Stéphane Biron

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Des nouvelles du Québec

Publication: 24/04/2012 00:50

Bonjour Georges,

Depuis ton départ, il est vrai que nous avons négligé notre correspondance. Non pas que tu n'occupes plus mes pensées, mais cette vie de fou ne permet plus de m'arrêter pour ressasser nos vieux souvenirs. J'espère que tu te plais dans ton nouveau pays d'accueil. De mon côté, tout va pour le mieux, du moins, en fonction du côté où l'on se situe. Pour les uns, tout n'est pas noir, mais pour les autres, je devrais plutôt penser à te rejoindre. Il se passe des choses très intéressantes dans ce Québec que tu as quitté. Tu te souviendras sûrement que ce dernier était fort paisible lorsque tu t'es envolé au bout du monde. À l'exception de quelques soubresauts nationalistes, le Québec faisait son petit bonhomme de chemin. Bien ancré dans les nouvelles tendances mondiales, ce dernier suivait le pas et essayait de se démarquer sans toutefois blesser personne. À plusieurs égards d'ailleurs, il se voulait même fort accommodant et parfois même un peu trop.

C'est que ton Québec éprouve toujours cette difficulté à trouver sa propre voie. Il semble toujours difficile pour lui, d'être complètement fier de son passé. On a beau avoir défriché un grand pays souvent froid et hostile, mais ça ne semble pas avoir d'importance. On a beau avoir quelques fois donné sa vie pour que l'on puisse conserver notre langue, mais ça aussi, ça ne semble pas très important. Tu sais que la religion et moi, ce n'est toujours pas le grand amour! Cependant, je ne renierai jamais l'apport de certaines communautés religieuses à notre histoire. Que ce soit en éducation ou en santé, ils ont souvent hérité d'une tâche que personne ne voulait et je crois, malgré des failles humaines, qu'ils l'ont rempli de bonne façon.

Doit-on demeurer dans la grande maison canadienne à part entière? Doit-on plutôt s'y faire un petit pied à terre tout en accomplissant nos propres affaires ou doit-on vraiment se bâtir un chez-soi à nous? À ces questions, on est incapable de faire l'unanimité. On a aussi bien de la difficulté à savoir jusqu'où va notre gauche et jusqu'où va notre droite, mais nous tentons maintenant le jeu de comprendre le meilleur endroit où crécher. Bien sûr, des biens pensants croient que le débat est puéril et vain. Il s'agit que l'on souligne leur grande intelligence pour qu'il se croie tout à coup investi de définir ce petit coin de pays à eux seuls. Cependant, tu sais comme moi, mon cher Georges, que tout n'est pas aussi simple.

Depuis certains évènements mondiaux, notre petit Québec ressemble de moins en moins à un fromage. L'élection d'un gouvernement canadien fort en odeur et l'agonie d'un gouvernement québécois ne sachant plus à qui donner semblent nous offrir une forme splendide. En ce moment mon cher Georges, nous débattons beaucoup dans notre société issue de cette belle révolution tranquille. Une jeunesse controversée, mais des plus courageuses foule nos rues contre la hausse de leurs frais de scolarité. Encore là, le Québécois est divisé. Pourtant, chaque élection montre clairement que la priorité des Québécois est l'éducation et la santé. Pourtant, on aime bien se comparer aux pires élèves plutôt qu'aux meilleurs! Ce n'est d'ailleurs pas Victor Hugo qui disait que pour chaque école construite, on ferme une prison! Il semble bien que certains gouvernements aient compris le contraire.

Le dimanche 22 avril, nous étions plus de deux cent mille Québécois et Québécoises pour affirmer notre attachement à ce grand pays. Pourtant, quelques-uns de nos valeureux médias québécois n'ont presque pas daigné le souligner! Ils l'ont fait du bout des lèvres, timidement, de peur de passer pour des fous qui ne demandent qu'une seule chose, un avenir meilleur pour leurs enfants. Peut-être ont-ils raison, notre société n'étant pas faite pour que nous puissions jouir du même héritage. Pourtant, ils seront beaucoup moins nombreux à assumer la belle société que vous vous êtes offerte.

Je dois maintenant te laisser. Comme tu vois, rien n'est encore simple dans notre Québec d'aujourd'hui. On pense toujours que collectivement, nous ne contribuons qu'à encourager la paresse, l'oisiveté et les mauvaises causes écologiques. Les climato sceptiques gagnent même notre froid pays. Pourtant, ils devraient bien savoir que le collectif contribue aussi à l'essor de l'intérêt privé par ses SADC, ses CLD, sa SGF et sa Caisse de dépôt. Ça ne semble pas assez pour eux! Certains sont malheureux dans notre Québec, mon Georges. Ces nouveaux libertariens salivent à la vue du pétrole albertain et du modèle de nos voisins américains. Alors pour ton retour, j'espère que nous serons un peu plus sereins et que surtout, nous aurons fait nos choix ensemble et collectivement. Et même si certains privilégient un repli traditionnel et conservateur, j'espère que nous oserons montrer au reste du monde qu'un petit peuple peut accomplir de grandes choses.

Ton garçon inc.

 

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