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Pour l'amour de la télé alimentaire

15/10/2013 01:56 EDT | Actualisé 15/12/2013 05:12 EST

Les habitudes de consommation télévisuelle sont intrigantes et, surtout, propres à chacun.

C'est avec une télécommande en main que l'on devient grand manitou de notre divertissement. Les heures passées devant la boîte à images deviennent, par la force des choses, le reflet de nos envies. Un livre ouvert qui trône au centre de notre salon.

La relation entre l'individu et son téléviseur devient presque organique. Un peu comme la relation entre l'individu et son alimentation.

Alimentation qui, sans surprise, meuble de plus en plus nos habitudes de consommation télévisuelle.

Il y a depuis toujours les heures pour s'alimenter, que ce soit au restaurant, à la maison ou chez des amis. S'impose désormais les heures afin de planifier son alimentation devant son téléviseur. Une utilisation du médium qui n'est pas nouvelle (on se souvient tous de Sœur Angèle et de Maman Dion), mais la révolution a pris des ampleurs disproportionnées.

On est loin du livre de recettes enfariné de ma grand-mère et des publicités pour le dernier TV Dinner à la mode.

À mi-chemin entre le divertissement et l'apprentissage, la consommation de cette télévision culinaire est particulière dans la mesure où elle n'est jamais complètement passive, mais elle n'est pas forcément productive non plus.

Je m'explique.

L'offre est croissante au niveau de la télévision culinaire et la demande emboîte le pas sans trop broncher. Chacun y trouve son compte. Des cuisiniers tatoués aux excessifs outremangeurs, en passant par la campagnarde convertie, le panorama est à l'image de l'auditoire. Les créateurs s'ajustent, l'offre se personnalise, la télé alimentaire s'est forgé une identité propre qui rejoint un auditoire fidélisé au possible. Bref, de tout pour tous.

C'est que la télé culinaire, dans sa proposition, nous interpelle sur un besoin primaire (celui de manger) et permet l'évasion de notre esprit sans trop se distancer d'une réalité concrète et quotidienne. Un divertissement déculpabilisant. L'espoir d'un temps télévisuel non gaspillé, un couteau affûté à la fois.

Là où le jeu devient pervers, c'est quand la productivité possible est rattrapée par l'oisiveté inhérente de l'acte télévisuel. Regarder la télévision se traduit rarement par un déploiement actif, malgré toutes les bonnes intentions du monde. Qui n'a pas déjà eu la fausse bonne idée d'installer un vélo stationnaire devant son appareil avec l'espoir naïf de rentabiliser son temps de télé autrement perdu dans les limbes.

J'en suis le premier coupable.

J'aime m'installer devant Food Network avec l'espoir assumé d'affûter mes connaissances culinaires - tout en feuilletant un menu pour me faire livrer des mets chinois, un timide coup de pédale à la fois.

Cette dichotomie entre l'intention et l'exécution est au cœur même de notre appréciation de la télé culinaire. Si le « je pense, donc je suis » de Descartes résonnait encore de nos jours, il s'inspirerait peut-être de cette volonté de l'esprit, freinée inévitablement par l'inaction du corps. Ou il se bidonnerait devant le non-sens de la chose, ce qui serait tout aussi compréhensif.

Malgré cette profonde contradiction entre la cuisine active et le visionnement passif, les chaînes spécialisées se multiplient afin de bonifier l'offre de télévision alimentaire et nous en redemandons. Après un bref survol de ma grille-horaire, près du quart de mes chaînes offre, à un moment ou à un autre, une programmation culinaire.

Il y a les purs et durs, comme Zeste et Food Network. Il y a aussi les plus subtiles qui se camouflent sous la grande bannière de « l'art de vivre », comme Canal Vie, ARTV, Life et j'en passe. Enfin, les grandes chaînes généralistes chauffent aussi les fourneaux, et ce spécialement en heures de grandes écoutes. V et ICI Radio-Canada TV sont les deux grands bénéficiaires de cette fièvre alimentaire.

Parlez-en à nos nombreux jeunes chefs devenus, du jour au lendemain, vedettes du petit écran.

Tout ça sans parler de la télévision sur demande qui nous permet d'enfiler comme des petits gâteaux des séries en rafale.

Si l'appétit passe par les yeux, elle fait désormais un détour par notre téléviseur avant d'activer nos glandes salivaires.

Qui plus est, la tendance ne semble pas vouloir s'essouffler. Les formats sont multiples, interchangeables et les restaurants représentent des sujets parfaits pour notre culture de l'instantanéité. C'est malheureusement connu que la restauration est particulièrement ingrate envers les entrepreneurs et les fermetures de restaurants sont presque aussi fréquentes que les inaugurations.

La télé, de ce fait, se retrouve avec une ressource renouvelable de contenus. Comme quoi le malheur des uns alimente le divertissement des autres.

Sachant cela, une question s'impose : à quoi ressemble votre menu de la semaine en télé alimentaire?

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