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Et si on ajoutait le compteur de l'évasion fiscale à côté de celui de la dette publique...

15/07/2014 11:53 EDT | Actualisé 14/09/2014 05:12 EDT

Je lisais l'article de Richard Martineau hier matin sur ce fameux «compteur de la dette», cet instrument qui sert à la dre-drette économique d'outil de culpabilisation envers la population pour les services qu'elle reçoit en échange des impôts exorbitants qu'elle paie.

Déjà qu'on peut se questionner sur l'origine de cette dette et la façon dont on la compile...

On devrait imposer à tout chroniqueur, tout économiste des « Think Tanks » de la droite économique comme l'IÉDM ou l'Institut Fraser d'apposer à côté de leur compteur de la dette, un autre compteur qui est au moins tout aussi affolant : celui de l'évasion et de l'évitement fiscal au Canada et au Québec.

À cette époque où nos gouvernements nous jasent d'austérité tout en pigeant à deux mains dans les fonds publics par pure cupidité, comme l'a fait le libéral Yves Bolduc, il est grand que cesse cette fallacieuse entreprise de culpabilisation du citoyen « ordinaire ». Une culpabilisation au nom d'une dette dont il n'est certainement pas le seul responsable, ni les services - toujours plus maigres et coûteux - qu'il reçoit.

L'évasion fiscale, le vrai fléau...

Le Canada, et le Québec, sont de véritables cancres quand vient le temps de s'attaquer à l'évasion fiscale et l'évitement fiscal. Doit-on s'en surprendre? Le PM du Québec a lui-même eu recours à l'un des principaux paradis fiscaux prisés parce qu'il offrait, à l'époque, le secret bancaire complet : l'île de Jersey. Il serait bien surprenant que Philippe Couillard s'attaque à ce grave problème...

Le collectif Échec aux paradis fiscaux fait la recension de quelques faits ahurissants concernant ce fléau.

« 24 % de l'investissement canadien direct à l'étranger en 2011 est allé aux 12 plus importants paradis fiscaux, une hausse de 10 % par rapport à 1987. Les paradis fiscaux de la Barbade, des îles Caïman, de l'Irlande, du Luxembourg et des Bermudes représentent 5 des 8 plus importantes destinations du total de l'investissement canadien à l'étranger. Les investissements canadiens dans ces paradis fiscaux ont totalisé 130 milliards de dollars en 2011!

En 2011, 53,3 milliards de dollars canadiens non imposés ont été placés à la Barbade, paradis fiscal préféré des Canadiens. Quatre ans plus tôt, ce montant était de 33,4 milliards de dollars, une augmentation de presque 60 %! »

En mai dernier, Échec aux paradis fiscaux (EPF) répondait au rapport Montmarquette-Godbout sur lequel le gouvernement libéral de Couillard voudrait s'appuyer afin d'imposer l'austérité à la population du Québec, redresser les finances publiques et, ultimement, privatiser nombre de sociétés d'État.

« Pour la première fois, EPF fait appel au professeur en droit fiscal de l'Université Laval André Lareau et au chercheur du Réseau pour la justice fiscale Alain Deneault afin de proposer des solutions concrètes pour lutter contre l'érosion des assiettes fiscales tant au niveau fédéral que provincial. "On le sait, ce n'est pas pour aller jouer à la plage qu'on investit dans les paradis fiscaux, [...] c'est pour éviter de payer des impôts", souligne M. Lareau, qui milite depuis une dizaine d'années afin de sensibiliser la population à l'impact des paradis fiscaux sur le budget des gouvernements. Selon Statistique Canada, au moins 170 milliards de dollars auraient échappé au trésor public canadien en 2013 en raison des fonds placés par les grands détenteurs de fortune à l'extérieur du pays. »

Alain Daneault résume fort bien la nature de ce qui cloche et ce qui devrait être fait, maintenant, afin que le contribuable canadien, et québécois, cesse de se faire flouer :

« Dans le fond, s'il le voulait, le Canada devrait arrêter de faire trois choses et commencer à faire deux choses. Lesquelles ? Il devrait arrêter de rendre légaux les paradis fiscaux, de favoriser leur essor et de les imiter. Il devrait plutôt pénaliser les fraudeurs et refuser de cautionner les pays réputés pour être des paradis fiscaux en signant des accords et des conventions fiscales avec eux. »

Donc, la prochaine fois que la « mafia médicale » (pour paraphraser Dutrizac lors d'une récente chronique avec Antoine Robitaille et Alec Castonguay) qui dirige le Québec actuellement voudra jaser d'austérité, de privatisation de société d'État ou de « redressage des finances publiques », nous, contribuables québécois, qui, en majorité n'avons pas voté pour ça, pourrons leur répondre deux choses :

  1. Commencez donc par régler votre appétit pécuniaire apparemment insatiable et cupide, le trio Barrette, Bolduc, Couillard n'ayant pas de leçons à donner, ni n'ayant aucune légitimité d'agir en la matière...
  2. Agissez de façon ferme et résolue pour récupérer ce qui échappe au trésor collectif tant par la corruption, la collusion et l'évasion fiscale avant de ne demander ne serait-ce qu'un pouce supplémentaire d'effort au contribuable que vous avez assez saigné et ridiculisé pour un bon moment...

Vraiment... Il est grand temps que l'on affiche un autre compteur à celui des «Think Tanks» de la droite économique...

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