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Cher Justin Trudeau, vous devez condamner l'Espagne!

Votre mutisme sur la question soulève de grands doutes sur votre désir de soutenir les efforts démocratiques d'autonomie des peuples et des nations, dont les vôtres à même votre territoire.

04/10/2017 10:07 EDT | Actualisé 04/10/2017 10:58 EDT
Mark Blinch / Reuters
Monsieur le Premier Ministre, nous ne serons peut-être et fort probablement jamais d'accord sur l'indépendance du Québec; nous en débâterions fort possiblement avec véhémence, mais j'oserais croire que nous le ferions dans la paix et le respect des valeurs fondamentales de la démocratie.

Cher Monsieur le Premier Ministre du Canada,

Parmi le flux important de nouvelles majeures des derniers jours – après les actes terroristes d'Edmonton ainsi que de Marseille, le tireur fou de Las Vegas, les frasques communicationnelles de la ministre du Patrimoine canadien à propos de Netflix, la cérémonie d'installation de la nouvelle Gouverneure générale Julie Payette, l'annonce de votre visite à Washington pour rencontrer le président Trump et fort possiblement apaiser ses désirs de renégocier l'ALÉNA – vous êtes resté complètement muet sur un dossier en particulier qui s'avère d'une importance capitale non seulement pour les souverainistes ou l'ensemble de la population du Québec, mais également pour l'ensemble de la population canadienne.

Monsieur Justin Trudeau, pourquoi n'avez-vous pas condamné unilatéralement le gouvernement de Madrid pour sa répression violente envers les Catalans qui souhaitaient s'exprimer pacifiquement aux urnes d'un référendum à propos de leur indépendance?

Comme je vous le mentionnais plus tôt, il n'y a pas que les souverainistes qui s'inquiètent de votre silence. Le député néo-démocrate Alexandre Boulerice vous a questionné sur le sujet en Chambre; la réponse est plutôt venue de votre leader du gouvernement. Elle a évité de répondre à la question, mais a décidé de balancer une série de balivernes hors sujet qui visaient à féliciter le nouveau chef du NPD dans ses fonctions.

Par ailleurs, ce nouveau chef dudit NPD, qui à ma connaissance n'est pas un souverainiste, vous a même accusé de tenir un discours « complètement inacceptable » sur le sujet. Je vous concède que le Parti conservateur partage votre avis à propos de votre « préoccupation » sur le déroulement du référendum en Catalogne. J'imagine que c'est pour cette raison que des députés de la Chambre des communes ont non seulement refusé la motion du Bloc Québécois, qui visait à condamner « la répression violente orchestrée par le gouvernement espagnol lors du référendum catalan du 1er octobre 2017 », mais également crié « Non! » afin de plutôt condamner la démarche du député Luc Thériault de Montcalm, également détenteur d'une maîtrise en philosophie de l'UQAM.

Selon Chrystia Freeland, votre ministre des affaires étrangères, le référendum catalan serait une affaire interne pour l'Espagne. À défaut de vous entendre sur le sujet, je présume que c'est également votre position, mais laissez-moi vous expliquer pourquoi ce dossier m'apparaît également être une affaire interne pour le Canada.

Vous n'êtes pas sans savoir que le Québec a orchestré à deux reprises des référendums à propos de sa souveraineté, et dans les des cas, malgré des débats animés, des entourloupettes aux dépenses électorales et quelques envolés lyriques néfastes de part et d'autre : le tout s'est déroulé dans un calme et une paix qui honore la nation canadienne et québécoise.

Or, j'aimerais vous rappeler qu'à la suite de l'échec référendaire de 1995, le gouvernement (Libéral) fédéral s'est empressé de mettre sur pied la loi sur la clarté référendaire (C-20) qui donne plein pouvoir à la Chambre de communes d'accepter ou de refuser, non seulement la question posée aux Québécois à propos de leur indépendance, mais surtout le résultat du vote : comme quoi 50% +1 ne pourraient plus être suffisant, mais également sans que les Québécois sachent quel pourcentage serait suffisant avant le jugement de la Chambre.

Même Thomas Mulcair s'est opposé à cette loi qui présume que la plus fondamentale des règles démocratiques est possiblement bafouée.

Ainsi, vous n'êtes également pas sans savoir que votre père n'a pas hésité à imposer la loi des mesures de guerre sur le territoire du Québec lors de la Crise d'octobre de 1970. Même si ce dernier avait agi à la demande du premier ministre du Québec Robert Bourassa, nous conviendrons que les dérapages et les arrestations arbitraires en pleine nuit ne faisaient très certainement pas partie de l'idéal démocratique de Monsieur Bourassa ni de votre père; deux grands démocrates après tout.

Alors, imaginez un scénario où, même si selon plusieurs le territoire du Québec est indivisible, les Premières Nations décidaient d'organiser un référendum afin d'obtenir leur propre indépendance à l'intérieur d'un Québec souverain; et que dans ce même scénario, la Sûreté du Québec devait matraquer et tirer des balles de caoutchouc sur les autochtones qui souhaitent s'exprimer pacifiquement aux urnes à propos de leur indépendance.

Face à un tel scénario, Monsieur Trudeau, resteriez-vous muet?

Estimez-vous qu'il soit possible d'utiliser la violence pour contrer l'expression démocratique d'un peuple face à son indépendance? Est-ce que les Québécois doivent craindre que dans la tenue d'un hypothétique référendum sur leur indépendance, vous puissiez trouver nécessaire d'orchestrer une répression violente et armée face à des citoyens pacifiques qui désirent voter?

Votre mutisme sur la question soulève de grands doutes sur votre désir de soutenir les efforts démocratiques d'autonomie des peuples et des nations, dont les vôtres à même votre territoire.

Votre mutisme sur la question soulève de grands doutes sur votre désir de soutenir les efforts démocratiques d'autonomie des peuples et des nations, dont les vôtres à même votre territoire. Votre silence à propos des répressions violentes et armées en Catalogne affecte le jugement que les citoyens canadiens peuvent avoir sur votre capacité à gouverner sur un tel enjeu dans notre pays.

Que vous le souhaitiez ou non, l'enjeu des violences référendaires en Catalogne est aussi une affaire interne pour le Canada.

La preuve, les condamnations sur votre silence sont provenues de toute part et non pas seulement des souverainistes. Et à défaut d'y répondre, votre arrogance silencieuse n'aura pour effet, et je crois que même votre père aurait été d'accord, que d'accentuer davantage le sentiment entretenu pas un bon nombre de Québécois à l'effet qu'ils ne peuvent compter sur le gouvernement fédéral pour pleinement défendre leurs intérêts, et ce même si ces intérêts s'expriment de manière pacifique.

Enfin, monsieur le Premier Ministre, nous ne serons peut-être et fort probablement jamais d'accord sur l'indépendance du Québec; nous en débâterions fort possiblement avec véhémence, mais j'oserais croire que nous le ferions dans la paix et le respect des valeurs fondamentales de la démocratie.

Dans l'espoir que vous condamniez finalement l'Espagne pour sa violente répression du référendum catalan sur leur indépendance.

Souverainement vôtre.

Sylvain Raymond