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Toujours plus vert chez le voisin

04/12/2013 02:41 EST | Actualisé 03/02/2014 05:12 EST

J'ai longtemps pensé que les autres étaient plus heureux, plus épanouis que moi. « Ils ont l'air tellement bien! ».

« Avoir l'air » et « être »...Deux concepts fort différents.

Il semblerait d'ailleurs que Facebook contribue aux symptômes dépressifs en ce sens : on se compare via des statuts et des photos prises alors qu'on est tous à notre meilleur. Nos amis Facebook qui consultent notre profil ne voient que nous...en mieux. Que nous en train de fêter l'anniversaire d'untel, en train de porter un toast à la vie (tiens, pourquoi pas), en train d'exhiber sa tenue de la veille de Noël, tout sourire.

Mais entre ces prises, il y a la vie.

La vie, avec ses hauts et ses bas. La vie, avec ses frustrations - certaines plus grosses que d'autres. La vie, avec tous ses aspects incontrôlables. La vie, avec toutes ces déceptions, aussi.

Tous les matins où on se lève non pas du mauvais pied, mais de reculons. Les journées où on est enrhumé, où on est arrivé en retard au boulot, où on a fait un dégât monumental, où on s'est fait poser un lapin, où on s'est fait larguer, où on a largué, où on a perdu un être cher, où on a perdu une mitaine. Petits ou gros, les aléas de la vie existent. Et personne ne se prend en photo à ce moment pour immortaliser une émotion qu'on aimerait mieux voir foutre le camp à Saint-Clin-Clin-des-Meu-Meu sans billet de retour.

Et la plupart des êtres humains (pour ne pas dire TOUS les êtres humains) ont développé des moyens de faire face à ces frustrations parfois quotidiennes, parfois intenses : les compulsions. Oui, oui, vous aussi, vous en avez.

La nourriture

Manger pour combler un vide, éviter de manger pour se trouver beau/belle, mince, athlétique, avoir un sentiment de contrôle, un sentiment de fierté. Manger ses émotions ou au contraire, ne pas avoir faim quand une émotion forte (et plus souvent qu'autrement, désagréable) nous envahit. Ceci étant dit, manger ses émotions ou l'inverse n'est pas alarmant dans le contexte où cela survient très occasionnellement. Le problème survient lorsque ce mode d'adaptation (car oui, il en est un) devient la norme, c'est-à-dire qu'il est présent presque à chaque jour. Finalement, ça devient un obstacle lorsque ça devient obsessif.

La cigarette

Fumer en attendant quelqu'un, en attendant l'autobus, en prenant son premier café matinal, en jasant avec les collègues, après avoir ressenti une vive frustration, après avoir ressenti une vive allégresse...Toutes les raisons sont bonnes pour fumer. Bien que d'emblée on constate que la cigarette est nocive pour la santé, elle n'en demeure pas moins une tentative de retrouver l'équilibre, d'adaptation, donc. Ainsi, les fumeurs, même en connaissant les effets néfastes de la cigarette ne peuvent s'empêcher de la fumer. C'est dire que le lien entre l'intellect et l'affect est brouillé.

L'alcool et autres substances psychotropes

Une personne n'est pas alcoolique : elle a un problème de consommation d'alcool (ou de toute autre substance psychotrope, c'est-à-dire une substance qui modifie la chimie du cerveau). Boire pour oublier, pour s'engourdir, pour se dégourdir, pour se donner du courage...Voilà toutes de « bonnes » raisons de consommer invoquées par les consommateurs. Attention : je ne parle pas ici de consommateurs occasionnels mais bien de personnes qui ont besoin de leur dose et ce, de manière régulière, pour bien fonctionner.

Le sexe

Eh oui, le sexe. Encore une fois, le désir d'avoir une relation sexuelle, de vouloir ressentir des sensations agréables est loin d'être problématique. Au contraire, il est très sain! Le hic, c'est lorsque le sexe prend toute la place au détriment du reste. Quand notre temps est divisé comme suit : penser au sexe, manger, penser au sexe, aller à la salle de bain, penser au sexe, travailler, penser au sexe, revenir à la maison, penser au sexe, assouvir son désir. Et ça recommence le lendemain. Le temps et l'énergie investie sont envahissants.

Le travail

On m'a déjà demandé : « Oui mais, ça se peut tu, quelqu'un qui aime VRRRAIMENT son travail? ». Certainement. Mais pas au détriment des autres sphères de sa vie comme sa famille, sa vie amoureuse, sa vie personnelle, ses loisirs, etc. Le but est de trouver un équilibre. Oui, une personne peut investir davantage de temps dans son travail, parce qu'elle est entrepreneure, tiens, et qu'elle veut réussir à se tailler une place sur le marché. Le problème vient lorsque ce désir de réussite prend toute la place, est envahissant, est obsessif. Quand le reste ne semble plus exister, quand on s'oublie dans le travail. En voilà, un concept intéressant : « s'oublier dans le travail ». Pourquoi avoir tant besoin de s'oublier, si on est si heureux et équilibré? À méditer.

On pourrait aussi parler du magasinage, de la consultation compulsive de son maudit fil de nouvelles Facebook et j'en passe.

Bref, le but est le plaisir, la gratification immédiate. Un échappatoire, une obsession assouvie que par la compulsion, soit le geste qui la fera taire.

Mon médecin m'a un jour dit : « Tu sais, ça fait plus de 25 ans que je fais ce métier-là et je constate que les gens ne vont pas si bien que ça. Seulement, certaines personnes le savent, le constatent et font des dépressions, consultent, essaient d'aller mieux. Tandis que d'autres l'ignorent et adoptent toutes sortes de comportements compulsifs et néfastes, en se disant qu'ils vont bien ».

Et vous, allez-vous bien?

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