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« Monsieur Ibrahim... », de et avec Eric-Emmanuel Schmitt

27/02/2017 10:17 EST | Actualisé 27/02/2017 10:18 EST

Créé d'abord pour être un récit, transformé ensuite en roman, tourné en film avec Omar Sharif dans le rôle principal, joué maintes fois sur des scènes théâtrales un peu partout dans le monde, monté depuis plusieurs années avec son auteur en solo sur scène, on peut dire que Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran possède une longue vie depuis la naissance du texte en 1999, sans oublier les centaines de milliers d'exemplaires du livre vendus. Ce n'est pas le seul grand succès de Eric-Emmanuel Schmitt, mais on peut se demander ce qui fait que ce texte soit vu par beaucoup comme un hymne à la tolérance qui lutterait contre une islamophobie qui semble une évidence sans être trop contestée ?

ericemmanuel schmitt

Dans un décor simple pour le TNM (en dehors des beaux éclairages) : à gauche un fauteuil élimé et une lampe qui symbolisent l'appartement obscur et plein de livres du jeune Moïse où il vit seul avec son père. À droite, on trouve un paravent et un bidet pour représenter la chambre des prostituées chez qui le garçon va s'initier à l'amour. Au centre, il y a quelques cagettes de fruits et légumes et un haut tabouret d'où le vieux sage Monsieur Ibrahim est censé observer le monde, immobile, dans sa petite épicerie ouverte presque nuit et jour. Et à l'arrière, des dunes et l'océan qui représentent l'évasion des deux protagonistes ; Eric-Emmanuel Schmitt déclame durant près de deux heures son monologue qui raconte l'histoire du petit Moïse transformé en Mohammed par le miracle de sa rencontre avec Monsieur Ibrahim.

Sans doute les deux personnages sont-ils très attachants. On imagine ce Monsieur Ibrahim comme un homme digne et sage, doté d'une longue expérience de la vie, qui, loin de son Anatolie natale, tient à Paris un petit commerce d'épicerie, dans le genre des nombreux dépanneurs que l'on trouve un peu partout à Montréal. Et puis il y a Moïse, un adolescent juif de 12 ans abandonné par sa mère à la naissance, flanquée d'un père bien névrosé et marqué par la Shoah, qui s'occupe mal de son fils et de lui-même, ne parvenant même pas à gagner sa vie malgré son métier d'avocat.

Au fil de leurs rencontres, le vieil homme ramènera le jeune garçon dans le droit chemin, lui servira de père ou de grand-père de substitution et le transformera en bon musulman, lui permettant de traduire son surnom Momo de Moïse à Mohammed.

C'est donc d'une rencontre pleine d'amour et d'affection dont il s'agit dans cette histoire, celle jugée insolite d'un vieillard et d'un enfant. Comme toutes les belles histoires, elle se termine par une sorte de « Happy End » où le garçon à la dérive parvient à se défaire des lourdeurs de son origine (une mère qui l'abandonne à la naissance et un père 100% dépressif qui l'abandonne aussi, ça ne constitue pas un très bon commencement dans la vie) pour s'affirmer face à sa mère repentante et se transformer fièrement en épicier musulman, à son tour...

Toute cette sagesse possédée par le vieux musulman soufi, celui-ci semble la tirer des fleurs du Coran. C'est en tout cas ce que lui-même affirme à maintes reprises. Quelles sont ces fleurs que contient ce texte sacré pour le monde musulman? Pour Monsieur Ibrahim, il s'agit de deux vraies fleurs séchées que l'épicier a placées dans son livre sacré comme si c'était un herbier. Mais du contenu réel du texte, rien n'est dit. Du jugement que ce texte n'a vis-à-vis des membres des deux monothéismes qui l'ont précédé (juifs et chrétiens, et qui veulent le rester) rien non plus.

Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, du 22 février au 4 mars 2017, au TNM à Montréal

Texte et interprétation Éric-Emmanuel Schmitt

Mise en scène Anne Bourgeois

Cet article a aussi été publié sur info-culture.biz