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Québec solidaire: «l'ambiguïté nationale» ne produira pas une seconde «vague orange»

07/05/2013 02:45 EDT | Actualisé 07/07/2013 05:12 EDT
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On apprenait en fin de semaine dernière que Québec solidaire avait désormais la maturité politique pour représenter une alternative crédible au Parti québécois. Transis d'enthousiasme, les co-chefs aiment rêver à une autre vague orange; provinciale celle-là. Car nous le savons tous, ces vagues électorales sont légion! Surtout quand on se présente en Orange. Voilà qui est intéressant, car ce que nous a appris l'élection fédérale de mai 2011 au Québec c'est que ce flirt orange est loin de s'être concrétisé par une solide défense des intérêts du Québec à Ottawa. Le NPD sous Mulcair fait face aux mêmes déchirements que tous ces prédécesseurs concernant la question du Québec. J'appellerai cela «l'ambigüité nationale» car elle caractérise bien à la fois le dilemme du NPD mais aussi la position constitutionnelle de Québec Solidaire.

La «Vague orange»

Les conditions qui ont menées à l'élection de près d'une soixantaine de députés NPD au Québec sont exceptionnelles et évoquer à tout vent qu'une telle chose puisse se reproduire montre une méconnaissance de cet épiphénomène.

André Lamoureux dans la revue Bulletin d'Histoire politique ( vol. 21, n° 1, 2012, p. 207-253) s'est penché sur les conditions qui ont rendues possible cette vague orange.

«Ces trois paramètres sont les suivants: de l'un, la rancœur contre les conservateurs, particulièrement prononcée depuis l'élection fédérale de 2008, atteint un sommet sans précédent au Québec en 2011; de l'autre, l'affaissement des appuis du Parti libéral au Québec, en baisse quasi constante après 1982, devient si extrême que même sa base électorale francophone tombe à plat; enfin, fait aussi inattendu, le Bloc québécois s'apprête à mener une campagne faiblarde, stratégiquement erronée et tactiquement mal orientée, ce qui lui fera perdre une large part de ses appuis. Ces trois facteurs réunis permettront au NPD dirigé par Jack Layton, lui qui a gagné le cœur des Québécois, de remporter une victoire phénoménale.»

Les lendemains de cette victoire phénoménale n'ont pas été de tout repos. Le NPD se trouvait avec 60 % de sa députation au Québec, ses adversaires au fédéral faisaient la chasse aux «séparatistes» cloisonnés dans cette bande de nouveaux députés, il y avait même des cas où la personne élue n'avait aucune idée d'où se trouvait son comté (la route est longue entre Las Vegas et Lavaltrie...), donc nécessairement aucune connaissance non plus des enjeux régionaux.

Dans les circonstances, la quasi-totalité des orientations du parti est venue d'Ottawa ou de Toronto et malgré une majorité de la députation au Québec, les impératifs électoraux de la prochaine campagne électorale ont pris le dessus sur la défense des intérêts du Québec. André Lamoureux relate d'ailleurs comment le NPD post vague orange est devenu encore plus centralisateur qu'avant.

«Le NPD a-t-il fondamentalement changé ses positions sur le Québec? Rien n'est moins sûr. À l'occasion du débat des chefs, Jack Layton a confirmé qu'il s'est officiellement rallié à la «loi sur la clarté référendaire», une mesure législative pilotée par Stéphane Dion à la suite du référendum de 1995. Une loi totalement contraire à la Déclaration de Sherbrooke12. De plus, une autre position erratique du NPD sur la question québécoise est révélée par la position du parti sur le projet hydroélectrique du Bas-Churchill piloté par le gouvernement terre-neuvien qu'Ottawa s'apprête à financer. Par une motion unanime votée à l'Assemblée nationale le 6 avril, le Québec a dénoncé cette aide d'Ottawa dans un domaine de compétence provinciale. Le premier ministre de l'Ontario, Dalton McGuinty, réprouve simultanément cette décision et exige, en contrepartie, que sa province obtienne le même financement que les Terre-Neuviens. Quant à lui, dès le 16 avril et en pleine campagne électorale, le NPD décide d'appuyer ouvertement la décision d'Ottawa, visiblement pour des motifs électoraux.

Dans ce dossier, le NPD s'avère ainsi encore plus centralisateur que le gouvernement ontarien. Ces quelques gestes posés démontrent que le NPD n'a pas tout à fait modifié son attitude face au Québec relativement à son droit à l'autodétermination et quant à la nature des rapports qu'il entend privilégier au sein de l'État fédéral en matière de partage des compétences. Les résultats des élections du 2 mai 2011 ne lèvent donc pas le doute quant à l'orientation du NPD sur la question québécoise. Quant à la plate-forme du NPD, peu de Québécois en étaient vraiment avertis, ignorant aussi pour la plupart ce que pouvait bien contenir la Déclaration de Sherbrooke.»

Nous savons depuis tous le tort qu'a causé la question de la Clarté au parti de Mulcair, lui qui a tenté de sauver les meubles, mais qui se trouve écartelé entre la défense d'une revendication claire du Québec quant à la majorité simple de toute consultation populaire qu'elle initie, mais aussi la volonté du Rest of Canada que tout chef de parti national soit ferme envers toute velléité de référendum sur la question nationale.

Bref, ce que l'on constate c'est que si les conditions ont été exceptionnelles lors du scrutin de mai 2011 pour le NPD, tout semble indiquer que l'histoire aura raison dans la parcimonie avec laquelle elle permet que de tels événements se produisent. Il n'y aura pas de seconde vague orange au Québec en 2015.

«L'ambiguïté nationale» de Québec Solidaire

À vrai dire, il n'y aura pas de vague orange au provincial non plus! Pas besoin d'être devin pour le prédire, bien sûr. Québec Solidaire jouit d'appuis intéressants au Québec, surtout dans la région de Montréal, mais loin est le jour où Bill Clennett fera son entrée à l'Assemblée nationale comme nouveau député de Hull porté par une «vague orange».

Dans le contexte particulier de la politique québécoise, la position constitutionnelle de Québec Solidaire a toujours été ambigüe. Cela ne date pas de la mouture actuelle de ce parti de gauche. Ses ancêtres ont été le théâtre de virulents débats sur la question, je pense ici notamment à la résurrection du NPD-Québec sous la présidence de Paul Rose au début des années 90 alors que l'appui équivoque à l'indépendance du Québec avait créé un schisme avec l'homonyme fédéral.

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Grand rassemblement de Québec solidaire en 2012


La question n'a toujours pas été résolue près de 25 ans plus tard et le «pour Québec Solidaire c'est l'indépendance si nécessaire, mais pas nécessairement» de Amir Khadir n'a fait que cristalliser ce que j'appellerai «l'ambiguïté nationale» de ce parti. Le problème pour les Solidaires demeure qu'une grande partie des progressistes au Québec sont aussi favorables à l'indépendance. Mais il y a aussi beaucoup de progressistes fédéralistes qui se sentent à l'aise chez Québec Solidaire en sachant que ce parti entretien une certaine ambiguïté sur la question.

Voilà d'ailleurs ce qui explique que les Solidaires rejettent toute entente avec les partis souverainistes. Cela leur permettra de courtiser les progressistes fédéralistes en divisant les deux axes: «nous sommes de gauche, toujours en premier», et «dans un monde idéal, si le projet d'indépendance est incliné à gauche et que les oiseaux font cuicui le grand soir, nous serons accessoirement souverainistes». Tous savent que le simple fait de lier l'appui à l'indépendance à une inclinaison idéologique gauche-droite rend cet appui inapte.

Voilà qui explique aussi pourquoi Québec Solidaire peut collaborer avec le NPD au fédéral, mais qu'il ne le ferait pas aussi ouvertement pour le Bloc Québécois. Le parti de Françoise David est avant tout un parti de gauche pour qui la question nationale est bien plus un casse-tête qu'une réelle conviction pour laquelle il vaudrait la peine de faire des compromis afin de tendre à un objectif commun, la souveraineté du Québec.