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Dossier linguistique à Montréal: indépendance ou assimilation?

05/06/2013 12:23 EDT | Actualisé 04/08/2013 05:12 EDT
PC

La question refait surface une fois de temps en temps. De plus en plus souvent, à vrai dire, depuis qu'un gouvernement souverainiste a été élu au Québec et a osé remué, d'un long bâton étroit et chétif, il est vrai, ce nid de guêpes qu'est la question linguistique dans la province et plus spécifiquement dans la métropole. La communauté anglophone de Montréal avait pris goût à l'inertie linguistique libérale et aimait beaucoup que «ses» députés lui parlent dans «sa» langue; ce à quoi un bon libéral se prête toujours. En contrepartie, les anglophones de Montréal récompensent le Quebec Liberal Party d'un appui constant et stalinien, sans égards à son bilan, fut-il aussi désastreux que celui du règne Charest.

C'est entendu.

Sous le règne libéral de Jean Charest justement, les seuils d'immigration au Québec ont sans cesse augmenté, mais comme le soulignait Mario Dumont dans sa chronique chez Paul Arcand mardi 4 juin, les fonds (ou tout intérêt) pour la francisation n'ont jamais suivi. Comme la majorité de l'immigration non francophone trouve refuge dans les «ghettos linguistiques» de Montréal, une francisation de façade s'opère par la scolarisation des enfants de ces immigrants sans que ceux-ci n'adoptent vraiment le français comme mode de vie. Le Journal de Montréal en faisait également sa une lundi le 3 juin.

Pourtant, personne ne devrait s'étonner du déclin rapide du français sur l'île de Montréal. Les démographes comme Marc Termote prévoient depuis longtemps l'anglicisation de l'Île à court ou moyen terme si le statu quo linguistique perdure. Car ce statu quo est inévitablement à l'avantage de l'anglicisation à moins que le gouvernement du Québec n'accepte de s'attaquer vigoureusement aux causes de l'anglicisation; ce qui impliquerait un renforcement substantiel de la Loi 101 et une application plus contraignante de l'obligation pour les enfants issus de l'immigration de devoir s'instruire en français du CPE jusqu'au collégial. On devrait également traiter la francisation des immigrants eux-mêmes au rang de priorité et y dédier les fonds nécessaires.

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Les 25 langues les plus parlées à la maison par les immigrants au Canada (2013)


Marc Termote dans une étude exhaustive sur l'avenir démolinguistique de Montréal en arrive à la conclusion suivante (p. 116) sur un horizon d'environ 50 ans (2001-2051):

Poser la question de l'avenir démolinguistique, c'est s'interroger sur son avenir démographique tout court. Avec la fin de la «revanche des berceaux» et la croissance de l'immigration internationale, le Québec est passé d'un régime démographique qui favorisait la pérennité du fait français à un régime qui rend celle-ci de plus en plus problématique, non seulement en termes de poids démographique, mais également en termes d'effectifs. La question n'est en effet pas seulement de prévoir quel sera le pourcentage de Québécois qui dans une ou deux générations parleront le français, elle est aussi de savoir combien il y aura de Québécois. Que peut encore signifier un Québec majoritairement francophone si les Québécois francophones sont de moins en moins nombreux et de plus en plus vieux, et si de surcroît ils sont entourés d'une population 50 fois plus nombreuse, dont l'effectif est nettement plus jeune et croît rapidement ?

Dans les faits, ces conclusions étaient assez satisfaisantes pour les fédéralistes québécois, partisans du multiculturalisme canadien. Le statu quo les rassure d'une «assimilation tranquille» de la nation québécoise. Car elle existe cette nation, même Stephen Harper l'a reconnu...

Quand les fédéralistes du Québec tentent de vendre une image passéiste d'un Canada au deux peuples fondateurs, où l'harmonie règne entre francophones et anglophones, et où la dualité linguistique compte pour une richesse au pays, ils vendent du mensonge. Et ils le savent très bien. Quand la CAQ de François Legault, et de quelques autres transfuges libéraux, fait la promotion d'une «trêve» de dix ans par rapport à la question constitutionnelle, ils savent très bien que plus le temps file, moins la composition démographique de la société québécoise permettra l'accession à l'indépendance; car en démographie, le statu quo n'existe pas. Le temps est leur meilleur allié compte tenu que la régénération de la société québécoise se fait en fonction de préceptes d'immigration «multiculturalistes» canadiens. Les Québécois ne font pas assez d'enfants, on compense par une immigration qui répond aux besoins d'une autre nation, selon sa vision. Montréal en est la manifestation la plus probante.

Il est tout à fait légitime d'accepter que le Québec s'assimile à la nation canadienne et il est permis de le défendre. Mais que tombent les masques et qu'on l'admette une fois pour toutes! Car les études statistiques et démographiques sont claires et formelles. Le Québec dans le Canada, c'est l'assimilation à court ou moyen terme. À Montréal c'est déjà amorcé.

Que les fédéralistes au Québec s'assument et le disent franchement: nous sommes d'accord avec la canadianisation du Québec et le fait que dans cet ensemble, les Québécois deviendront une nation folklorique dont le langage sera, dans un horizon de quelques générations, un créole qui s'éloignera toujours du français standard international, tant par la maîtrise de sa population des fondements de sa syntaxe que par le nombre de personnes qui le pratique sur leur lieu de travail, à la maison.