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Cinq candidats, de nombreuses propositions et des déclarations étonnantes!

17/08/2016 10:25 EDT | Actualisé 17/08/2016 10:25 EDT

Bilan de la soirée d'entrevue des cinq candidats à la chefferie du Parti québécois sur Radio Info Cité

Le défi était de taille : mobiliser les horaires des cinq candidats à la chefferie du Parti québécois le même soir. En succession, des entrevues de fond de vingt minutes. Bien sûr, il nous est arrivé de dépasser le temps alloué! Il aurait été facile de faire encore plus long grâce à la collaboration des candidats et de leurs équipes; nous les en remercions.

On dit parfois qu'il n'y a plus de contenu en politique. Au Parti québécois notamment, beaucoup ont demandé qu'il se redéfinisse, qu'il se refonde en quelque sorte. En ce sens, trois heures de discussion au cours de la même soirée avec l'apport de tous les candidats, voilà qui montre - à notre toute petite échelle bien sûr - que la réflexion plus approfondie est encore possible et appréciée.

Trois ou quatre thèmes par candidat, du plus sérieux au plus ludique!

En entrevue, Jean-François Lisée admet vouloir bien montrer son côté givré, mais en référence à Justin Trudeau, givré par excellence qui se promène, semble-t-il, tout le mois d'août à moitié habillé, pas question de se promener torse nu!

« Contrairement à Justin Trudeau, j'ai passé l'âge de l'obsession du six pack! »

Plus sérieusement, que dire de Paul St-Pierre Plamondon qui répond avec aplomb à ceux qui n'auraient pu voir qu'opportunisme politique dans sa candidature à la chefferie du PQ et à la réception parfois plus difficile de cette décision chez ses alliés d'antan, les Orphelins politiques.

« Mon intention est bien de me présenter pour le PQ aux prochaines élections. J'ai d'ailleurs fait parvenir ma candidature à la permanence du parti dans le cas d'une partielle si cela était pertinent... »

Nous avons aussi appris lors de cette soirée que la réception cellulaire sur la Côte-Nord (!) peut être difficile, ce sont là les aléas du direct et de la conjugaison d'horaires complexes quand les candidats sont éparpillés sur l'ensemble du vaste territoire du Québec!

Au final, une participation qui a dépassé nos attentes, des milliers de références sur les réseaux sociaux, plus d'une centaine de questions pour les différents candidats, des lignes engorgées pour la tribune après l'émission. Oui, il y a un appétit pour la politique des idées. Voilà un antidote au cynisme.

Je ne saurais dire à quel point j'ai apprécié le travail d'analyse et de commentaires de David Leroux, blogueur, commentateur politique et étudiant en géographie politique de l'Université McGill. Vous trouverez ici ses analyses de chaque entrevue et un hyperlien vous permettant de les réécouter au besoin.

Un énorme merci à François St-Louis et Jean-Marc Drolet de Radio Info Cité ainsi qu'à l'équipe des blogues du Huffington Post Québec.

Les entrevues analysées par David Leroux

Alexandre Cloutier : candidat en tête

Écouter l'entrevue ici

style="float: La première chose à noter de notre entretien de mardi soir avec Alexandre Cloutier est la suivante : le jeune favori est en mode « rétablissons les faits ». Sa posture initiale de meneur dans la course à la chefferie l'a placé un peu dans la position dans laquelle se trouvait l'an dernier Pierre Karl Péladeau, celle de celui qui doit rester en tête de peloton jusqu'à la fin de l'exercice. La personnalité franche et la force brute des convictions de Péladeau lui ont permis de voguer en tête jusqu'à la fin, sans toutefois mener une campagne particulièrement flamboyante.

Alexandre Cloutier n'a pas, de son côté, cette image de puissance politique naturelle et le défi de rester en tête sans trop se commettre est pour lui beaucoup plus grand. Beaucoup de ses positions se voient tordues et caricaturées, notamment concernant les dossiers identitaires. Si Cloutier n'est pas le plus vindicatif en cette matière, on a pu le voir hier remettre les pendules à l'heure concernant ces dossiers. Il ne souhaite pas, par exemple, de commission d'enquête sur le racisme systémique. Il n'hésite pas non plus à nommer les enjeux liés au terrorisme en Occident et ne se dérobe pas quant à la défense du français dans la société québécoise.

On remarque toutefois qu'Alexandre Cloutier insiste naturellement sur l'importance du progressisme pour assurer l'avenir du Parti québécois. Il parle plus volontiers de grands chantiers et de vastes réformes que d'indépendance, voyant cette dernière comme un contenant devant être rempli avant d'être soumis aux Québécois comme projet valable. Saura-t-il réellement renouveler le PQ à l'égard de cette question fondamentale? À voir.

Véronique Hivon : candidate de l'optimisme

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style="float: Le cheval de bataille de la mère de la loi « mourir dans la dignité » est sans contredit la réforme des institutions démocratiques. C'est, du moins, ce que ses propos de mardi soir ont laissé paraître. La clé du problème québécois résiderait, selon elle, dans un désengagement politique des citoyens. Ce « décrochage politique », pour reprendre ses termes, serait au cœur de la réélection ad nauseam d'un gouvernement libéral à l'honnêteté très incertaine et aux motivations d'apparence funestes quant à l'émancipation de la nation québécoise.

Pour pallier ce problème prenant l'apparence d'un désengagement des citoyens envers la chose publique, Véronique Hivon propose l'ajout d'une composante proportionnelle dans notre mode de scrutin et une vaste réforme du parlementarisme visant à ce que ce dernier cesse d'être « le cirque » qu'il est aujourd'hui. Elle insiste également sur l'importance de dédiaboliser le référendum comme moyen de consulter la population et croit que cela constitue une étape importante vers la possibilité de réaliser l'indépendance.

Concernant cette question primordiale et, me semble-t-il, au cœur de la présente course à la chefferie qu'est le positionnement du PQ par rapport à son projet fondateur, Véronique Hivon adopte un discours fondamentalement très proche de celui d'Alexandre Cloutier. Proposer l'indépendance en soi n'est pas suffisant : il est nécessaire de l'arrimer à un projet de société qui fasse consensus afin que de générer la convergence nécessaire pour réussir. On se demandera toutefois si, justement, le fait de rendre le projet conditionnel à un programme social particulier ne rendra pas la réalisation d'une convergence encore plus difficile qu'actuellement. Pour Véronique Hivon, il semblerait que non.

Paul Saint-Pierre Plamondon : candidat de l'inattendu

Écouter l'entrevue ici

style="float: S'il y a une personnalité politique qui suscitait l'incrédulité lors de l'annonce de son intention de briguer la chefferie du Parti québécois, c'était bien PSPP. L'intérêt d'un candidat présumé perdant réside dans le fait qu'il déploiera une quantité souvent impressionnante d'efforts par rapport aux favoris pour séduire, convaincre et améliorer son sort. C'est exactement ce à quoi s'évertue l'orphelin politique ayant retrouvé sa famille au sein du Parti québécois. La candidature de PSPP est constituée de deux pôles : le retour aux valeurs sociales-démocrates de l'époque Lévesque et la résolution de l'impasse référendaire bloquant la réalisation de la souveraineté. Rien de neuf concernant la social-démocratie.

Le plan de PSPP peut être bon ou mauvais, on notera toutefois l'effort remarquable déployé pour attaquer de front le cancer qui mine le PQ, soit le marasme référendaire. L'idée est la suivante : se rendre inattaquable électoralement sur ce front en déclarant d'emblée qu'aucun référendum ne sera déclenché par le PQ en 2018 et que sera installée au Québec une mécanique de référendums d'initiative populaire remettant la décision de déclencher une consultation sur l'indépendance nationale entre les mains de la population elle-même. Même si je doute qu'une telle proposition puisse mener à la réalisation de notre objectif d'ici la fin de ce siècle, il convient, je crois, de remettre à PSPP, sans aucune ironie et avec beaucoup de sincérité, le méritas de « l'effort remarquable ». D'autant plus qu'il s'est engagé à rester au sein de sa nouvelle famille politique et d'y travailler advenant même sa défaite.

Martine Ouellet : candidate de la détermination

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style="float: Difficile de passer à côté de la franchise et de la clarté des intentions de Martine Ouellet. Toute sa campagne et toutes ses interventions mardi soir s'articulaient autour du pivot central de l'indépendance du Québec. À l'image de Paul Saint-Pierre Plamondon, la candidate Ouellet a pris acte de l'importance de ne pas laisser les adversaires de l'indépendance nationale nous attaquer sur le front du flou référendaire. Sa solution : prendre le taureau par les cornes. L'élection de 2018 portera, qu'on le veuille ou non, sur le référendum et l'indépendance. Soyons francs en étant clairs quant à nos intentions d'en tenir un, et soyons prêts en ayant une constitution transitoire prête et une question claire déjà formulée.

Martine Ouellet appelle le PQ à passer en mode offensif, à mettre au centre de son action politique le projet qui le cimente et à y relier les autres aspects de son programme. L'indépendance, selon elle, ne doit pas être conditionnelle à ces autres aspects de gouvernance, mais bien le moyen, l'outil nécessaire pour les réaliser. La candidate insiste, par exemple, sur le rejet catégorique du projet d'oléoduc Trans-Canada Énergie-Est. Elle connaît son dossier comme le fond de sa poche et insiste que c'est seulement par l'indépendance nationale que nous pourrons décider collectivement de la gestion de notre territoire.

Si la démarche de Martine Ouellet est de loin la moins ambigüe quant à la gestion que le PQ doit faire de la question nationale, on remarque toutefois que la question de la mécanique référendaire classique n'est pas remise en question. Alors que 40% des Québécois se disent favorables à l'indépendance et que seulement 13% veulent d'un référendum, il sera intéressant de voir quelles seront les réactions de la population par rapport à la stratégie de Martine Ouellet.

Jean-François Lisée : le candidat de la stratégie

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style="float: Que propose-t-il? Chasser les libéraux. Faire l'indépendance. Dans cet ordre. On connaît son leitmotiv. La première proposition de Lisée dans cette campagne : pas de référendum en 2018, mais un référendum en 2022. Pas de fonds publics pour promouvoir l'indépendance. L'objectif? Un peu comme Ouellet et PSPP : se rendre inattaquable sur ce front lors des prochaines élections générales et avoir ainsi une chance de chasser du pouvoir le funeste parti de Philippe Couillard qui n'a de cesse, aux yeux de Lisée, de se faire réélire parce que le Parti québécois propose un projet qui n'intéresserait pas, pour l'instant dit-on, les citoyens : un référendum.

Le candidat Lisée lie de ce fait irrémédiablement l'indépendance au référendum, assimilant littéralement les deux en un seul et même concept. Il propose de remettre au domaine privé la promotion du projet lié à l'Article 1 du Parti québécois en s'engageant à ne pas mettre l'État à contribution à cet égard. Ses constats sont difficiles et s'arrogent un peu candidement le monopole du réalisme politique. Il y a toutefois là, à mon sens, matière à discussion et à débat.

À défaut de susciter l'enthousiasme et la passion par ses propositions, Jean-François Lisée tente actuellement une opération de charme sur les réseaux sociaux et dévoile son « côté givré ». Cette incursion du côté de la politique spectacle surprend de la part de l'intellectuel. Saura-t-il pallier la morosité engendrée par son constat concernant la question nationale? Les prochains sondages le révèleront.

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