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Enfant tué par un policier de la SQ: on prend notre gaz égal svp?

21/11/2014 12:19 EST | Actualisé 20/01/2015 05:12 EST

Quand j'ai lu la nouvelle cette semaine, mon cœur de père a pleuré. Oui, enterrer son fils est un drame dont on ne se remet jamais totalement. Et je sais de quoi je parle. J'ai enterré un fils en juin 2000. Je comprends très bien cette souffrance et la détresse vécues par les parents de Longueuil, Stéphanie Thorne et Mike Belance.

Cependant, je débarque totalement lorsqu'on veut affubler la SQ et «la méchante gang de polices» de complots afin de «cacher la vérité». C'est connu, certains commentateurs font régulièrement du bashing sur le dos de la police. C'est rentable, c'est populiste et on aime jouer la vierge offensée devant une police aussi ripoux que merdique - selon la savante analyse de nos prépubères «commentateux» de la justice. Je n'ai pas besoin de vous nommer les noms de ces élites bien pensantes qui en font leur pain et leur beurre presque à la moindre occasion. Tout ce cirque est bien pathétique.

Oui, la décision du Directeur des poursuites criminelles et pénales aurait dû être mieux présentée aux parents endeuillés. C'est une question de gros bon sens et de respect. Mais de ce qui en ressort publiquement, on ne peut que supporter la décision de ne pas porter des accusations de conduite dangereuse ayant causé la mort. C'est la dure réalité, mais celle-ci est pourtant évidente.

Et pour illustrer ce cas, j'aimerais porter à votre attention une autre histoire pas si vieille qui est arrivée dans le secteur de Valleyfield il y a quelques années. Un jeune enfant traverse malencontreusement une rue, de façon non règlementaire, et se fait happer mortellement par un conducteur ivre. Le procès se déroule et au terme de celui-ci, le conducteur est acquitté de l'accusation de conduite avec faculté affaiblie ayant causé la mort. Bien qu'il ait été ivre au volant, la Justice n'a pu reconnaître ce fait comme ayant contribué à la mort de l'enfant. Décision choquante à première vue, c'est la conduite téméraire de l'enfant qui avait causé sa perte. Au final, le Juge a donc condamné le conducteur ivre au seul chef de conduite en état d'ébriété.

Le cas de Longueuil est dans la même veine. Si le père s'était engagé correctement dans la voie de circulation appropriée, il ne se serait pas retrouvé sens contraire en plein milieu de l'auto banalisée qui arrivait à vive allure. Au pire, le policier aurait passé son chemin et les deux véhicules ne se seraient jamais touchés. Ainsi, la vitesse excessive du policier-enquêteur de la SQ ne pouvait être tenue pour responsable de la mort de l'enfant. Point à la ligne.

Est-ce que l'on a pris le temps d'expliquer cette position juridique aux parents éplorés? Je ne le sais pas.

Maintenant, est-ce que l'enquêteur de la SQ aurait pu être accusé simplement de conduite dangereuse? Je ne le crois pas. Quand on prend la peine de parler à l'entourage du policier en question, on nous confirme qu'il s'agissait d'une opération de filature en cours et dans de telles circonstances, le policier est en droit de violer les dispositions du Code de la sécurité routière. L'enquêteur ne roulait pas à 122 km/h pour le simple plaisir de rouler à cette vitesse. La Presse rapporte qu'il ne s'agissait pas d'une conduite «en mode urgence» ni de répondre à un «appel». De toute évidence, la journaliste en question ne comprend pas ici la façon dont fonctionne une filature dans la vraie vie... Qu'on le veuille ou non, il s'agit d'un bête accident qui a ruiné passablement la vie de deux parents et tué un enfant, le tout en une fraction de seconde.

Ceci étant dit, faut-il souligner - encore une fois - que notre système judiciaire ne peut carburer aux émotions. Il se doit d'analyser les faits et le Droit avec toute la froideur qu'il faut en pareilles circonstances. Par contre, l'Administration de la Justice - quant à elle - a failli à la tâche : celle de démontrer une empathie envers des parents devenus orphelins de leur fils. Voilà la seule et unique faute. La police n'a rien à voir là dedans.

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