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La mort de Simone Veil nous rappelle tristement pourquoi il faut écouter les derniers rescapés de la Shoah

30/06/2017 15:50 EDT | Actualisé 30/06/2017 15:53 EDT
Hello/AFP

L'annonce du décès de Simone Veil, alors que je la croyais immortelle, nous bouleverse et nous rappelle, de la plus triste des manières, que bientôt il n'y aura plus aucun ancien déporté des camps de la mort. Nos enfants ne pourront pas les voir témoigner et cette histoire, si proche de nous, appartiendra bientôt aux livres d'Histoire. Sa négation sera d'autant plus facile, que ce qui a été fait est inconcevable pour l'esprit humain. 6 millions de morts, femmes enfants vieillards et nourrissons.

C'est à l'annonce de la mort d'Elie Wiesel que j'ai pris la décision d'aller filmer chez eux les derniers survivants des camps de la mort qui voudraient bien m'accueillir. Ce jour là, j'ai réalisé que jamais je n'aurais le privilège de rencontrer cette icône, ce témoin incontournable. En initiant le projet, je savais que je n'aurais pas non plus l'honneur de rendre visite à Simone Veil car son état de santé ne le permettait déjà plus.

J'ai depuis pu rencontrer une dizaine d'anciens déportés et parmi eux Ginette Kolinka et Yvette Lévy qui toutes deux ont croisé la route de Simone Veil à Birkenau.

La plupart des survivants ont mis des décennies avant de parler de ce qui leur était arrivé, parce qu'ils avaient envie de vivre, parce qu'ils ne voulaient pas faire de peine à leurs proches, parce qu'ils ont eu le sentiment de déranger ou qu'on ne les croyait pas. Pour beaucoup ce fut un silence de plusieurs décennies.

Un fils de déporté me racontait que ni lui ni ses frères et sœurs n'avaient jamais osé poser la moindre question à leur père sur son parcours de déporté. Et puis un jour, une connaissance, invitée à dîner, s'était le plus naturellement du monde tournée vers son père et avait dit "alors vous avez été à Auschwitz?" Et là, le père avait, tout aussi naturellement, devant ses enfants médusés, répondu à sa question et raconté sa déportation à cet inconnu, pour la première fois de sa vie.

Il y a eu de très nombreux témoignages, livres et documentaires sur la Shoah, mais aujourd'hui, les derniers rescapés, approchant tous le centenaire, tirent le bilan de leurs vies, de leurs luttes et parlent du monde actuel, avec toute la force de leur vécu.

Elie se souvient parfaitement que son père et bon nombre de ses amis, tous morts en déportation, avaient lu Mein Kampf et ne prenaient pas au sérieux les paroles d'Hitler, ils pensaient qu'il ne ferait jamais ce qu'il disait vouloir faire. Elie est bouleversé qu'on puisse aujourd'hui encore être dans une forme de déni de réalité face aux menaces qui nous sont adressées.

Lucette qui a habité toute sa vie à Montmartre, a récemment entendu, en bas de chez elle un cortège crier mort aux juifs, elle a eu l'horrible impression de revivre le passé. Ginette qui a encore l'énergie de faire le tour de la France pour aller témoigner, et qui répond oui à chaque demande est persuadée aujourd'hui, qu'on n'apprend rien de l'Histoire.

Si Nicolas Roth, s'efforce de décrypter, depuis des années la mécanique nazie dans ses moindres détails, ce n'est pas pour qu'on se souvienne de ce qui lui est arrivé à lui mais pour que cela n'arrive jamais aux autres, quels qu'ils soient, il est dévasté de ne pas avoir pu faire plus pour changer le monde.

La grande leçon de vie que nous donnent ces hommes et ses femmes, à l'hiver de la leur, c'est que malgré le traumatisme, la perte de leurs proches, le fait d'être repartis de rien après les camps, la plupart de ceux que j'ai rencontrés ont réussi à construire leur vie et accomplir de grandes choses. Simone Veil en était le plus extraordinaire exemple.

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Ce texte a été originalement publié sur le HuffPost France. Cliquez ici pour en savoir plus.