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Le TDAH, la maladie du siècle chez nos enfants

15/10/2013 11:33 EDT | Actualisé 20/01/2014 05:12 EST

Cet article est rédigé dans la cadre de la semaine de sensibilisation au TDAH.

TDAH. Quatre lettres qui ne veulent rien dire et tout dire à la fois. Trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité. Cette expression qui est galvaudée à tous vents. Ce diagnostic auquel on ne croit plus tellement, à force d'être nommé et pointé du doigt depuis quelques années en contexte scolaire.

On dénonce le fait que dès qu'un enfant n'entre pas dans le moule parce qu'il est plus bavard, plus agité que la moyenne, on lui appose un diagnostic de TDAH sans même sourciller.

On dénonce le fait que trop d'enfants sont médicamentés, voire drogués dès l'âge de 7 ans.

Mais est-ce qu'on sait vraiment ce qu'est le TDAH? Le TDAH trouve son origine dans un dysfonctionnement du système nerveux central qui affecte la quantité de dopamine et de sérotonine (deux neurotransmetteurs) dans le cerveau qui a une influence sur les capacités de planification, de concentration, de gestion de l'impulsivité chez les enfants...et chez les adultes. Surpris? Pourtant, vous savez comme moi qu'un enfant qui grandit devient un adulte, non?

Qu'est-ce que signifie tout ce charabia? Eh bien, un enfant qui a un TDAH a besoin de bouger davantage, a mille idées qui lui traversent l'esprit en même temps et il a envie de partager toutes ces idées...en même temps. Résultat : il parle beaucoup, rapidement et coupe la parole. Il a aussi du mal à se concentrer longuement sur une tâche; avec tout ce qui lui traverse l'esprit, avec la difficulté qu'il a, aussi, à ne pas porter attention aux bruits et mouvements qui ne sont pas importants, on peut le comprendre.

Vous pouvez d'ici voir le portrait : un enfant qui dérange les autres, qui se fait fréquemment réprimander, qui ne réussit pas nécessairement bien à l'école. Conséquence : l'enseignant en a ras le pompon, en parle aux parents et suggère une évaluation pour mieux comprendre les comportements de l'enfant et surtout, l'aider à se calmer et à se concentrer pour mieux réussir.

Et l'impulsivité, dans tout ça? Eh bien, ça peut ressembler à un enfant qui dit tout ce qui lui passe par la tête, même quand ce n'est pas le moment, qui se lève sans demander la permission, qui bouge sur sa chaise, joue avec ses crayons, ses effaces et j'en passe. Avec les amis, on comprend que c'est difficile : il dit tout haut ce que les autres n'osent pas penser tout bas, il coupe la parole, est maladroit pour entrer en contact avec les autres, peut être intrusif, peut avoir du mal à comprendre les consignes d'un jeu. Il peut aussi se fâcher rapidement s'il sent qu'il ne comprend pas ou au contraire, s'il se sent incompris...bref, pas tout à fait un ami idéal.

Et rappelez-vous quand vous étiez enfant. Qu'est-ce qui était le plus important, pour vous? Les amis. Et réussir à l'école. Exactement les deux sphères les plus affectées chez les enfants qui ont un TDAH. Imaginez l'effet que ces défis ont sur le développement de l'estime de soi d'un enfant ayant ce diagnostic...ouais, ben c'est ça.

La trajectoire du TDAH

Mais ce bel enfant-là, il a des forces, aussi. Mais on lui souligne souvent très peu car ses difficultés prennent pas mal de place, disons. Et dérangent les autres, de surcroit. Et il grandit, ce petit coco-là. Et il devient un adolescent. Bon, ok, les symptômes d'agitation vont se dissiper. En fait, ils vont se muer en sentiment de stress, d'anxiété, voire d'angoisse. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Mais les difficultés d'impulsivité et d'inattention vont perdurer, elles. Tout comme à l'âge adulte.

D'ailleurs, de nos jours, plusieurs adultes se font diagnostiquer un TDAH. Pourquoi? Eh bien, c'était beaucoup moins connu il y a 15, 20, 30 ans. Et aujourd'hui, ces personnes se sentent différents, plus envahis par leurs pensées et leurs idées incessantes, plus colériques, impulsifs, émotifs. Ils voient qu'ils dépensent beaucoup d'énergie à s'organiser que l'ensemble de leurs proches, que des choses qui semblent simples pour les autres sont un casse-tête pour eux. Mais ça a toujours été leur réalité, non?

Jusqu'à ce qu'ils aillent consulter leur médecin pour diverses raisons : dépression, anxiété, sentiment de vide, montagnes russes émotionnelles. Et qu'ils passent les tests de dépistage et que le résultat soit écrit noir sur blanc : TDAH. Depuis l'enfance, évidemment. Car on ne le développe pas avec le temps.

Ici, j'utilise le « on ». Le « on » qui inclut la personne qui parle. Je m'appelle Stéphanie Deslauriers, j'ai 26 ans, et je suis en plein processus diagnostique de TDAH.

Mon histoire

Toute mon enfance, malgré une amie fidèle, j'ai papillonné d'une gang à l'autre, j'ai parlé en classe, coupé la parole, détesté l'autorité, me suis sentie incomprise, me suis jouée dans les cheveux à n'en plus finir, ai dépensé tellement d'énergie à organiser mon agenda, ai eu des crises de colère inexplicables, on m'a dit à combien de reprises que j'étais trop - trop intense, trop émotive, trop farfelue et j'en passe. J'ai fait combien de choix sur un coup de tête, dans combien de projets ai-je eu envie de m'investir malgré un manque flagrant de temps, me suis étourdie combien de fois dans les tâches et engagements multiples, me suis dit que les gens n'allaient pas assez vite, ne pensaient pas assez vite, n'arrivant pas à suivre le fil de mes pensées. Alors que tout ce temps, c'est moi qui allait trop vite, qui en faisait trop, qui voulait tout en même temps, tout de suite.

Aujourd'hui, j'ai 26 ans et je comprends enfin une partie de comment je suis, je peux m'expliquer différentes facettes de ma personnalité, je peux jeter un regard compréhensif sur mon passé, l'enfant agité que j'ai été, l'adolescente torturée que j'ai été. Je peux enfin valider mon sentiment de différence, d'inadéquation. Je ne faisais pas que me sentir différente, je l'étais. Je ne faisais pas que penser faussement que je partais avec du retard sur les autres, c'est ce que je faisais réellement.

Est-ce que j'ai eu de la médication? Non. J'ai développé, sans connaitre mon diagnostic, des stratégies pour compenser. Mais au coup de combien d'efforts, de quelle dose d'énergie, de quel travail sur moi, sur le développement de mon estime personnelle. Est-ce que la médication m'aurait aidée? Il n'en fait aucun doute. Pairée avec un suivi psychologique pour développer des stratégies de gestion de la colère, de l'impulsivité, de l'impatience, d'organisation de mes pensées, ça aurait été un duo d'enfer.

Les enfants font la sieste n'importe où