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Et si on remplaçait #AgressionNonDénoncée par #jesuisunabuseur?

08/11/2014 10:15 EST | Actualisé 08/01/2015 05:12 EST

Comme c'est là, la prochaine déclaration de Jian Ghomeshi pourrait bien être:

"La cause féministe n'a jamais aussi avancé rapidement que dans ces deux dernières semaines. Ne me remerciez surtout pas. "

Tout de même, je ne sais pas comment l'expliquer mais j'ai de la difficulté à me réjouir face à ce chœur de dénonciations en ce moment. Il y a six ans, j'étais à un souper de filles et trois filles sur quatre disaient avoir déjà vécu une agression. Y a t il quelqu'un de vraiment surpris avec tous ces témoignages ces temps-ci? Certes, ça fait du bien de briser des tabous, mais est-ce que la cause des femmes avance réellement ?

C'est un peu comme la Commission Charbonneau; on a beau dénoncer les abus, la culture ne change pas. On se fait tous abuser quand même dans le monde de la construction. Il y a quelque chose dans les relations hommes femmes, dans notre façon d'élever nos enfants, dans nos hiérarchies qui ne fonctionne pas. Qu'est-ce qui fait qu'on veuille tant avoir le dessus sur l'autre? Au point d'utiliser la violence pour soumettre l'autre à nos désirs ? Quelle est la source de cette soif de pouvoir qui mène à la destruction de l'autre et même de soi-même?

La prochaine déclaration de Ghomeshi devrait plutôt être la suivante:

"Je demande pardon pour tout le mal que j'ai fait. Je n'ai pas su comment assumer mes désirs et mes zones d'ombre. Je n'ai pas eu l'humilité de les reconnaître et d'aller chercher de l'aide. J'ai préféré blesser, mentir et me déresponsabiliser totalement face à mes actions. À compter d'aujourd'hui, je vais payer pour mes fautes et chercher l'aide dont j'ai besoin."

Pour toute les dénonciations faites cette semaine, y a t il un seul agresseur qui a demandé publiquement pardon ? Y a t il des abuseurs qui ont consulté pour avoir de l'aide?

Si dans les réseaux sociaux, il y avait un #maviolence ou un #jesuisunabuseur, serions-nous prêts à accueillir de tels aveux?

Car c'est là que le changement doit s'opérer. Dans le silence consentant du jeune homme qui laisse son ami profiter d'une fille saoule, dans le geste irrespectueux posé par un homme qui se croit permis de le poser parce qu'il est en autorité ou parce qu'il a payé pour le souper, dans l'excitation de celui qui se fait des scénarios d'abus sexuels. C'est dans la reconnaissance de son aveuglement volontaire ou de ses pulsions destructrices que le changement peut véritablement s'amorcer.

Pour que les abus cessent, il faut que les abuseurs se reconnaissent. Tout comme les victimes sont nos sœurs, nos mères, nos amies, nos modèles, il faut reconnaître que nos abuseurs sont nos frères, nos pères, nos amis et parfois, comme dans le cas de Ghomeshi, ce sont nos modèles.

Je vois d'ailleurs une piste de solution avec ces modèles déchus. N'ont-ils pas une responsabilité de montrer l'exemple, d'éclairer la voie du changement ? Si ces abuseurs notoires cheminaient, reconnaissaient leur problématique, se réhabilitaient, et ultimement, étaient pardonnés, ça donnerait peut être une autre option que le déni, la fuite et le règne des pulsions à ceux qui abusent.

Il faut certes parler sans honte, haut et fort pour les victimes. Mais je crois qu'il est tout aussi important que l'abuseur reconnaisse le monstre en lui et le soigne enfin.

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