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L'imam Chaoui a le droit de s'exprimer

01/02/2015 11:02 EST | Actualisé 04/04/2015 05:12 EDT

Plusieurs intervenants se sont prononcés afin de clarifier le droit - ou non - à l'intégrisme d'exister, le tout en fonction des cadres prévus par la liberté d'expression. La conclusion en droit est évidente pour qui veut bien l'entendre: l'imam Chaoui a le droit de s'exprimer et d'enseigner. Qu'on le veuille ou non, cette liberté est une des pierres d'angle de notre démocratie, et c'est très bien ainsi. Les propos de Hmaza Chaoui choquent, mais ils sont couverts par cette liberté, n'en déplaise à tous, moi le premier.

Un peu plus tôt cette semaine, j'ai été quelque peu renversé d'entendre la ministre de l'Immigration - une avocate et ex-Procureure générale du Québec - donner des avis directement au maire de Montréal Denis Coderre sur les « façons de bloquer » le projet de l'imam. J'ai relu trois fois l'article de La Presse tellement je ne croyais pas ce que je lisais. Gaffe majeure de la ministre Kathleen Weil. Elle aurait dû la fermer royalement. Une ministre n'a pas à se mêler publiquement de questions d'usage et de zonage, encore moins d'élaborer des stratégies à haute voix! Elle aurait dû faire preuve de prudence et de réserve, d'autant plus que ce dossier risque fort bien de se ramasser devant les tribunaux.

Mais le clou du spectacle est venu samedi matin quand nos deux maires concernés, Denis Coderre et Réal Ménard, ont crié victoire en pensant avoir trouvé la solution du siècle: modifier immédiatement la règlementation en vigueur afin d'interdire l'usage religieux dans le territoire concerné! Ainsi, la Ville vient de se donner un motif de refus pour un éventuel permis d'occupation du projet de centre communautaire. Là encore, je n'en croyais pas mes yeux. J'ai sûrement relu le texte 12 fois pour m'en convaincre. Et pourtant, la jurisprudence et les tribunaux sont unanimes à ce sujet: une municipalité - connaissant l'existence d'un projet spécifique qui est en cours de traitement - ne peut en aucun cas changer la règlementation afin de le bloquer ou de l'interdire. Il existe 20 pieds de jugements qui abondent tous dans le même sens.

Et lorsque le maire de Montréal mentionne avoir pris des « informations » auprès de policiers du SPVM pour étayer sa position vis-à-vis l'imam Chaoui, je vois déjà les poursuites en diffamation s'abattre sur l'Hôtel de Ville de Montréal. L'imam Chaoui est un criminel? Vraiment Monsieur le Maire? Comme ça le SPVM vous glisse de l'information confidentielle sur des citoyens de Montréal? Depuis quand un demandeur de permis est enquêté auprès de la police? Le faite vous aussi pour les gens du crime organisé qui ont pignon sur rue dans votre ville?

Et pourtant, Denis Coderre connaît très bien la stratégie. Le maire de Montréal adopte la tactique de l'obstruction tout simplement : « Qu'il nous poursuivre s'il n'est pas content! » Le tout, en espérant décourager l'Imam dans son projet et l'épuiser financièrement. Cette stratégie est risquée pour plusieurs raisons: une requête en mandamus à l'encontre de la Ville de Montréal pourra se solder aussi par une requête en dommages-intérêts coûteuse, et nous faisons de cet Imam un martyre, tout en lui donnant une exposition privilégiée dans une jurisprudence qui passera à l'histoire. Toute cette stratégie de dernière minute fait pitié.

À LIRE AUSSILettre à l'imam Hamza Chaoui- Savignac

Notez que tout ce dossier démontre une hystérie bien douteuse de nos élus. On crie au scandale concernant les propos de l'imam Chaoui et pourtant, les Apôtres de l'Amour infini vivent depuis des décennies en marge de la société au nord de Montréal malgré un mode de vie qui aurait de quoi en choquer plusieurs (séparation des hommes et des femmes, retrait des enfants de leurs familles, allégation d'abus sexuels de la part des corps policiers). L'Armée de Marie en Beauce n'est pas en reste. Une simple audition des prêches vous retourne tout droit au XIXe siècle. Ce même endroit dirigé par la Fondatrice Marie Paule Giguère, canonisée de son vivant et qui se dit la réincarnation de la Vierge Marie! Et que dire de ces « religions » basées sur des relations avec des extra-terrestres et qui donnent lieu à tous les abus d'êtres humains sur une base quotidienne- ici même au Québec?

La preuve que l'intégrisme n'est pas l'apanage du monde musulman.

Dans tout ce débat peuplé d'ignares et d'émotifs, les gens - et les politiciens - ont oublié un fait notoire : la Charte des droits et libertés ne s'applique pas aux organisations religieuses. Il s'agit d'une exception fondamentale que les tribunaux ne sauront ignorer. S'il fallait appliquer la Charte aux organisations religieuses comme on le fait dans les autres secteurs de la société, la plupart de celles-ci n'auraient plus d'existence légale au Canada. Voilà la grande hypocrisie de nos dirigeants dans l'affaire Chaoui. On gueule parce que c'est la mode, et rien d'autre.

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