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"Maudit que t'es chanceuse"

03/07/2013 10:43 EDT | Actualisé 02/09/2013 05:12 EDT
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there is a horse shoe the...

Et moi, maudit que j'haïs cette expression. Qu'est-ce qu'elle signifie? Que quelque chose d'inouï est tombée du ciel pour une personne choisie? Que ce quelque chose arrive une fois sur un milliard?

Sûrement pas.

Il s'agit davantage d'une possibilité que quelque chose de souhaitable se produise, qu'une circonstance favorable soit présente.

Or, ce qui est « quelque chose de souhaitable » varie d'un individu à l'autre pour la simple et bonne raison qu'on ne souhaite pas tous les mêmes choses. Ainsi, pour moi, ce serait d'avoir une maison en bois rond aux abords d'un lac, d'aller me promener en kayak à chaque matin, avant même que le premier travailleur se soit englouti dans sa voiture. Ce serait de pouvoir vivre de ma plume, de faire le tour de l'Europe.

Et si une amie se procure une maison aux abords d'un lac, dirai-je d'elle qu'elle est chanceuse? Il sera primordial de reconnaitre les efforts qu'elle a effectués pour se permettre cet achat; travailler de manière acharnée, avoir fait de bons placements, avoir des parents nantis qui l'ont aidée, avoir vécu le deuil d'un membre de la famille lui ayant légué un héritage. Alors oui, je pourrai affirmer qu'elle est chanceuse d'être née dans une famille nantie. Mais ce sera elle ensuite qui aura fait le choix de dépenser son argent comme bon lui semble. Et je ne pourrai pas lui dire qu'elle est chanceuse d'avoir perdu un être cher; elle aura su, encore une fois, tirer profit de cette situation fortuite. Ni qu'elle est chanceuse d'avoir un travail qu'elle aime après avoir complété des études passionnantes; encore une fois, ce sera des choix de vie qu'elle aura fait et je ne pourrai que l'en féliciter et me réjouir pour elle.

Et la « circonstance favorable », elle? Elle est davantage un terreau fertile qu'on se doit de cultiver afin que quelque chose y pousse. On peut avoir la meilleure terre sans que rien n'y pousse...si on n'y plante rien. Ou encore, la gâcher en l'arrosant trop, trop peu, en lui fournissant trop peu de soleil, trop peu d'ombre.

On pourrait tous naitre dans un environnement identique et pourtant, devenir des individus forts différents, ayant un bagage de vie distinct. Et pour quelle raison? En raison des choix de vie qu'on fait.

Mais dans le monde réel, on ne nait pas égaux. Un enfant sera chanceux de voir le jour dans une famille aimante et étant suffisamment nantie pour lui permettre de s'épanouir, de se faire soigner en cas de besoin, de fréquenter des établissements éducatifs et scolaires stimulants, etc.

Mais une fois qu'on a une chance, qu'en fait-on?

Il est d'abord impératif de la voir, de la sentir, de la ressentir. Puis, on se doit de la saisir afin de pouvoir ensuite l'optimiser. Et vient le moment de se mettre en action : foncer, qui nécessite à la base de croire en soi.

Ainsi, je ne suis pas chanceuse de pouvoir écrire pour le Huffington Post, pour une charmante maison d'éditions, d'avoir de belles collaborations radios et télés. J'ai une passion pour les mots, pour la communication et j'ai su saisir les opportunités quand elles se sont présentées. À d'autres moments, j'ai moi-même pu créer des opportunités pour que mes rêves se réalisent, pour que je puisse écrire, communiquer le plus clair de mon temps.

Je ne suis pas chanceuse d'avoir le temps de faire tout ceci : j'ai aménagé mon horaire, en faisant des choix déchirants, afin de me permettre de l'avoir, ce fameux temps. Comme tout le monde, mes journées comptent 24 heures et mes semaines, sept jours.

Et c'est en gardant en tête que les gens sont chanceux (surtout pas nous!) qu'on développe un vilain sentiment : l'envie. La prochaine fois que vous envierez quelqu'un, demandez-vous si vous avez fait exactement les mêmes efforts pour réaliser ce rêve (ou si vous feriez les mêmes efforts, parcouriez le même chemin pour vous rendre là où la personne enviée est).

Finalement, si je puis me permettre une morale à cette histoire, n'attendez pas toute votre vie avant de faire ce qui vous plait, avant de vous plaire dans ce que vous faites : faites-le.

Donnez-vous le droit d'être, de vivre, de rêver, d'accéder à ces rêves. Donnez-vous le droit d'être chanceux.