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Pourquoi l'Écosse

13/09/2014 03:43 EDT | Actualisé 13/11/2014 05:12 EST

Comme bien d'autres Québécois, majoritairement des souverainistes, je me rendrai dans les prochaines heures en Écosse. Je suis très fier et choyé de pouvoir le faire. Jeudi soir prochain, le 18 septembre, cette nation aura rendez-vous avec l'histoire, son histoire. Et comme chez nous, au Québec, ce ne sera pas la première consultation du genre, les Écossais ayant été conviés aux urnes deux autres fois sur des questions en lien avec l'autonomie de leur nation; en 1979 et en 1997.

Dans les faits, dès l'Acte d'Union de 1707, union du royaume d'Écosse et du royaume d'Angleterre pour former la Grande-Bretagne, la graine de l'indépendantisme écossais était plantée et il y a toujours. À divers degré, un courant prônant le retour à l'indépendance pour l'Écosse. Quand on entend certains fédéralistes québécois ou politiciens canadiens qui disent que l'on tergiverse ici depuis 40 ans... La marche vers l'indépendance d'une nation ne se calcule pas en années. Mais la résilience d'une nation qui se bat pour survivre sans les outils pleins d'un état peut, elle, être interminable.

Pas que pour les « souverainistes »

Cette question ne devrait pas susciter que l'intérêt des souverainistes ou nationalistes à divers degré ici au Québec. S'intéresser à ce moment historique en Écosse est l'affaire de tous les Québécois. Je connais personnellement des fédéralistes « membres à vie » du parti libéral (j'en compte plusieurs parmi mon cercle de connaissance en Outaouais) qui se désolent des premiers pas de la gouvernance Couillard, qui sont catastrophés de la tangente que prend leur parti.

Sur la question de l'éducation d'abord. L'incurie sans cesse répétée du ministre Bolduc a de quoi choquer l'ensemble des Québécois. Son empressement à imposer le bilinguisme dès le plus jeune âge sans égards à l'avis des spécialistes de son propre ministère quant à l'effet d'une telle mesure sur une population dont les problèmes de littératie dans la langue maternelle sont endémiques. On combine à cela la légèreté avec laquelle ce ministre avoue ne pas avoir de plan spécifique pour l'enseignement du français. On voudrait trouver la recette pour planifier l'assimilation d'une population, vitesse grand V, qu'on ne ferait pas mieux. Déjà qu'on ne lui enseigne plus son histoire à cette jeune population...

Sur la question constitutionnelle aussi, CE gouvernement fait beaucoup, aussi, pour choquer ceux qui, au parti libéral, sont fiers représentants de l'héritage de Robert Bourassa. Abandon de toute revendication du Québec pour les transferts en santé, à genoux devant l'Office National de l'Énergie et les pétrolières albertaines quand vient le temps de faire respecter la zone maritime à risque de Cacouna ou la population de Restigouche (en fait, le PQ de Pauline Marois n'a pas confronté l'ONÉ fort, fort lui non plus, faut bien l'admettre), couché sans gène quand il subit les rebuffades constitutionnelles répétées de ses homologues des autres provinces; voilà le bilan des relations avec le Canada de Philippe Couillard.

En campagne électorale, Couillard avait promis de ne PAS rouvrir le débat constitutionnel. Depuis son élection, le PM du Québec est devenu la risée de tous tant il « achale » tout le monde avec ce dossier, prêt à ramper à n'importe quel prix devant le fédéral pour signer la constitution de 1982 à temps pour les célébrations de 2017... Couillard n'écarte d'ailleurs pas la possibilité de réintégrer le Québec dans le giron constitutionnel canadien SANS consulter la population. On se rappelle que le Québec est entré dans la « Confédération » sans consultation populaire non plus. Un tel affront du PM libéral ouvrirait toute grande la porte à une déclaration unilatérale de l'indépendance du Québec. Si c'est bon pour Pitou...

Bref, la question constitutionnelle est loin d'être réglée ici et force est d'admettre que le Canada post-1995 s'est développé selon SES propres intérêts qui, très souvent, n'étaient pas ceux du Québec, bien au contraire.

Un modèle de consultation

Ce qui se passe actuellement en Écosse est aussi très important pour les Québécois et les Canadiens en ce que la conduite de cette consultation populaire se fait de façon loyale, respectueuse. Je salue l'analyse faite par le député Jean-François Lisée de cette question dans le quotidien anglais The Guardian. Le parlement Anglais a respecté le droit du peuple Écossais de déterminer seul de son avenir ce qui implique le respect aussi des règles de base de toute consultation populaire : pas de « tataouinage » de clarté là-bas, 50% + 1, pas de « gnic-gnac » concernant les dépenses de chaque camp pendant la période référendaire non plus. En contrepartie, le parlement écossais ne « tataouine » pas non plus avec la question référendaire. Bref, jusqu'à preuve du contraire, nous avons beaucoup à apprendre de ce qui se passe en Écosse présentement.

En fin de compte, la question n'est pas de savoir si ce référendum devrait intéresser les Québécois, mais bien de comprendre que l'exercice, peu importe le résultat, sera le modèle sur lequel le Canada et le Québec devraient se baser quand nous aurons à reconduire aux urnes les Québécois sur la question de l'indépendance.

Car oui ce jour viendra.

En attendant, c'est d'Édimbourg, de Glasgow ailleurs dans un bled de l'Écosse que je vivrai ce moment historique en espérant que les indépendantistes écossais l'emportent, bien sûr. Peut-être que pour eux, la troisième fois sera la bonne...

On pourra me lire ici dans le Huffington Post et on pourra aussi entendre mes chroniques à l'Émission Les Voies du retour en plus d'une couverture en continue sur mes réseaux sociaux, notamment mon fil twitter (https://twitter.com/S_EFortin)

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