surpasseraient. L'ambition du président de la Caisse a-t-elle poussé son obsession du rendement au point d'être lui-même aveuglé par les produits toxiques (PCAA) ? Le rendement d'abord est devenu avec le temps, le rendement à tout prix.

Pourquoi une enquête ?

Il y a beaucoup de chapitres obscurs couvrant la période Rousseau/Charest. Est-ce que le changement de loi qui a dévié la fonction originelle de la Caisse fut, et est bénéfique pour le Québec et pour les actionnaires ? Ou bien est-ce que ce changement a favorisé des intérêts autres ? Si les Québécois sont perdants, pourquoi poursuivre dans la voie du rendement à tout prix ? Nous sommes en droit de savoir.

Nous devons également nous assurer qu'il n'y ait plus de conflit d'intérêts au sein de la Caisse. Dans la perte des 40 milliards, Conventree était le promoteur non bancaire de ces produits toxiques. Cette entreprise torontoise avait une particularité: la Caisse de dépôt en était à la fois l'actionnaire et le client. Ce qui pose un conflit d'intérêt qui, à ce jour, n'a jamais été condamné. Mais cette relation incestueuse expliquerait en partie pourquoi le Québec a acheté plus de PCAA que dans le ROC. On peut imaginer le conflit d'intérêt - déjà souvent dépeint - si des projets de transport au Québec sont financés par la Caisse pour les usagers d'ici ?

Bon nombre d'anomalies ont été révélés par Mario Pelletier dans son livre La Caisse dans tous ses états. Malheureusement, la famille Desmarais a menacé l'éditrice de poursuite si elle ne retirait pas ce livre des tablettes. Elle a eu peur et elle a obtempéré. On appelle ça de l'intimidation. Où étaient les « Charlie » de ce monde pour se réclamer de l'injustice faite à la liberté d'expression ? Pourquoi ce bâillonnement ? Les Desmarais ont-ils quelque chose à cacher ?

Le livre de Richard Le Hir, Rousseau, le siphonneur de la Caisse, contient plusieurs extraits très éclairants du livre de Pelletier sur - disons - le potentiel transfert de notre levier économique des mains des Québécois vers des intérêts privés qui semblent avoir téléguidé certaines transactions du temps de Rousseau. Une chose est certaine : le départ nébuleux du directeur, la protection de la famille Desmarais dont il bénéficie après avoir englouti 40 milliards de dollars de notre bas de laine, le silence qui s'ensuivit sont là des signaux suffisamment alarmants pour réclamer haut et fort que la lumière soit faite sur cette période. Après un tel échec, nous ne pouvons clairement pas donner la permission au premier ministre Couillard d'ouvrir la porte aussi aisément à notre coffre-fort collectif.

À l'époque, si l'opposition a réclamé une enquête sur la perte de ces milliards, le gouvernement Charest a fait la sourde oreille et nous, le peuple, non informé ou désinformé, n'avons pu rien dire. Qui ou que cherche-t-on à protéger ici ? Le premier ministre Charest a alors choisi son combat : une enquête sur la construction plutôt que sur notre bas de laine. N'était-ce pas la meilleure manière de fracasser par le biais tout capital de sympathie envers le syndicalisme et ainsi faire triompher par défaut l'industrie privée multinationale comme l'ultime sauveur de notre économie ? Pourtant, si notre économie est si chancelante, n'est-ce pas aussi parce que notre Caisse a cessé de supporter nos PME ? Pourquoi ce détournement de fonction, de vocation ? Au profit de qui ?

Charest a ouvert la porte à la collusion et à la corruption en exigeant de ses députés des sommes colossales pour leur entrée au parti. Il a dans le même temps transformé notre levier économique - une Caisse de dépôt alors absolument, mondialement exemplaire et enrichissante pour l'ensemble du Québec - en simple fonds d'actions comme les autres. Le Hir fait également le lien entre la fraude dont est présentement accusé Desmarais sur la Caisse de dépôt en France, fraude faite après les PCAA. Comme il a préalablement favorisé l'élection de Sarkozy, devenu président de la République, on est en droit de se demander si Jean Charest n'a pas subi la même pression d'être redevable à son ami Desmarais. Et que penser de Couillard qui a étrangement gagné ses élections sans dire un mot de toute sa campagne ?

Devant tant d'irrégularités passées qui ont laissé un trou béant à la CDP, comment laisser le premier ministre Couillard et Michael Sabia donner un accès si aisé à notre plan de retraite sans savoir si, à l'heure actuelle, notre levier économique sert d'abord des intérêts autres que ceux des actionnaires québécois ? N'oublions pas le credo néolibéral : prendre les profits et faire payer les risques au public. Voilà pourquoi nous devons savoir si, par un stratagème, nous serions obligés d'essuyer des pertes de dépassements de coût, de déficit, etc. surtout dans le domaine du transport qui est tout sauf rentable.

Si notre profil d'actionnaires fut prudent avant le règne de Rousseau, personne ne nous a consultés pour que nous devenions des actionnaires aimant le risque. Le credo néolibéral dont Couillard est un adepte annonce d'ores et déjà qu'il nous refilera la facture des risques, alors que le privé sera déjà parti avec les profits. Si nous prenons cette direction dans un contexte aussi idéologique que nébuleux, il deviendra impératif que la Caisse soit soumise à une vérification indépendante.

Fraude légale ou aveux d'échec de gouvernance libérale ?

Apparemment, durant les années pré-Rousseau, la Caisse de dépôt a été si efficace pour l'épanouissement de nos PME et de notre richesse collective que les forces fédéralistes ont craint que nous ne devenions souverains. Cela pourrait-il expliquer le saccage qu'Henri-Paul Rousseau a lui-même provoqué ? Incompétence ? Alliance ? Une enquête nous en dirait peut-être plus long sur une commande potentielle.

Quoiqu'il en soit, force est de constater que les gouvernements libéraux qui dirigent le Québec depuis presque 15 ans ne parviennent pas à relever l'économie ni à stimuler l'emploi, comme la CDPa si bien su le faire avant ce règne de rendement, voire de conflit d'intérêt. Imaginons la relation incestueuse avec le transport et un gouvernement qui n'a toujours pas démontré sa pleine probité face au peuple qu'il prétend servir !

Notre PM, qui a l'habitude de se frotter à des gens douteux, ouvrira-t-il la porte à une fraude légale - par un simple autre changement de loi - qui nous dépossèdera de notre bas de laine au profit de ceux à qui il est redevable ? À tout le moins, en déclarant qu'il veut piger dans notre caisse de retraite, Philippe Couillard est en train d'avouer qu'il est incompétent pour créer de l'emploi, pour créer de la richesse au Québec et qu'il dilapidera forcément notre épargne puisque le domaine du transport est non rentable. Ça lui permettra de sauver du temps et la face. À moins qu'il ne soit de connivence avec ceux qui préfèrent voir le Québec à genoux économiquement, pour s'assurer que jamais il ne deviendra souverain ?

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