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Chefferie du PQ: entre dynamisme et éclatement

15/11/2014 09:07 EST | Actualisé 15/01/2015 05:12 EST

Loooong soupir de Marie-France Bazzo au terme de l'analyse très intéressante de l'état actuel de la course à la chefferie du PQ par Joseph Facal:

«Oui, vous avez raison monsieur Facal, la course va êêêêtre inteeeerminable!»

L'horizon de la course à la chefferie du Parti québécois est, je le crois aussi, beaucoup trop long. Et pourtant, je suis de ceux qui implorent ce parti de ne pas faire économie d'un sain débat d'idées, et d'une analyse profonde des raisons qui pourraient expliquer ses nombreux échecs récents.

En ce sens, la logique du couronnement serait le pire des scénarios pour ce parti à mon humble avis. Couronner un sauveur, solution facile, masquerait les carences profondes qui subsistent dans la stratégie électorale du parti, ses contradictions aussi sur certains dossiers comme ce préjugé favorable envers l'industrie du pétrole (Enbridge B9 par exemple que l'ancien gouvernement de Pauline Marois a maladroitement défendu) pour autant qu'on puisse le lier à quelques gains des compagnies pétrochimiques.

Tous savent très bien qu'on exige toujours plus de cohérence du PQ que de la part du PLQ qui n'est même pas tenu de présenter un programme électoral.

« Pas de charte, pas de référendum. » Et voilà que le PLQ est élu par 27% de la population habilitée à voter. Un bloc monolithique qui n'a absolument rien à cirer de la gouvernance catastrophique libérale. Comme le titrait le West Island Gazette en 2012 en marge de la campagne à la mairie de Montréal : « Better Crooks than Separatists ». Cet adage nauséabond est toujours vrai aujourd'hui auprès d'un certain électorat comme le montre le résultat de la dernière élection provinciale au Québec.

La course de la dernière chance

Aucun parti politique habitué au pouvoir ne peut se permettre d'accumuler les échecs électoraux sans qu'il ne lui en coute une nécessaire remise en question de la légitimité. SI Couillard se rend jusqu'aux élections de 2018, le parti libéral aura gouverné 89% du temps entre 2003 et 2018. Une gouvernance quasi ininterrompue. Couillard s'applique en ce moment à cristalliser le Québec pour de bon dans ce qu'il appelle « l'effet libéral », ce qui n'est en fait que la déconstruction d'un Québec trop distinct au goût des fédéralistes extrémistes comme Couillard, Fournier, Tanguay. Ces « fédéralistes pressés » veulent à tout prix imposer au Québec de devenir une province comme les autres au plus cr*sse.

Cette perspective impose donc au Parti québécois de s'imposer rapidement, sans conteste, comme une solution de rechange crédible capable de fédérer la grogne populaire qui sera grandissante, peut-être inédite depuis les années 60-70.

Pour devenir une solution de gouvernance crédible, il est impératif que le PQ soit capable de se rassembler au terme d'une course qui sera, oui, interminable, mais aussi rude, peut-être même fratricide. Jean-François Lisée, qui semble vouloir faire la course armé d'un bazooka hors de contrôle, a encore lancé une salve dont il est le zéro ce matin : « La laïcité, un débat empoisonné par Drainville » selon lui... Si ça continue, Lisée aura fondé son propre parti avant Noël.

Or, il semble bien que le PQ sera déchiré par les différents groupes d'intérêts qui le composent si la situation ne change pas à très court terme. Je lisais hier des propos acerbes envers Pierre-Karl Péladeau d'un militant péquiste bien en vue (et qui appuie ouvertement un candidat déjà) en me posant cette question (que je lui ai d'ailleurs adressé, car je l'aime bien!) « Et si c'est Péladeau? Que ferez-vous? »

La réponse n'a pas tardé « Il n'y aurait donc plus de place pour moi dans ce PQ-là »

Sans appel. Oui à la course, mais à condition que... Tiens! Ça me fait penser à quelque chose. Tsé l'ambiguïté nationale de Québec Solidaire... Oui à l'indépendance à condition que ça se fasse à gauche, un jeudi de soleil quand les ti zwézos feront cuicui...

Le problème est que le PQ, pour espérer devenir l'option la plus crédible pour évincer les libéraux du pouvoir doit être capable de rassembler au sein de toutes les inclinaisons politiques (gauche, centre, droite) parmi les nationalistes et indépendantistes plus convaincus. Le vote libéral est immuable, toxique pour le Québec. Mais il a devant lui une opposition divisée, ce qui lui confère, dans notre système parlementaire désuet, l'ensemble des pouvoirs sans contrepoids pour l'empêcher dans son entreprise de déconstruction.

En ça, j'étais tout à fait d'accord avec l'analyse de Facal au micro de Marie-France Bazzo vendredi : « le problème du PQ n'est pas à gauche... il est à droite, car il devra reprendre les appuis perdus aux mains de la CAQ, ce que Péladeau pourrait leur permettre de faire. »

À cela j'ajouterai l'analyse qu'avait faite le sondeur Jean-Marc Fournier fin septembre dernier :

En ce sens, écarter d'emblée la candidature de PKP serait tout aussi malvenu que de le couronner.

Ne pas faire l'économie d'une large introspection, éviter l'éclatement

Voilà qui pourrait bien résumer, à mon avis, les « conditions gagnantes » de cette chefferie péquiste. Car à la base, il y a autant les ingrédients d'une réussite que ceux de l'éclatement. Le PQ peut compter sur des candidats très intéressants et si on inclut PKP qui s'annoncera sous peu, il y a là la genèse d'un débat très prometteur.

J'ai personnellement été impressionné par l'aisance et la candeur d'Alexandre Cloutier lors du lancement de sa campagne. Rafraichissant. Avec les Bérubé, Hivon, Traversy, Ouellet, voilà une jeune garde de parlementaires autour de laquelle on peut bâtir une équipe solide. J'ai bien hâte de voir comment PKP réagira quand il sera confronté à certains thèmes sur lesquels il devra se prononcer. Il devra s'épancher plus longuement sur la laïcité, sur la langue et surtout définir les cadres plus précis de ce projet d'indépendance, mais aussi sur les écueils passés qui ont mené le PQ à ses défaites successives...

L'important demeure que le débat se fasse, de façon rigoureuse, engagée, mais tout en évitant que la course ne s'enlise dans la boue, dans la fange -le PQ en est bien capable- par des attaques personnelles ou des accusations qui viseraient à miner durablement la crédibilité d'un rival à la chefferie, mais frère de combat dans la lutte à l'indépendance. Tsé, quand tu places ton égo au devant de la nécessaire cohésion qui permettra d'écarter Légo!

Je me permettrai quand même quelques appréciations très personnelles ici... J'aurais beaucoup aimé que Jean-Martin Aussant ait quelque rôle à jouer dans cette course à la chefferie. Il est essentiel selon moi que le PQ s'ouvre aux autres mouvances indépendantistes qui l'ont quitté au cours des dernières années. L'appui à l'indépendance est systématiquement plus élevé que celui au PQ. Certains candidats y ont référé. Tant mieux.

Il y a beaucoup d'indépendantistes non alignés (non membres du PQ) qui regardent la course avec attention. J'en suis. Il s'agit d'un moment charnière pour le mouvement indépendantiste, reste à voir si on assistera à la dynamisation du mouvement par une refondation de ce parti qui a toujours le potentiel de redevenir le vecteur principal des aspirations indépendantistes ou si cette course se terminera en queue de poisson, dans la division par exemple, ce qui assurément sonnerait le glas de ce parti.

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