LES BLOGUES

« Monument 0 », voyage ethnographique au FTA

01/06/2017 10:14 EDT | Actualisé 01/06/2017 10:14 EDT

Six danseurs (quatre hommes et deux femmes) aux origines diverses et visibles par les différentes couleurs de leur peau, dont les âges aussi les distinguent, certains très jeunes, d'autres d'âge mur. Dans quelles langues chantent-ils les chants qui les accompagnent par moments? Impossible de le savoir. Tribu d'Afrique, de Nouvelle-Guinée, d'Amazonie ou d'ailleurs? Le spectacle de danse contemporaine que propose Eszter Salamon est en tout cas très loin de l'Occident, pas seulement d'un point de vue géographique.

monument

La chorégraphe nous plonge sur le terrain des ethnologues et nous transporte dans un univers totalement étranger à celui auquel nous sommes habitués. Convulsions, sortes de transes, danses tribales, danses initiatiques, danses de fêtes rituelles, danses de guerre, costumes, masques et maquillages qui évoquent le monde des morts. Dans les sociétés traditionnelles, celles qu'autrefois on nommait « primitives ou archaïques », ces danses accompagnent généralement l'amour, la chasse, les mythes, la guerre, la mort. Ces danseurs apparaissent d'ailleurs aussi comme des morts : les revenants de ces sociétés plus ou moins absorbées par l'Occident depuis un siècle, acculturées par le jeu des différentes conquêtes technologiques, culturelles, guerrières...

C'est à partir de vidéos tournées par des ethnographes sur différents terrains ethnologiques que les danseurs de ce spectacle se sont initiés à ces danses rituelles venues d'un peu partout dans le monde. Apprentissage par l'imitation. Ils ont ainsi appris et condensé un nombre énorme de ces danses issues de sociétés traditionnelles aujourd'hui plus ou moins disparues.

Dans une semi-obscurité voire une obscurité totale, avec des moments de très grande lumière, les danseurs font leurs solos, puis dansent à deux, à trois... et tous ensemble, très coordonnés. Parfois, une voix les accompagne, leurs chants collectifs ou le choc de leurs bâtons ou de leurs pieds nus sur le sol. Le tout est d'une grande pureté, mais aussi un peu effrayant par moments ou empreint de détresse; parfois aussi on perçoit un certain humour, quelque chose qui frise la dérision. Les danseurs sautent très haut, manient le bâton comme une arme, partent dans diverses convulsions avec une incroyable énergie et jusqu'à l'épuisement.

Les danseurs sautent très haut, manient le bâton comme une arme, partent dans diverses convulsions avec une incroyable énergie et jusqu'à l'épuisement.

Le dépaysement est total. Les artistes représentent les autres de l'Occident, ceux qu'avec parfois beaucoup de culpabilité, certains pensent avoir envahis, colonisés, acculturés. C'est en partie vrai, mais c'est là toute l'histoire de l'humanité. Et les Occidentaux d'aujourd'hui ne sont que les descendants des conquérants d'hier. La conquête s'est faite aussi sur le plan technologique. Jamais aucune société traditionnelle n'a refusé quelque invention qui pouvait lui faciliter la vie...

Vers la fin du spectacle, les artistes disposent sur la scène des panneaux qui indiquent les dates - seulement les dates - des guerres coloniales qui auraient eu lieu entre 1913 et 2013. Mais l'Occident n'est pas l'inventeur de la guerre. Entre tribus aussi les guerres peuvent être féroces. En témoignent ces danses, très belles esthétiquement, mais qui ne laissent pas supposer beaucoup de douceur dans les batailles qui suivent...

Dans le cadre du festival TransAmériques à Montréal, Eszter Salamon propose en tout cas un très beau spectacle, avec des chants magnifiques et des danseurs vraiment talentueux.

Monument 0, les 30 et 31 mars 2017 à l'Usine C à Montréal

Festival TransAmériques, FTA

Un spectacle de Eszter Salamon

Dramaturgie Ana Vujanović

Interprétation Boglarka Borcsok, Joao Martins, Yvon Nana-Kouala, Luis Rodriguez, Corey Scott Gilbert, Sara Tan

Lumières Sylvie Garot

Son Wilfrid Haberey

Costumes Vava Dudu

Conseils théoriques et historiques Djordje Tomić

Production et organisation Sandra Orain + Alexandra Wellensiek

Coproduction HAU Hebbel am Ufer (Berlin) + Internationales Sommerfestival Kampnagel (Hambourg) + Les Spectacles vivants - Centre Pompidou (Paris) + PACT Zollverein - Departs (Essen) + Tanzquartier Wien + Centre Choregraphique National de Montpellier Languedoc- Roussillon - Programme Residences

Avec le soutien de Centre Choregraphie National Ballet de Lorraine - Accueil Studio 2013/2014 (Nancy) + Direction Regionale des Affaires Culturelles d'Ile de France - Ministere de la Culture et de la Communication (Paris) + NATIONALES PERFORMANCE NETZ (NPN) - Fonds de coproduction subventionné par Commission gouvernementale federale pour la culture et les medias selon une décision du Bundestag allemand (Berlin)

Création au Internationales Sommerfestival, Hambourg, le 8 août 2014

Informations: http://fta.ca/

Cet article a aussi été publié sur info-culture.biz

LIRE AUSSI:

» «La Bohème», magnifique, à l'Opéra de Montréal pour le 375e

» Un «Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu?», sauce québécoise

» Maxime Brillon au festival Jamais Lu


VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Les billets de blogue les plus lus sur le HuffPost

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter