LES BLOGUES

Les préjugés découlent de la méconnaissance: connaissons l'autisme

10/04/2013 11:22 EDT | Actualisé 10/06/2013 05:12 EDT
Getty Images
Pensive teenager looking through a window

Ce mois-ci, c'est le mois de l'autisme.

Vous ne savez pas ce que c'est, l'autisme? Oh. Je suis sûre que oui.

Vous savez ce que c'est l'autisme s'il vous est déjà arrivé de croiser un enfant qui courait dans les allées du Toys "R" Us et que vous avez vu passer son parent, inquiet, qui l'interpellait par son prénom, avant de le rattraper. Sa progéniture s'est alors étalée de tout son long, en poussant des cris stridents. (À ne pas confondre avec un enfant qui tente de faire réagir son parent en sachant qu'il finira par gagner la bataille.)

Vous savez ce que c'est l'autisme si vous avez déjà été témoin d'une crise monumentale d'un enfant à la sortie du Cache-à-L'eau, incapable de verbaliser qu'il ne veut pas partir. (Le même commentaire que celui ci-dessus s'applique.)

Vous savez ce que c'est l'autisme si vous vous êtes déjà plaint au propriétaire d'une boutique, car il avait laissé entrer cette maman avec sa fille, accompagnée de son énorme chien Mira, en disant que vous, les chiens, ça vous fait des gratouilles dans la gorge.

Vous savez ce que c'est l'autisme si vous avez déjà pesté dans l'autobus en voyant cet «ado flanc-mou» avachi sur le premier banc en avant, l'air dans la lune, sous prétexte que ses grandes jambes étaient dans le chemin, en le regardant fixement puis en soupirant, sans que rien ne change.

Vous savez ce que c'est l'autisme si vous avez déjà mangé au restaurant en levant les yeux au ciel, vous disant: «Bon, qui est-ce qui a eu la brillante idée d'amener son petit montre au resto pendant que moi, je viens ici pour tenter de décompresser», alors que l'enfant faisait des simagrées en tentant de prendre une bouchée de son plat.

Vous savez ce que c'est l'autisme sans le savoir. C'est justement le fait de ne pas savoir qui vous a fait dire: «Maudit qu'il est mal élevé, lui!», sans aucun égard pour lui, ni pour l'adulte posté à ses côtés, communément appelé son parent.

Vous avez croisé l'autisme sans savoir. Sans savoir qu'une personne autiste n'est pas mal élevée; elle a simplement du mal à s'exprimer, parfois, à bien saisir les subtilités sociales, aussi.

Elle a du mal à tolérer le bruit; son cerveau n'arrive pas à bien filtrer les sons importants des moins importants. Aussi, elle a du mal avec les contacts physiques; soit elle les sent trop, soit pas assez.

Elle peut aussi être très réactive à tous changements, surtout ceux qui sont imprévus.

Il est aussi difficile pour elle de soutenir votre regard; pour elle, il n'y a rien à comprendre dans vos yeux, pas plus qu'il y en a dans vos mains. Pour elle, tous ces micromouvements faciaux peuvent être trop intenses, trop stimulants, trop difficiles à décoder.

La personne autiste n'est pas folle ni bizarre. Elle est simplement différente. Et les personnes autistes partagent quelques traits semblables, ceux que l'on retrouve dans un manuel diagnostic, mais elles ont aussi une panoplie de différences, qui les rendent toutes uniques. Et la différence est ce qui crée une foule de situations d'apprentissages, d'exploration, de compréhension, d'ouverture au monde.

Les préjugés découlent de la méconnaissance. Prenons donc le temps, en avril, de connaitre. Juste pour se donner une chance d'accepter.

Stéphanie Deslauriers est psychoéducatrice et auteure du livre »Laisse-moi t'expliquer l'autisme», paru en septembre aux éditions Midi Trente.

Comment passer du temps avec votre enfant