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Un réseau d'information est-il responsable des commentaires (haineux) sur ses réseaux sociaux?

06/06/2015 01:43 EDT | Actualisé 06/06/2016 05:12 EDT

Même si la pratique de la section des commentaires sur une publication en ligne quelconque ne date pas d'hier, l'utilisation des médias sociaux pour relayer les nouvelles hébergées sur une plateforme externe ajoute désormais une sphère d'intervention supplémentaire.

En effet, les sites de nouvelles (pour ne nommer que ceux-ci parmi un spectre plus large de plateformes de partage de contenu qui utilisent les médias sociaux pour générer de plus amples données de trafic web) préconisent un taux élevé de publications sur Facebook, Twitter, Pinterest (etc.) afin de rejoindre une clientèle qui recherche l'agglomération d'information diverse plutôt que la multiplicité des sources disponibles.

Au point où Facebook et certaines des plus grandes plateformes d'information au monde envisagent la création d'un support intégré à Facebook où l'information pourrait y vivre par elle-même, sans dépendre du relais vers ladite plateforme web externe d'où les revenus se génèrent habituellement : la création de revenus se créerait directement via Facebook.

Le débat fait rage depuis quelques temps à propos de la pertinence unilatérale d'une section de commentaires sur les sites web d'information, en particulier. Mais qu'en est-il de la responsabilité des commentaires laissés sur les médias sociaux?

Tout d'abord, les commentaires sont laissés sur une plateforme externe, comme Facebook. Il ne semble donc pas directement de la responsabilité d'un site de nouvelles de légiférer sur une plateforme externe à la sienne, surtout considérant qu'elle est nécessaire au relais de trafic web recherché pour assurer la rentabilité de la diffusion en ligne.

Or, qu'en est-il lorsque les commentaires laissés suite à une publication d'un site de nouvelles deviennent un terreau fertile aux propos haineux? Prenons l'exemple récent de la mort de Jacques Parizeau, personnalité politique polarisante pour certains malgré les hommages unanimes de la classe politique tous azimuts.

La plateforme Facebook propose déjà une série d'options disponibles aux usagers qui peuvent en tout temps alerter les instances de sécurité d'une publication offensante. Est-ce suffisant pour une plateforme externe, et de manière plus large une marque en général, pour se dissocier de quelconque intervention?

En bref, la gestion de communauté se résume-t-elle maintenant à la mise en ligne de contenu, la responsabilité qualitative étant strictement la responsabilité des utilisateurs et du médium social?

«La plupart des grandes marques affichent une politique d'utilisation sur leurs pages Facebook», affirme Louis-Philippe Jeanbart, gestionnaire de contenu chez Sid Lee. «Ce système est non seulement facile à implanter et à gérer, mais permet aussi au gestionnaire de communauté de retirer les commentaires qui contreviennent à la politique de la marque.»

Pour sa part, lorsque confronté à l'évidence que plusieurs commentaires haineux à l'égard de Jacques Parizeau se retrouvaient sous une publication du site de nouvelles sans être adressés, CTV Montreal préférait retirer ses publications jugeant que le déni de tribune était la meilleure manière de gérer les interactions inappropriées.

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De son côté, Mick Côté, gestionnaire de communauté pour Montreal Gazette, affirmait que les commentaires étaient adressés, mais qu'il était difficile de suivre le fil (un étrange aveu qui suppose un nombre important de commentaires désobligeants).

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Après vérifications, de nombreux commentaires non seulement négatifs, mais diffamatoires à l'endroit de Jacques Parizeau, de sa famille et/ou de l'option souverainiste demeurent en ligne sur la page Facebook de Montreal Gazette.

Dans les cas de figure cités, l'autocensure de la nouvelle semble un remède simple face à une redirection qui ne vaut pas le trafic potentiel, surtout en rapport avec la position ambigüe de Montreal Gazette qui supervise sans châtier, ou si elle le fait, de manière complètement arbitraire, sans code de conduite clairement affiché sur sa page.

Or, dans un contexte où l'information pourrait devenir rentabilisée à même une plateforme comme Facebook, par exemple, la stratégie employée par CTV Montreal serait plus difficile à implémenter.

Existe-t-il donc une responsabilité directe de la part d'un site de nouvelles face aux interactions de sa communauté et à un contenu qui vise principalement à rediriger vers la plateforme principale d'où les revenus sont générés, telle une marque qui publie du contenu complémentaire à un produit vendu ailleurs que sur Facebook?

Ou s'agit-il tout simplement d'une extension pure de la liberté de presse, soit de la liberté d'expression, où l'absence de limite cultive le principe universel de liberté, peu importe la portée des propos entretenus, à la discrétion des concitoyens/utilisateurs?

Il y a fort à parier que le contexte actuel de consommation de l'information égocentrée, et les lois du marché qui l'accompagne, apportera la réponse recherchée bien au-delà de la responsabilité d'un réseau d'information à propos d'opinions émis à l'externe de sa constitution morale.

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