Stephanie Dubreuil

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Comment dire non à certains aliments

Publication: 29/03/2012 00:48

La saison des terrasses étant hâtive cette année au grand bonheur de tous, c'est assise sur une belle terrasse ensoleillée que m'est venue l'inspiration pour ce second billet.

Nombreuses sont les personnes qui mettent une croix sur un ou plusieurs aliments, soit par désir de perdre du poids ou de mieux prévenir ou contrôler une maladie. Comment pouvons-nous en arriver à faire le deuil de notre aliment, mets ou boisson préférés? Croquant dans la vie, tout comme dans tout ce qui goûte bon, prière de ne pas voir de mauvaises allusions dans mes propos, je me demandais comment on pouvait arriver à couper des choses qu'on apprécie dans son alimentation et ce, sans justification.

Le deuil des aliments

Le fait de cesser de consommer un aliment est une perte, un deuil en soit, particulièrement lorsqu'on bannit un aliment dont on a l'habitude de consommer depuis des années. Recevoir un diagnostic de diabète ou d'hypercholestérolémie (trop de cholestérol dans le sang) par exemple, amène irrémédiablement une remise en question des habitudes alimentaires et un deuil de la vie d'avant. Faire son marché, cuisiner, aller au resto, deviennent autant d'occasions d'angoisse et de doutes, l'interdit planant au-dessus de nos têtes. Soudainement, tout ce qui est interdit devient si attirant! Il s'agit d'enlever un aliment de son alimentation pour qu'il devienne plus alléchant. Tentez l'expérience, vous le constaterez par vous-même.

Une question de modération

Je prône la variété et l'équilibre en ce qui concerne la nutrition et mon vocabulaire ne contient pas les mots ''permis'' et ''défendu''. Lorsque j'enseignais en clinique de diabète, certains patients s'attendaient à ce que je leur remette une liste de: ''à faire'' et ''ne pas faire''. Je les encourageais plutôt à développer leurs connaissances en nutrition, à connaître la teneur en glucides (sucres) des aliments et l'impact de leurs repas sur leur glycémie (taux de sucre dans le sang). Le but étant de les responsabiliser sur ce qu'ils consomment pour avoir plus de contrôle sur leur diabète et non le contraire. Ainsi, un dessert sucré peut être intégré à un repas équilibré en adaptant le reste du repas et en ajustant son niveau d'activité physique en conséquence. Cela permet aux personnes diabétiques de jouir occasionnellement d'un repas de fête ou d'une sortie au restaurant sans trop d'effets néfastes sur le contrôle de leur glycémie.

En clinique et en consultation individuelle, je débutais souvent les rencontres en faisant l'aveu que je mangeais de la poutine, à l'occasion bien sûr, et que le tofu avait dû sortir ses atouts pour me séduire. Fou rire assuré! Les gens appréciaient mon ouverture d'esprit et me trouvaient tout à coup bien sympathique. Les confidences étaient soudainement plus faciles avec une nutritionniste qui leur ressemblait.

Effectuer des changements doit se faire petit à petit, un pas à la fois. Et gare aux interdits! Les recommandations doivent être adaptées au mode de vie de chacun. Plusieurs éléments doivent être pris en considération, dont l'âge, le niveau d'activité physique et le type de travail. Il y a aussi les maladies, les facteurs de risque, les antécédents familiaux, la prise de médicaments et de suppléments, les résultats de laboratoire et le rapport à la nourriture dont il faut tenir compte. Plusieurs stratégies peuvent aider les gens à modifier leurs comportements, certaines étant plus efficaces et donnant de meilleurs résultats à long terme.

Quand bannir un aliment?

Seules les personnes allergiques doivent s'interdire de consommer le ou les aliments auxquels elles sont allergiques. Certaines conditions médicales nécessitent de suivre un régime particulier et il faut alors s'y souscrire. Les coutumes, la religion et les valeurs peuvent aussi amener les gens à bannir certains aliments. Sinon il n'y a pas de raison pour proscrire un aliment en particulier de son alimentation. Que vous soyez diabétique, obèse ou hypertendu, vous pouvez vous permettre des douceurs, à l'occasion. Tout étant une question d'équilibre. Après un stage en Arizona il y a quelques années, je suis revenue encore plus confiante face à mes convictions comme nutritionniste. Là-bas, on s'adaptait au patient et nous ajustions la médication pour être réalistes face à ses habitudes de vie plutôt que de lui imposer un régime alimentaire et médicamenteux que nous doutions de l'adhérence à long terme. Le patient décidait par quoi il était prêt à modifier en premier dans ses habitudes de vie. Au fil des rencontres, on ajoutait des objectifs afin d'en arriver à instaurer et à maintenir de saines habitudes alimentaires et d'exercice.

Somme toute, nous devons garder un esprit critique face à l'abondante information sur la nutrition et sur la santé. Il faut surtout éviter les restrictions basées sur des sources non fondées. Manger est un plaisir et cela doit de le demeurer.

Merci la vie pour toutes ces saveurs et ces belles couleurs dans nos assiettes. Encourageons la variété et la nouveauté, nos papilles ne pouvant que nous remercier.

Sur ce, je termine ma délicieuse glace au cappuccino en avant-goût de l'été et vous dis à la prochaine!