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Le NPD Québec: enfin une alternative au vote captif libéral

12/10/2016 09:12 EDT | Actualisé 13/10/2016 10:09 EDT

Le journaliste Martin Croteau de La Presse a eu l'exclusivité de l'annonce, mais la chose se tramait depuis longtemps. Le NPD-Québec revivra à temps pour les élections générales provinciales de 2018. Avec la journée qu'il passait depuis ses commentaires méprisants envers Jean-François Lisée, Philippe Couillard n'avait pas besoin de ça. En contrepartie, c'est tout le Québec qui gagne avec l'arrivée d'une solution de remplacement résolument fédéraliste et progressiste au monopole destructeur du PLQ sur le Québec.

Car n'en doutez pas, le NPD-Québec sera résolument fédéraliste et pro-multiculturalisme.

De la difficulté à fonder le parti...

Il y a plus de deux ans , j'anticipais sur mon blogue au HuffPost Québec l'arrivée du NPD-Québec tout en rappelant les qualités de rassembleur et d'organisateur politique de Pierre Ducasse, un militant de longue date du NPD fédéral et ex-candidat à la chefferie de ce parti. C'est que depuis la «vague orange», la question est revenue sans cesse dans les officines du parti fédéral; faut-il fonder une aile québécoise du parti? Cela paraissait logique puisque le Québec demeurait la seule province où cette aile n'existait pas. Ou n'existait plus. Ancien candidat du NPD-Québec moi-même en 1994, j'étais aux premières loges pour témoigner du malaise que suscitait la question nationale dans ce parti à l'époque.

Plus maintenant. Pierre Ducasse a établi très clairement que le NPD-Québec 2.0 sera résolument fédéraliste.

Et c'était là un point de débat au NPD fédéral sous Thomas Mulcair. C'est que le chef était plus attaché à ses convictions anti-indépendantistes que «progressistes»; lui qui avouait sans gêne appuyer le PLQ au Québec sur la scène provinciale. Faire revivre le NPD Québec comme alternative (nécessaire) au PLQ ne l'enchantait pas du tout, car cela diviserait le vote fédéraliste et affaiblirait le vote captif des libéraux du Québec. Mulcair sur la voie d'évitement, plus rien n'empêche le NPD de s'implanter au Québec et de faire campagne de façon résolue contre les Libéraux, mais aussi contre les indépendantistes. Le ton est lancé comme le rappelle le journaliste Croteau :

Dans une lettre ouverte qu'il publie aujourd'hui, M. Ducasse esquisse les contours de la plateforme du futur parti. Il propose de lutter contre «l'austérité», l'«arrogance» et la «corruption» du Parti libéral, et de mettre fin aux «divisions» entretenues par le Parti québécois et le mouvement indépendantiste.

Une alternative politique qui visera de front l'électorat captif libéral...

Que le NPD-Québec fédéraliste s'oppose au PQ est normal, mais c'est l'agressivité de sa position envers le PLQ qui réjouira un segment de l'électorat trop longtemps pris pour acquis par les Libéraux: le vote anglophone et allophone. Et comptez sur le parti de Pierre Ducasse pour courtiser cet électorat en attaquant le PLQ sur ses pires travers: la corruption, la collusion, son bilan dévastateur en économie, l'austérité sauvage... Et dans toutes les langues de cet électorat. Aussi, le NPD-Québec ne rechignera pas à défendre le multiculturalisme et même à se lancer dans le clientélisme politique religieux, spécialité des Libéraux.

C'est précisément là que le PLQ risque le plus par l'arrivée du NPD-Québec, enfin il y aura une proposition politique qui s'attaquera spécifiquement à son électorat captif. Il est sain et normal en démocratie que les électeurs se divisent selon autre chose qu'une proposition politique réactive, fondée sur la peur, comme celle que présentent les Libéraux depuis si longtemps. Du coup, les députés libéraux auront à défendre leur bilan à l'aune d'autre chose que la «vilaine peur du référendum». Parions que les Couillard et Fournier attaqueront un Pierre Ducasse sur sa «déclaration de Sherbrooke» pour le NPD fédéral, soit la reconnaissance par ce parti du «fédéralisme asymétrique» où le Québec jouit d'un statut particulier au sein du Canada. Voilà qui est en totale contradiction du fédéralisme que défend Philippe Couillard (et toute son équipe) et surtout Justin Trudeau qui déteste ce concept.

L'arrivée du NPD-Québec forcera les fédéralistes à débattre sur le fond de leur vision du fédéralisme et, enfin, des voix divergentes en sortiront.

Les indépendantistes ont le don de se déchirer sur le type de souveraineté à défendre, sur les modalités, etc. L'arrivée du NPD-Québec forcera les fédéralistes à débattre sur le fond de leur vision du fédéralisme et, enfin, des voix divergentes en sortiront.

...mais qui visera aussi la CAQ et les Solidaires!

Dans sa lettre ouverte, Pierre Ducasse se positionne aussi en plein dans les platebandes caquistes (section 4 du programme de la CAQ sur la question nationale) en prônant une «nouvelle entente constitutionnelle» entre le Québec et le Canada qui reconnaîtrait le Québec comme nation:

[Ducasse] propose une «nouvelle stratégie» sur la question nationale, par laquelle le gouvernement s'activerait à «bâtir un fédéralisme asymétrique qui va reconnaître le Québec comme nation». Il suggère aussi que les partis politiques s'entendent entre eux pour déterminer des pouvoirs additionnels qui seront revendiqués au sein de la fédération.

Bref, à l'instar de la CAQ de François Legault, le NPD-Québec proposera un «Meech 2.0» qui sera combattu férocement par les Libéraux tant à Ottawa qu'à Québec. Justin Trudeau s'est maintes fois prononcé sur la reconnaissance du Québec comme nation, pour s'y opposer avec véhémence chaque fois. Cela est en contradiction complète avec la vision du «Canada post-national» qu'il prône. Philippe Couillard pense exactement comme lui. Comme François Legault, Pierre Ducasse aura lui aussi à répondre de la mécanique de sa proposition constitutionnelle... On fait ça comment cette nouvelle entente constitutionnelle? Sans référendum?

Pour ce qui est des Solidaires, c'est sur l'échiquier idéologique de la gauche que le NPD-Québec lui grappillera des appuis. De nombreux militants de Québec solidaire ont appuyé activement le NPD fédéral lors des dernières élections et la gouvernance de Trudeau, fortement campée dans le sillon de Stephen Harper, n'aura rien fait pour provoquer l'adhésion des gens de gauche au parti libéral du Canada (on n'a qu'à penser au refoulement du député européen José Bové par le Canada de Trudeau-Harper... quelle honte!).

Ces progressistes fédéralistes s'étaient trouvé une niche chez QS pour autant que ce parti maintienne l'ambiguïté sur la question nationale. Désormais, les quelques 40 à 50% de Solidaires qui s'affichent à l'enseigne fédéraliste auront une solution de rechange qu'ils connaissent bien sur la scène fédérale.

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