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L'art cinétique de Diane Morin

08/02/2013 11:04 EST | Actualisé 10/04/2013 05:12 EDT
Diane Morin / Circa

Je m'y prends bien tard pour vous le dire! Mais il faut aller voir l'exposition que présente Diane Morin à la galerie Circa, dans l'édifice Belgo. N'attendez pas trop, car elle se termine le 16 février prochain.

Diane Morin s'intéresse, depuis plusieurs années déjà, à des théâtres d'ombres qu'elle conçoit grâce à des machines par elle aussi fabriquées. On retrouve donc, presque en chaque occasion, pour provoquer les ombres projetées, un mécanisme rudimentaire dont la mécanique et les rouages apparents composent une part importante de notre expérience de spectateur.

Dans le cas présent, pour cette pièce intitulée Imbrication (machine à réduire le temps), on est face à trois longues rampes, étendues à quelques centimètres du sol, sur lesquelles l'artiste a installé de petits arbres de plastique, répartis à des distances savamment calculées. Ces rampes sont activées par un mécanisme qui les élève de quelques centimètres, de manière à les mettre à portée d'une longue bande ponctuée de lumières DEL, rendant leur illumination possible. Celles-ci s'allument l'une après l'autre, selon une séquence rythmée qui permet une animation minimale. Sur le mur qu'il a fallu, à notre entrée, contourner pour se retrouver face à ce dispositif, une projection saccadée produit un film qui anime les arbres, devenus gigantesques, et active un paysage en tableaux dynamiques.

Ce cinéma sans caméra ni projecteur fonctionne ainsi à l'inverse d'un film. Alors que celui-ci rend possible l'animation par le déroulement, devant une lumière unique, d'un celluloïd sur lequel sont imprimées des images, l'art cinétique de Diane Morin multiplie les illuminations devant des objets inanimés et immobiles. C'est le mouvement de la lumière qui cause l'animation et la reproduction d'un mouvement qui est ici pure magie de l'image. Certes, tout le dispositif est grossier, mais la fascination reste entière. C'est sans doute que cette magie des ombres est une illusion de présence, mais présentée comme illusion. Loin de faire disparaître le dispositif, comme le fait le cinéma conventionnel de nos jours, derrière la présence lumineuse d'une fiction qui veut faire oublier qu'elle en est une, Diane Morin joue la carte de la transparence, montre l'origine des effets créés et dévoile le mécanisme dont tout découle. Et ainsi, nous demeurons béats, éperdus d'enchantement devant ce qui nous semble être le début magnifié de l'art des images.

(Lisez la suite du texte dessous l'image)

diane morin

Mais il y a plus. Il y a là une expérience dont on pourrait dire qu'elle est essentielle et fondamentale. L'art de Diane Morin nous ramène à l'essence même des choses agies par la lumière, perceptibles grâce à celle-ci et s'inscrivant dans l'espace et le temps. Tout son art est recherché sur l'espace, sur l'objet et sur la durée. Et c'est par la lumière qu'elle réussit à simuler une seconde existence, jouer celle-là, provoquer par ces machines qu'elle met en opération par son art cinétique et qui mettent en scène les conditions d'existence qui sont les nôtres tout aussi bien que les leurs. Temps et espace, comme ils le font pour ces animations travaillées, nous conditionnent et nous limitent. Ils forment le cadre de notre destinée.

On comprendra dès lors que cette machine dont il est dit, dans le titre, qu'elle s'emploie à réduire le temps, ne signifie pas que l'on cherche à le raccourcir, mais à le condenser, à le soumettre à l'observation, à le synthétiser en quelque sorte. Opération qui devient chose faite par la lumière qui est le moyen rêvé, pour Diane Morin, «de provoquer des événements, d'inscrire le temps et de marquer le contour des choses».

Diane Morin, Imbrication (machine à réduire le temps), Galerie Circa, 372 Ste-Catherine Ouest.

Espace 444 - Montréal, jusqu'au 16 février.

Diane Morin y travaillant sans cesse, c'est, semaine après semaine, une nouvelle version de l'installation que vous pourrez admirer.

Téléverser le dépliant ici.