Steve Flanagan

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Conflit étudiant: Léo Bureau-Blouin le meilleur porte-parole!

Publication: 16/05/2012 11:06

Le conflit étudiant, qui vient d'entamer sa quatorzième semaine, nous a fait découvrir jusqu'ici de nouveaux visages médiatiques et l'importance du rôle de porte-parole en temps de crise. Si nous vivons présentement la plus longue grève étudiante de l'histoire du Québec, il s'agit aussi de la plus longue crise jamais couverte par les médias depuis la crise du verglas de janvier 1998 . À l'époque, le rôle de porte-parole qu'ont tenu le Premier-ministre du Québec, Lucien Bouchard, et le président-directeur général d'Hydro-Québec, André Caillé, a marqué la population québécoise et devenu une référence de l'excellence et de leadership en matière de gestion de crise.

Dans ce contexte, il nous est apparu pertinent d'évaluer la performance des principaux porte-parole dans le conflit étudiant. Ainsi donc, Line Beauchamp, ex-ministre de l'Éducation, Léo Bureau-Blouin, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec, Jean Charest, premier ministre du Québec, Martine Desjardins, présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec, et Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de la Coalition large de l'Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante font l'objet de notre analyse, qui, soulignons-le, a été réalisée quelques heures à peine après la démission-surprise de la ministre de l'Éducation.

L'évaluation des porte-parole a été réalisée par Gilles Dauphin,Steve Flanagan et Victor Henriquez en utilisant une grille d'analyse, développée en 2004 par notre collègue Stéphane Prud'Homme, mesurant les dix principaux facteurs de crédibilité des porte-parole. Les facteurs de crédibilité mesurés étaient les suivants : Assurance et aisance, ouverture d'esprit, contrôle de soi, authenticité, expertise, véracité et cohérence du propos, charisme et proximité, clarté du message, honnêteté et intégrité, et finalement, contenu du message et qualité des arguments.

Nous accordions jusqu'à un total de dix points chacun par facteur de crédibilité. Nous nous sommes aussi accordé le privilège d'inscrire une note supplémentaire sur 10 pour notre appréciation personnelle de chacun des porte-parole. Pour déterminer la valeur de la performance, nous avons additionné l'ensemble des points pour les divisés, par la suite, par 11 (facteurs de crédibilité + évaluation personnelle).

Les résultats sur 10 sont les suivants :

1. Léo Bureau-Blouin 8,81
2. Gabriel Nadeau-Dubois 7,75
3. Martine Desjardins 7,51
4. Jean Charest 7,14
5. Line Beauchamp 5,23

Léo Bureau-Blouin nous impressionne d'abord et avant tout par sa constance. Depuis le début du conflit il démontre une rigueur dans sa démarche à titre de porte-parole. Nous constatons qu'il est toujours bien préparé, qu'il est calme et posé. Il se démarque particulièrement de tous les autres porte-parole pour son assurance et son aisance à communiquer, pour son authenticité et sa conviction dans le propos, pour son charisme (on s'identifie facilement à lui), la clarté de ses messages, son honnêteté et son intégrité, et pour la qualité de ses arguments.

En revanche, nous identifions chez lui deux faiblesses. D'abord, son ouverture d'esprit et le respect des opinions des autres parties impliquées. À sa défense, nous soulignons que tous les porte-parole dans ce conflit ont manqué, selon nous, de respect et d'ouverture. Puis, son expertise. Nous estimons qu'il n'a pas fait la démonstration de posséder tous les éléments et les outils qui lui permettrait de contribuer à une sortie de crise. Encore là, il s'agit d'une caractéristique commune à tous les porte-parole dans ce dossier.
Gabriel Nadeau-Dubois se distingue par sa conviction personnelle dans le débat des hausses de scolarité et l'accès aux études supérieures. Son authenticité en fait un porte-parole tout aussi crédible que son collègue Léo Bureau-Blouin. Son charisme est indéniable. On lui accorde une forme de leadership et son message principal est on ne peut plus clair.

Toutefois, il est le porte-parole étudiant le plus fermé aux opinions et aux solutions des autres, et ses propos sont parfois incohérents. Rappelons-nous qu'il a été le dernier à condamner la violence lors des manifestations, et encore, ce fut du bout des lèvres. Son inexpérience à titre de porte-parole a également porté à conséquence. Il n'a pas su en délimiter les balises et n'a pu, jusqu'ici, baisser la tension au sein de ses troupes et dans l'opinion publique.

Martine Desjardins maîtrise la formule choc. Obtenir un maximum d'impact avec un minimum de mots. Elle a pratiquement mise hors-jeu la ministre de l'Éducation avec une seule déclaration, le 25 avril 2012 : « La ministre doit arrêter de jouer à la maîtresse d'école et à attribuer des punitions ». Une étiquette qui est demeurée collée à la ministre. Sa conviction personnelle en a fait une bonne porte-parole. Son message principal est clair et limpide. Son discours est intègre et sincère. Elle est aussi un porte-parole charismatique dont le discours est rassembleur.

Tout comme ses collègues toutefois elle manifeste peu d'ouverture aux opinions des autres. Perd parfois ses repères à titre de porte-parole et maîtrise moins bien que les autres ses émotions, du moins elle les affiche davantage. Son inexpérience prolonge le conflit et après Gabriel Nadeau-Dubois elle est la porte-parole la moins cohérente dans le discours.

Jean Charest nous impressionne par sa capacité à nous surprendre, tant il est capable du meilleur et du pire. Il est de loin celui qui possède, bien évidemment, les atouts pour être un porte-parole et un leader reconnu dans ce conflit, mais sa communication de crise varie tellement d'une fois à l'autre qu'on se demande s'il est véritablement conscient de son rôle. Il est celui, par exemple, qui a brillamment convaincu les Québécois que l'offre gouvernementale faite aux étudiants était la bonne, mais aussi celui qui a soulevé l'ire des étudiants par des propos déplacés au Salon du Plan Nord au Palais des congrès de Montréal et au congrès du Parti Libéral à Victoriaville après la signature d'une entente.
Néanmoins, nous soulignons ses grandes qualités de communicateur, son authenticité et sa conviction personnelle, sa transparence et la cohérence de sa position, de même que son honnêteté et son intégrité dans ses messages.

Toutefois, nous estimons que, de façon générale, le premier ministre ne démontre pas tellement de leadership et d'expertise dans le maintien d'un climat social favorable, et qu'il demeure distant, à titre de porte-parole, du public et des étudiants.

Line Beauchamp s'est particulièrement démarquée, à titre de porte-parole, par le malaise qu'elle dégageait lors de ses apparitions médiatiques. Elle a obtenu la note de passage et un peu plus sur seulement trois critères de crédibilité sur dix. Nous estimons que son message a été cohérent pendant toute la durée du conflit. La position gouvernementale a été exprimée clairement. Nous sentions aussi sa conviction derrière les arguments invoqués pour convaincre la population et aller chercher des appuis.

Malheureusement, elle a été la première victime politique de ce conflit. Nous retenons qu'elle n'a manifesté publiquement que très peu d'ouverture. Qu'elle a personnalisé le conflit et favorisé une polarisation des positions. Et qu'au final elle a manqué d'arguments pour faire une réelle différence.

Vous pouvez faire votre propre évaluation des principaux porte-parole de ce conflit avec notre grille que vous trouverez ici. Hésitez pas à partager avec nous vos résultats.

 
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