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La politique avant la compassion

12/11/2014 11:10 EST | Actualisé 12/01/2015 05:12 EST

Justin Trudeau s'est employé, dès les débuts de sa vie politique et surtout depuis qu'il est chef du PLC, à soigner une image de politicien en version soft. Il semble chercher à incarner un politicien bon teint, désireux d'atténuer le cynisme à l'égard de la classe politique par une approche un rien jovialiste. Il montre une candeur qui sent le refus, justement, de l'image travaillée et de la récupération opportuniste de tous événements, s'offrant comme celui qui peut voir au-delà de toute attitude trop étroitement partisane et agir en conséquence, avec détachement, guidé par le sens commun plutôt que par des perspectives étroitement stratégiques.

Or, il ne pourra plus présenter ce visage après sa réaction aux événements de la semaine dernière.

Recevant une confession de la part d'une députée se disant victime d'inconduites de la part d'un des membres de la députation libérale et mise au fait de semblables allégations touchant un autre de ses députés, Justin Trudeau a décidé de suspendre les deux personnes suspectées et de les exclure du caucus, le temps que la lumière soit faite sur les événements.

On a appris par la suite que les deux femmes appartenaient au NPD et qu'au moins l'une d'entre elles ne désirait pas que tout cela devienne une affaire publique. Si bien que la sortie de Justin Trudeau a provoqué la colère du chef du NPD, Thomas Mulcair, qui aurait trouvé normal d'être au moins informé de ce que le chef libéral comptait faire.

On allègue maintenant que M. Trudeau voulait, par son action, forcer le Parlement à adopter un code de conduite en cette matière, puisqu'il n'en existe aucune. Il est toutefois douteux, à l'heure actuelle, qu'une plainte officielle soit déposée, ce qui limite toute action qui pourrait être intentée pour que la vérité soit connue. Les deux députés suspendus du Parti libéral du Canada pourraient bien avoir été sacrifiés pour rien. Car il va sans dire que leur carrière est actuellement gravement compromise.

Il apparaîtrait donc, pour l'instant, que la réaction intempestive de Justin Trudeau a causé beaucoup de dommages et mène finalement à peu de résultats. Il a jeté une lumière vive sur deux victimes supposées qui n'étaient pas prêtes à porter plainte et il a fortement entaché la réputation et la carrière de deux agresseurs allégués sans que ceux-ci puissent avoir un jour prochain la chance de prouver leur innocence.

Justin Trudeau a certes mesuré toute la portée de ne rien faire après avoir entendu pareille confession. Surtout si cela devait se savoir par la suite. Le fait que les deux possibles victimes soient des députées d'un autre parti présentait une difficulté supplémentaire. L'affaire pouvait devenir publique sans qu'il en soit informé au préalable et sans qu'il puisse avoir un quelconque contrôle sur la manière dont la nouvelle serait divulguée. Bref, il a craint les conséquences politiques qu'aurait amenées le fait de taire toute cette affaire et cela a pris le pas sur des considérations personnelles.

En effet, étant donné le caractère hautement délicat et personnel que prennent de semblables divulgations, il aurait pu avoir le réflexe de contacter Thomas Mulcair et de s'enquérir de l'état d'esprit des plaignantes. Il aurait pu aussi chercher à trouver avec lui une manière de traiter la question, sans prendre sur lui de projeter les plaignantes sur la place publique sans que celles-ci soient consultées sur l'opportunité d'agir ainsi.

C'est dommage parce que la fusillade du 22 octobre dernier avait amené le premier ministre à se hausser au-dessus des considérations purement partisanes pour saluer l'engagement et la solidarité des chefs des autres partis. Une semblable occasion vient de se présenter à Justin Trudeau et il l'a ignorée.

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