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En cette fête de la Saint-Jean, célébrons ce projet qui nous incarne

23/06/2013 10:09 EDT | Actualisé 23/08/2013 05:12 EDT
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Voici venu le temps de la «Fête nationale des Québécois, la Saint-Jean-Baptiste. On la fête aussi dans la francophonie canadienne, mais en ce jour où le bleu et le blanc sont à l'honneur, où l'on se souvient, on se rappelle les Géants, ces «Grands de six pieds dans le cœur des gens» , pour citer le parolier Mario Brault, de la Vesse du Loup, comment ne pas lier la «Saint-Jean» à l'aspiration, à l'émancipation nationale de «ce peuple qui ne sait pas mourir».

Ce «petit peuple», à qui les conquérants qui se tenaient fièrement dans les contreforts des plaines d'Abraham ne prévoyaient aucun avenir sinon que leur assimilation, aura survécu à coup de persévérance, de défaites amanchées en demi-victoires, d'esprit de tolérance le dos courbé, cambré, pour parer les coups durs du destin et de la Grande Noirceur.

Quand ce peuple a vu la lumière, quand il s'est libéré du joug des soutanes et de la petite bourgeoisie consentante, il s'est promis de grandes choses. À la face du monde, il a osé réclamer son espace de liberté. Il a connu momentanément les bombes et le bruit des bottes. Mais ce n'était pas dans sa nature. Ce peuple foncièrement tolérant a horreur des conflits. Il a placé ses aspirations sur les épaules d'un frêle homme déterminé à le faire entrer dans le concert des nations par la voix de la démocratie. Ti-Poil est parti trop vite. Un autre de nos «Patriotes» qui n'aura pas duré assez longtemps pour prendre pied dans son pays. Qu'à cela ne tienne, les Miron, les Lévesque, les Julien et les Godin de ce monde nous auront permis de prendre racine dans ce projet qui nous incarne.

«Si j'ai bien compris, vous êtes en train de me dire: à la prochaine fois!»

Nous aimons nous dire que nous sommes dans un creux de vague, pour le militantisme, mais aussi pour la cause de l'indépendantisme en général. Longtemps et souvent on a annoncé la mort du projet de pays. Certains l'ont espéré, d'autres l'ont encouragé, et pourtant, envers et contre le vent et les marées de découragement, le projet de pays a survécu. Mais pourquoi attendre la Saint-Jean pour sortir nos drapeaux, pour manifester notre amour du Québec?

Loin de devoir nous terrer, il nous faut nous lever. Soyons droits, soyons fiers, sourire aux lèvres, il nous incombe de défendre, de faire connaître les raisons qui fondent ce projet qui nous incarne! Nos adversaires - qui ne sont jamais des ennemis - aiment nous dépeindre en fonction de leurs intérêts. À cela nous répondrons par la promotion du projet d'indépendance du Québec de façon constructive, positive et inclusive.

On remarque depuis quelques années que les enfants de la Loi 101 appuient de plus en plus l'indépendance et que leur apport permet de donner plusieurs couleurs au visage de notre nation. Leurs voix sont autant de façons de diversifier la marche de ceux qui réclament justice pour l'avènement d'une société éminemment pluraliste et distincte.

C'est dans la création, la recherche d'autres discours que celui qui est convenu et dans la joie que nous voulons appuyer la cause de l'indépendance.

Si nous ne faisons pas ce pays, qui le fera pour nous! Comme le disait Miron, «tant qu'il n'est pas fait, il reste à faire», et nous n'aimons pas les choses faites à moitié même si de nature, on dirait, ce peuple qui est le nôtre tend à prendre son temps. Car c'est presque déjà fait. Depuis la Conquête, nous avons gardé un bout de notre identité; ils ont gardé les papiers. Mais nous nous rappelons qui nous sommes et nos origines, même si c'est parfois un peu embrouillé.

Car nous ne chantons plus autant qu'avant. Nous avons peur de nous conter des histoires, nous nous enfermons dans la contemplation béate de leurs leurres... Il est grand temps que nous recommencions nos veillées d'antan comme dans le temps du jour de l'An. Fini la honte et la petite gêne de nos rires, de nos reels, des délires et des excès de rage. Car ce peuple «mou» est capable de colère, quand il se sent menacé, abusé, il ne tarde pas à prendre la rue. Quand les opportunistes osent prendre à partie ses enfants comme monnaie d'échange, comme instrument de chantage politique, il ne tarde pas à réagir. Nous l'avons vu encore récemment...

Plus que jamais, le temps est à l'action. Il faut nous parler sans honte, sans gêne, en mettant de côté les divergences stériles qui nous castrent. Il est absolument essentiel que nous, indépendantistes, nous assumions notre situation; personne ne nous prendra par la main. Le temps n'est pas aux claques sur la gueule. Le temps est à la conscience, à la parole, aux croquis imprécis et fous, aux monologues significatifs, aux chansons engagées, à l'érection de totems magistraux, aux manifestations assumées d'appui à qui nous sommes.

La Saint-Jean n'est pas l'apanage de ceux qui croient, qui se battent et qui espèrent le pays du Québec. Mais ce n'est pas une raison de ne pas nous saisir de notre Fête nationale afin d'incarner ce projet de pays.

Nos voisins et amis canadiens le font. Et ils ont bien raison de le faire!

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