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Jean-François Lisée doit changer sa stratégie

Le problème que rencontre le Parti québécois est directement imputable au passé de stratège de son chef, Jean-François Lisée.

31/08/2017 06:00 EDT | Actualisé 31/08/2017 06:00 EDT
THE CANADIAN PRESS
Au Parti Québécois de réviser sa stratégie, pour une meilleure gestion de sa marque.

Les plus récentes sorties de Jean-François Lisée, chef du Parti québécois, sont décriées même chez les souverainistes alors que Louise Harel elle-même a souhaité sur Twitter que le chef ravise son discours afin de mieux traiter les défis de la récente vague migratoire plutôt que de parler des "invités de Justin Trudeau".

Cette manière de répondre aux attaques néo-populistes de la CAQ et de son chef François Legault qui a présupposé que la frontière était une «véritable passoire», force le questionnement à savoir si le chef du Parti Québécois ne devrait pas changer sa stratégie alors qu'un récent sondage plaçait son parti en troisième place, loin derrière le Parti libéral du Québec au pouvoir, mais également de la CAQ qui se positionne comme une alternative au changement.

Le problème que rencontre le Parti québécois est directement imputable au passé de stratège de son chef. Ne l'oublions pas, le discours néo-populiste à la rhétorique dangereusement malveillante provient tout d'abord de la CAQ et de son chef François Legault (tiens, tiens, un homme d'affaires multimillionnaire aux tendances néo-populistes qui se porte en grand défenseur du citoyen de la classe moyenne et qui trouve son électorat en banlieue ainsi qu'en milieu rural; mais où a-t-on déjà entendu parler de ça?).

Comme lors de la course à la chefferie du Parti québécois, Lisée prend donc acte que la balance du pouvoir se situe sur sa droite et non à gauche.

Comme lors de la course à la chefferie du Parti québécois, Lisée prend donc acte que la balance du pouvoir (son électorat disponible) se situe sur sa droite et non à gauche. Si on considère qu'une bonne proportion des électeurs du PLQ ne voteront jamais pour le PQ (langue, souverainisme, etc.) et que la balance du pouvoir ne se trouve pas dans les quelques circonscriptions urbaines détenues par Québec Solidaire; Lisée fait le calcul qu'il doit répondre au néo-populisme de Legault par du néo-populisme « à la Parti québécois » (attaquer le pouvoir fédéraliste dans un contexte national migratoire) pour gagner.

Le problème, c'est que ce calcul stratégique nuit à la marque de commerce du Parti québécois: l'alternative sociale-démocrate apte à gouverner (comme quoi un stratège n'est pas nécessairement un bon gestionnaire de marque). Malheureusement, le paysage médiatique semble porter une attention plus importante aux dires du chef de l'opposition qu'à la montée du néo-populisme sur la droite d'où émane la CAQ dans ses recoins médiatiques de la radio parlée et des médias sociaux.

Cela dit, sans un retour à l'essence même de l'image de marque sociale-démocrate et surtout visionnaire du PQ (c'est le parti du GRAND changement après tout), l'alternative semble être une campagne électorale où la CAQ pourrait se positionner, à l'image de ses récentes attaques du pouvoir libéral sur vidéo, comme étant l'alternative populiste au gouvernement. La CAQ deviendrait ainsi le parti qui cherche à changer les politiques du PLQ, sa gestion du politique et son marketing qu'on pourrait définir comme élitiste. Cela permettrait à la CAQ de dépeindre le PLQ comme étant le grand responsable du ralentissement de la croissance économique du québécois moyen depuis les pratiquement deux décennies qu'il occupe le pouvoir sans conteste.

Même si les sorties stratégiques de Jean-François Lisée, qui tend vers le néo-populisme à l'encontre du pouvoir fédéraliste, demeurent une entreprise douteuse à court terme; l'alternative d'une gouvernance caquiste, menée par un François Legault qui a clairement décidé d'embrasser le néo-populisme idéologique nationaliste, semble être une réalité beaucoup plus inquiétante à long terme.

Au Parti Québécois de réviser sa stratégie, pour une meilleure gestion de sa marque.

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