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Comment excuser un pédophile

07/09/2014 11:33 EDT | Actualisé 07/11/2014 05:12 EST

C'est l'histoire d'un gars de 63 ans qui jase avec un enfant de 8 ans. Déjà là, il me semble y avoir un problème. Ou pas vraiment, parce que le vieux de 63 ans est habitué avec les jeunes. Il est professeur de judo dans son milieu. Il a l'habitude des corps juvéniles. Et Dieu sait que l'enseignement du judo donne lieu à ces contacts intimes du corps à corps où le maître et l'élève doivent se « pratiquer » ensemble sur le tapis.

Mais là où je décroche, c'est quand ce professeur de judo de 63 ans jasait finalement non pas avec un élève de son groupe, mais avec un enfant de 8 ans via webcam. Pas son petit fils - dans le but de prendre de ses nouvelles. Non. Il jasait plutôt avec un enfant de la Nouvelle-Zélande. Un pur inconnu à qui il demande candidement « Show me your dick » (Montremoi ton pénis). Comme on vit dans un monde de fous, l'enfant s'exécute, et le vieux cochon - lui - fait de même devant son écran et montre son pénis à l'enfant à l'autre bout de la planète.

Et bien, c'est en gros ce qui s'est passé pour Gilles Maltais du Saguenay. Ce «professeur» a été arrêté puis jugé par notre système judiciaire cette semaine. J'ai beau relire la nouvelle, je n'y crois pas. Même si Maltais a demandé à l'enfant de 8 ans à trois reprises de lui montrer ses organes génitaux, le Juge Richard Daoust de la Cour du Québec épilogue en ces termes:

«Bien que les gestes commis soient d'une importance certaine, ils ne se situent pas dans la fourchette supérieure des crimes de cette nature, d'autant plus qu'ils ne sont jumelés à aucune autre infraction comme la possession de pornographie juvénile ou de contacts sexuels.»

Donc, de l'avis du savant juge, «Show me your dick» ce n'est pas un contact sexuel. Que le vieux de 63 ans se baisse les culottes et montre-lui aussi son pénis et ses testicules devant une webcam, ça n'a rien d'un contact sexuel. Pour le Juge Daoust, on a l'impression que ce geste ne devait tout simplement être qu'une séance de déshabillage dans un vestiaire après une compétition de judo? Un accident de parcours, voilà tout. Remarquez les termes utilisés par le Juge Daoust : une importance «certaine». Ça dépasse tout simplement l'entendement. On a beau plaider que Maltais a eu un parcours sans tache, qu'il n'a aucun antécédent, qu'une «bulle au cerveau» viendrait expliquer un tel comportement, la sanction imposée ne fait aucun sens. Pas une seconde de prison, pas même une sentence à purger dans la société! Non. RIEN. Imaginez-vous donc que la Cour accorde à ce «professeur» une absolution inconditionnelle, sans casier judiciaire ni restriction. Maltais pourra reprendre son job de professeur de judo auprès d'enfants, parcourir le circuit des compétitions, et demeurer en position d'autorité sur eux. Le message du Juge Daoust est donc le suivant: «Bah! Ce n'était qu'une seule fois d'même en passant. Y faut pas généraliser!»

Je rêve.

Le concept de «Bulle au cerveau» est donc devenu le moyen de défense légal de tous les pédophiles québécois. C'est le temps de passer à l'acte. Chassez vos proies sur webcam et masturbez- vous sans restriction. Si vous n'avez pas d'antécédents judiciaires, vous êtes sauf. Simplement qu'à plaider cette «bulle au cerveau». Encore mieux si vous êtes un professeur, vous pourrez continuer à enseigner par la suite, comme si de rien n'était. Vous pourrez citer allègrement la décision du Juge Daoust pour vous en sortir, ce jugement par lequel l'excuse du pédophile vient d'être légitimée. C'est dorénavant notre jurisprudence au Québec. Il n'existe plus de pédophile sur le net, mais que des «bulles au cerveau»...

La Couronne songe à en appeler. La décision est facile à prendre. Non?

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