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Le mythe de l'indépendantisme «inclusif» en Écosse

23/09/2014 11:46 EDT | Actualisé 23/11/2014 05:12 EST

Avant de quitter pour l'écosse il y a une dizaine de jours, Lise Ravary débattait avec Gabriel Nadeau-Dubois dans le cadre de l'une de leurs apparitions à l'émission C'est pas trop tôt. Sujet : le référendum à venir en Écosse.

Lise Ravary : « Il y a peu de parallèles à faire entre l'Écosse et le Québec sinon que ce sont deux juridictions qui aspirent à l'indépendance, ça s'arrête à peu près là. Personne ne parle de libérer l'Écosse, on ne parle pas d'un peuple qui a été conquis, personne ne se pose de question à savoir si l'Écosse forme vraiment une nation alors qu'au Québec on se bat encore avec ça... mais surtout, et c'est là l'apprentissage qu'il y a à faire, l'Écosse ce n'est pas un nationalisme ethnique. Dans le sens que le nationalisme écossais s'est débarrassé il y a une trentaine d'années de tout ce qui était défenseur du kilt, du lancer du tronc d'arbre et tout le folklore écossais... » (C'est pas trop tôt, 8 septembre, 4e partie)

Les deux débatteurs enchainent ensuite pour vanter l'accent qui est mis par le camp du Yes sur un projet de société qui déborde par la gauche l'héritage du parti conservateur britannique post Thatcher; ce qui est tout à fait vrai et salutaire.

Cependant, bien des commentateurs et journalistes au Québec ont tenu à distinguer l'indépendantisme québécois de celui de l'Écosse justement par rapport à la question identitaire. «En Écosse, les communautés culturelles appuient le Yes, le Scottish National Party est beaucoup plus inclusif, la question identitaire est évacuée du débat, etc.»

Je m'attendais donc, en arrivant sur place, surtout à Édimbourg, la ville la plus multiculturelle, de voir des tonnes d'immigrants ou de membres des communautés culturelles s'afficher pour l'indépendance. Il n'en fut rien. Contrairement au Québec à qui on impose un multiculturalisme qui, en fin de compte conduit à son assimilation, l'écosse est une société homogène où l'on ne retrouve que très peu d'immigrants. Selon les données compilées par Radio-Canada dans le cadre de sa couverture de ce référendum, on constate que 96 % de la population est « écossaise de souche » (ou caucasienne) et que les Noirs et Arabes réunis n'y forment même pas 1% de la population (5,3 millions d'habitants).

ecosse

Source: Radio-Canada

Sur place, c'est frappant de constater à quel point l'immigrant est absent (ce n'est pas un jugement de valeur, mais un simple constat). Je veux bien que l'on me chante les mérites d'une société où l'on évacue la « question identitaire » d'un débat aussi important, mais faudrait aussi préciser que ce débat est absent en grande partie, car cette société est quasi totalement homogène et qu'on y évite les dérives inhérentes au dogme du multiculturalisme (l'Angleterre en est un exemple probant).

Voilà qui est très différent de ce qui se passe au Québec où trop souvent l'immigrant évite de joindre le groupe linguistique majoritaire de la province (on pourrait même dire qu'il est encouragé à ne pas le faire tant les dispositions de francisation sont faméliques) au profit de celui du pays. D'ailleurs, en cette matière, le gouvernement Couillard semble s'employer de toutes les façons possibles à encourager le « bilinguisme » au détriment du renforcement de la protection du français qui en a tant besoin.

Bien entendu, lors de mes discussions avec différents représentants du camp du Yes, j'ai abordé cette question bien spécifique de l'appui des immigrants à la campagne pro indépendance. Au local référendaire du Yes de George Street à Édimbourg, j'ai eu la chance de discuter Patrick Urqhart qui y menait les opérations de mobilisation le 16 septembre dernier. Le type était hyper dynamique, courrait en tous les sens. Fin de l'après-midi, on préparait un blitz de mobilisation dans le quartier Dumbiedykes, un des plus multiculturels de la ville.

Les militants du Yes avaient toutes les raisons d'être motivés pour cette opération. Les statistiques avancées par M. Urqhart étaient éloquentes: «Les gens de ce quartier sont ceux qui votent le moins dans tout le pays! Cependant, ceux qui y votent n'appuient pas les partis indépendantistes, ils sont traditionnellement plus à droite.»

La table montée dans Nicolson Square, le porte à porte dans Dumbiedykes, les rencontres dans la rue avec les passants de ce quartier, rien de tout cela n'a pu inverser la tendance. Nous savons maintenant qu'Édimbourg a largement voté pour le No Thanks, plus précisément à 61% dans cette partie de la ville.

Bref, compte tenu de la réalité démographique de ce pays, les immigrants n'allaient pas changer le cours du vote de toute façon. Bien entendu, on aurait aimé que cette frange de la population s'engage de manière déterminée pour l'indépendance, la réalité c'est que pour peu qu'ils soient, les immigrants semblent y être plus défavorables que les autres, du moins en plus grande proportion.

Ceux qui, ici, tentent de discréditer les indépendantistes pour qui le combat identitaire et linguistique est important en s'appuyant sur le cas de l'Écosse font fausse route. Quand une société est à plus de 96% homogène, on la targue d'être « inclusive » auprès de qui?

Pour ce qui est du folklore écossais, j'hésiterais avant de dire qu'on s'est « débarrassé » des défenseurs du kilt, car s'il est une chose qu'on voyait partout lors des rassemblements pour l'indépendance, c'est bien ça! Tout comme les gens arboraient, nombreux, le « Aye !», ce Oui senti dont le but est de renvoyer au Scottisms, ou à cet usage d'un créole de l'anglais dont les Écossais sont très fiers.

Nous aurons compris que le but de ces fallacieuses oppositions sur lesquelles insistent, le plus souvent, les opposants de tout nationalisme identitaire au Québec, n'était pas tant de vanter les vertus des indépendantistes de l'Écosse, mais bien d'attaquer ceux du Québec.

Ceci étant dit, il est vrai que le discours indépendantiste au Québec mérite d'être rafraichi, il est vrai que le mouvement indépendantiste ne peut se permettre d'éviter les réflexions de fond qui s'imposent suite à une série de défaites successives. Cependant, tout balancer du côté du nationalisme dit « civique » serait aussi une erreur à ne pas commettre.

Il est tout à fait normal et légitime qu'une nation qui aspire à l'indépendance soit fière de ses fondements identitaires et historiques tout en étant ouverte sur le monde.

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