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«Un si gentil garçon» à l’Usine C

Un si gentil garçon est œuvre réussie et très bien interprétée qui, sans jamais tomber dans la morale et les bons sentiments, pourrait donner à réfléchir de manière salutaire.

09/11/2017 07:04 EST | Actualisé 09/11/2017 07:04 EST

Les violeurs ne sont pas toujours ces horribles pervers assoiffés de sexe, de pouvoir et de violence que l'on imagine en général. L'insouciance d'un concert de musique de qualité suivi d'une fête entre jeunes et bons amis, arrosée d'alcool et pimentée de substances illicites, peut mener sans qu'on sache bien comment à des comportements inavouables et que l'on se reproche ensuite pendant toute son existence.

La forme de la pièce de Denis Lavalou, d'après le roman de Javier Gutiérrez, Un si gentil garçon, est particulièrement originale et réussie.

Pour cette œuvre intelligente et bien écrite, la petite salle de l'Usine C plongée dans une atmosphère de boite de nuit accueille un mélange très savant de théâtre, de narration, de musique live et de performances d'art visuel. L'excellente musique soul est interprétée par un orchestre situé sur la gauche de la scène (guitare électrique, basse, batterie, clavier). Sur la droite, un bar avec serveuse/artiste visuelle illustre par de très belles œuvres abstraites les tourments des protagonistes se projetant dans le fond, sur un écran géant, et qui sert aussi de dispositif pour des ombres chinoises. Dans ce décor fait de souvenirs confus qui remontent à vingt ans, Polo/Ruben – aidé par son psy à qui il n'ose pas tout dire – tente désespérément de faire table rase de son passé et de se débarrasser des angoisses et de la culpabilité qui minent tous les moments de sa vie et rendent insupportables autant son travail bien rémunéré que sa relation avec sa splendide et amoureuse compagne.

Polo a tout pour réussir et il a réussi. Il n'a rien d'un voyou. C'est un gentil garçon de bonne famille, bien élevé, intelligent et rempli d'idéaux quand il était jeune et qu'il jouait de la musique avec ses trois bons amis, Chino, Nathan et sa sœur Bianca dont il est depuis toujours amoureux. D'autres amis s'y sont greffé, rencontrés durant les études, la belle Gaby par exemple, ou durant les soirées chaudes, les jumeaux, à ce que l'on comprend, assez peu fréquentables.

Il y a les victimes, bien sûr. Mais ce que la pièce révèle et analyse le mieux, c'est comment les coupables s'en tirent ensuite, avec ou sans l'intervention de la justice.

Alors qu'est-ce qui a pris à cette sympathique équipée de bons copains bien comme il faut de glisser sur une pente dangereuse qui les a tous menés à la catastrophe ? La rencontre des jumeaux ? La candeur et le sentiment de toute-puissance des grands adolescents face à la consommation de substances qui sont des bombes à retardement ? Les désirs inconscients des protagonistes qui perdent toute inhibition, excités qu'ils sont après certaines consommations ? Qu'importe une fois que le mal est fait, et réitéré. Il y a les victimes, bien sûr. Mais ce que la pièce révèle et analyse le mieux, c'est comment les coupables s'en tirent ensuite, avec ou sans l'intervention de la justice. Car ce que l'on constate, c'est justement qu'ils ne s'en tirent pas.

La pièce est centrée sur Polo qui croise ses anciens amis après vingt ans d'exil. La narration fragmentée, déclamée tantôt avec et tantôt sans micro, s'harmonise parfaitement avec la musique de fond et donne un rythme et une esthétique sonore à la pièce qui bénéficie aussi des œuvres d'art visuel produites en direct devant les spectateurs.

Un si gentil garçon est œuvre réussie et très bien interprétée qui, sans jamais tomber dans la morale et les bons sentiments, pourrait donner à réfléchir de manière salutaire.

Un si gentil garçon, du 7 au 18 novembre 2017 à l'Usine C à Montréal

TEXTE, MISE EN SCÈNE ET SCÉNOGRAPHIE – DENIS LAVALOU

COLLABORATION ARTISTIQUE – CÉDRIC DORIER

D'APRÈS LE ROMAN DE – JAVIER GUTIÉRREZ

INTERPRÉTATION – JEAN-FRANÇOIS BLANCHARD, CÉDRIC DORIER, MANON DE PAUW, JOËLLE FONTANNAZ, HUBERT PROULX, INÈS TALBI

MUSICIENS – JÉRÉMI ROY (CLAVIERS), DANIEL BAILLARGEON (GUITARES), WILLIAM CÔTÉ (BATTERIE)

ASSISTANCE À LA MISE EN SCÈNE ET RÉGIE GÉNÉRALE – CAMILLE ROBILLARD

CONSEILLÈRE À LA DRAMATURGIE ET AU MOUVEMENT – MARIE-JOSÉE GAUTHIER

IMAGES – MANON DE PAUW

CONCEPTION LUMIÈRES – STÉPHANE MÉNIGOT

COMPOSITION ET MUSIQUE – JÉRÉMI ROY

COSTUMES, ASSISTANCE À LA SCÉNOGRAPHIE – MARIANNE THÉRIAULT

DESIGN SONORE – JULIEN ÉCLANCHER

RÉGIE SON – FRANÇOIS THIBAULT

MAQUILLAGE ET COIFFURE – KATRINE ZINGG

DIRECTION DE PRODUCTION, DÉVELOPPEMENT DE PUBLIC CANADA – KÉVIN BERGERON

DIRECTION DE PRODUCTION ET DE TOURNÉE SUISSE – CRISTINA MARTINONI

COPRODUCTION – THÉÂTRE COMPLICE, CIE LES CÉLÉBRANTS, THÉÂTRE DU GRÜTLI

Informations : http://usine-c.com/unsi-gentil-garcon/

Cet article a aussi été publié sur info-culture.biz

Un si gentil garçon © Théâtre Complice

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