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« JFK » à l’Opéra de Montréal

Comment Jack et Jacky ont-ils vécu les derniers moments de leur vie commune, sans soupçonner un instant le rendez-vous dramatique que leur réservait l'histoire ?

30/01/2018 07:07 EST | Actualisé 30/01/2018 11:32 EST

Il est des vies dont le destin est à la fois grandiose et totalement tragique, des histoires si incroyables qu'elles semblent exagérées, du genre de celles que l'on rencontre dans une certaine littérature ou au cinéma, et qui ont pourtant bel et bien existé. Le couple mythique composé de John Fitzgerald Kennedy, dit Jack Kennedy, et de son épouse Jacky, ressemble à ces personnages plus grands que nature que nous a légué la tragédie grecque antique.

Tout le monde a en mémoire les images de la voiture présidentielle qui défile tranquillement au milieu de la foule venue acclamer le 35e président des États-Unis à Dallas le 22 novembre 1963 et celles ensuite des coups de feu mortels qui atteignent John Fitzgerald Kennedy assis aux côtés de son épouse Jacky. Moins de trois ans après son entrée à la Maison-Blanche, l'assassinat du plus jeune président élu des États-Unis était filmé en direct et diffusé dans le monde entier.

Comment Jack et Jacky ont-ils vécu les derniers moments de leur vie commune, sans soupçonner un instant le rendez-vous dramatique que leur réservait l'histoire ?

Mais que s'est-il passé la veille de cet événement hors du commun ? Comment Jack et Jacky ont-ils vécu les derniers moments de leur vie commune, sans soupçonner un instant le rendez-vous dramatique que leur réservait l'histoire ? C'est à cette interrogation que répond le très bel opéra JFK dont l'excellent livret est signé Royce Vavrek et la superbe musique David T. Little, deux jeunes artistes incroyablement talentueux et qui tout en étant de leur temps s'inscrivent dans la tradition de l'opéra classique.

Dans l'antiquité grecque, Clotho, la fileuse, Lachésis la réparatrice et Atropos l'implacable, sont les trois Moires qui décident de la vie et du destin des pauvres mortels impuissants que nous sommes. Ces trois divinités sont ingénieusement reprises dans le livret de Royce Vavrek sous la forme de Clara Harris, la femme de ménage de l'hôtel Texas dans lequel le couple partage sa dernière nuit ensemble, Henry Rathbone, l'agent des services secrets qui veille sur la sécurité du président et d'un troisième personnage inquiétant qui apparaît ça et là. Si l'action et les personnages principaux sont bien réels et définissables, on voit que d'emblée le livret porte la réflexion du spectateur sur ce moment mystérieux où tout bascule dans une vie. Et puisque l'action se passe principalement la nuit qui précède le drame et qu'on est en présence d'êtres surnaturels, il était très judicieux de mener les personnages dans l'univers de leurs rêves et de leurs hallucinations, d'autant que JFK comme son épouse usaient de nombreux médicaments et autres barbituriques pour faire face à leurs douleurs physiques autant que morales.

C'est ainsi que moitié en rêves moitié en actions vécues, les deux protagonistes du couple s'interrogent sur leurs fonctions publiques, sur leurs relations amoureuses ou sur leur solitude, et rencontrent divers personnages qui les préoccupent comme cela se passe dans un rêve. Pendant que Jacky médite sur les infidélités de son mari ou sur ses deux enfants perdus, Jack se retrouve sur la lune où apparaissent à la fois sa sœur Rosemary qui a subi une lobotomie, et le président de l'URSS Nikita Khrouchtchev. Dans une autre phase de son sommeil agité, il reçoit par exemple la visite de Lyndon B. Johnson, son vice-président avec qui les relations n'étaient pas toujours très harmonieuses. Les actions et les décors se succèdent dans une œuvre chamarrée et pleine de rebondissements.

Les actions et les décors se succèdent dans une œuvre chamarrée et pleine de rebondissements.

Pas d'événements strictement biographiques dans ce très bel opéra JFK, mais un florilège de situations qui sont autant d'occasions de proposer des musiques toujours très belles et variées dans leurs styles et qui, grâce à la magie des superbes voix des chanteurs de la distribution, permettent de pénétrer la psychologie des personnages. Beaucoup d'émotions et de surprise donc pour les amateurs d'opéra dans cette magnifique œuvre qui fut présentée pour la première fois en 2016 à Fort Worth au Texas, lieu où se situe l'action principale (c'est là qu'est l'hôtel où réside le couple avant son départ pour Dallas au petit matin). Et il est à souligner que c'est la même distribution qui est présentée actuellement à Montréal. Les décors montrent essentiellement la suite présidentielle dans l'hôtel de Fort Worth, à quoi s'ajoutent la grande salle où se passe petit-déjeuner à la chambre de commerce, et de nombreuses vidéos parfois très émouvantes (images d'archives du mariage du jeune couple qui ressemble à des stars du cinéma), de lumières très texanes et d'une foule de figurants aux beaux costumes des années 60 dont certains, adultes et enfants, composent les magnifiques chœurs qui ajoutent à la majesté de la musique.

JFK, les 30 janvier, 1er et 3 février 2018 à 19h30 à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts de Montréal.

JFK de David T. Little et Royce Vavrek

Distribution : Les chanteurs de la création américaine reprennent leurs rôles à l'Opéra de Montréal. Le baryton Matthew Worth et la mezzo-soprano Daniela Mack incarnent le couple mythique du président John F. Kennedy et de sa femme Jacqueline (Jackie) Kennedy. À leurs côtés, le baryton-basse Daniel Okulich dans le rôle du vice-président des États-Unis Lyndon B. Johnson, la soprano Talise Trevigne dans les rôles de Clara Harris, de femme de ménage de l'hôtel et de Clotho, agente du destin, ainsi que le ténor Sean Panikkar, dans les rôles de l'agent des services secrets Henry Rathbone et de Lachesis, agent du destin. La soprano Cree Carrico est Rosemary Kennedy, la sœur du président Kennedy, et la mezzo-soprano Katharine Goeldner incarne Jacqueline Onassis, représentant le futur de Jacqueline. Le ténor américain Casey Finnigan se joint à cette distribution de haut vol dans le rôle du premier ministre de l'Union soviétique Nikita Khrushchev. L'Orchestre symphonique de Montréal donnera vie à la musique spectaculaire de Little sous la baguette expérimentée de Steven Osgood. La mise en scène et les décors sont de Thaddeus Strassberger, les costumes de Mattie Ulrich et les éclairages de Chad R. Jung. Les paroles sont du compositeur et critique musical Gregory Sullivan Isaacs (Theatre Jones).

Informations : http://www.operademontreal.com/

Cet article a aussi été publié sur info-culture.biz

JFK © Yves Renaud