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La souveraineté alimentaire au même titre que l'égalité homme-femme

03/08/2015 10:34 EDT | Actualisé 03/08/2016 05:12 EDT

La souveraineté alimentaire, concept élaboré par le mouvement citoyen international Via Campesina, gagne en importance. Plusieurs organismes, dont Les fermes Lufa, l'Union paysanne et Solidarité rurale du Québec en font leur modèle de développement. Même une partie de l'Église s'y met. Les Journées sociales du Québec, événement biannuel organisé par les diocèses, les paroisses du Québec et différents regroupements catholiques, portaient cette année sur la souveraineté alimentaire.

Pour la petite définition, il y a souveraineté alimentaire lorsque les peuples dépendent principalement d'eux-mêmes pour la production de leurs aliments et décident collectivement des conditions de production de ceux-ci. Au fond, il y a souveraineté lorsqu'il y a prise en charge d'une agriculture locale et respectueuse des écosystèmes et maîtrise des techniques nécessaires à celle-ci.

Le concept de souveraineté alimentaire est donc incompatible avec les accords de libre-échange, ainsi qu'avec le phénomène d'accaparement des terres. Les premiers prévoient l'octroi de subventions gouvernementales pour l'importation de certains aliments, souvent cultivés à grand renfort de pesticides et/ou brevetés par des multinationales de la transgénique. Ces aliments font concurrence déloyale aux produits locaux. Le second prive les cultivateurs de terres agricoles nécessaires à l'alimentation de tous, au profit de grandes compagnies qui ne les utilisent pas toujours pour produire des aliments.

Plusieurs entités font de la souveraineté alimentaire, de façon permanente ou temporaire, leur cheval de bataille. En 2007, 47 organismes ont signé une lettre demandant aux gouvernements fédéral et provincial d'inclure le concept de souveraineté alimentaire dans d'éventuelles politiques agricoles. Le Parti québécois a dévoilé, en 2013, sa propre politique de souveraineté alimentaire, engagement dont il ne reste probablement rien aujourd'hui. Le parti espérait que les Québécois consomment davantage de produits locaux, jusqu'à un minimum de 50%, et il invitait les acteurs du milieu et les citoyens à un effort en ce sens.

Autre prise de position en faveur d'une plus grande souveraineté alimentaire, le porte-parole de l'opposition officielle en matière d'agriculture a récemment décrié le phénomène de l'accaparement des terres. Les cas de producteurs n'ayant pu acheter ou agrandir leurs terrains parce que des firmes avaient misé plus cher qu'eux, et plus cher que le prix marchand, pour l'obtenir, l'avaient mis en juste colère. La fédération de la relève agricole du Québec a, quant à elle, mis sur pied une pétition demandant une intervention du gouvernement pour freiner l'accaparement.

Bien que ces initiatives soient plus que nécessaires, les demandes relatives à la souveraineté alimentaire présentent, à mon avis, deux problèmes. Elles sont floues et/ou insuffisantes. Trop souvent, on demande au gouvernement «d'agir», de «prendre des mesures», ou d'«élaborer de nouvelles politiques». Le problème est qu'exiger du gouvernement qu'il «agisse» lui laisse tout le loisir de faire des déclarations insuffisantes et de mettre sur pied des politiques qui laissent de côté l'essentiel. Il est difficile pour des groupes de défense des droits citoyens et pour la société de démontrer que le gouvernement ne répond pas à leurs justes demandes s'ils n'exigent rien de précis.

Les politiques ne sont que de vulgaires orientations gouvernementales ou administratives. Elles ne sont que l'expression, et parfois l'explicitation, de volontés. Elles peuvent être - et sont - balayées du revers de la main lors de l'arrivée d'un nouveau gouvernement ou même, parfois, par le gouvernement qui les a mises sur pied. Quant aux lois, elles peuvent, par exemple, être modifiées par une loi omnibus.

Les organismes, partis politiques, citoyens et spécialistes qui demandent au gouvernement de respecter les principes de la souveraineté alimentaire doivent le faire d'une même voix, non selon des annonces isolées ici et là, et doivent réclamer un même gain.

Les politiques et les lois étant impermanentes et modifiables, il faut viser une protection plus durable, soit l'inclusion du concept de la souveraineté alimentaire dans la Charte des droits et libertés de la personne du Québec, ou même, les élections imminentes étant une occasion de le réclamer, dans la constitution canadienne. Ces lois suprêmes sont, légalement et/ou socialement, beaucoup plus difficiles à modifier que de simples lois. Des dispositions sur la souveraineté alimentaire y seraient donc, une fois incluses, gravées de façon plus permanente.

La souveraineté alimentaire doit être l'un des fondements de notre société, au même titre que l'égalité homme-femme. L'interdiction de mettre les terres agricoles aux enchères et la diminution des subventions accordées aux produits importés faisant partie de notre système de lois le plus élevé, les citoyens auraient davantage d'outils pour défendre leurs causes devant les tribunaux.

Qui plus est, lorsque les acteurs formulent des demandes précises, les partis et gouvernements qui ne répondent pas à ces demandes ont soudainement des comptes à rendre. Pourquoi, eux qui affirment avoir à cœur l'autosuffisance alimentaire et la santé de leurs concitoyens, ne sont-ils pas prêts à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour garantir le respect de ces principes logiques? Voilà qu'il devient plus difficile pour eux de se dire en faveur de la vertu si cette vertu n'est pas nommément mentionnée dans notre charte.

La demande peut sembler audacieuse, mais plusieurs pays l'ont fait. L'Équateur, par exemple, a inclus le principe de souveraineté alimentaire dans sa constitution.

Comme le disait un révolutionnaire fort apprécié: «Soyons réaliste, exigeons l'impossible». Car le réel manque de réalisme et consiste à penser que quelques vœux pieux et annonces gouvernementales bidons pourront garantir des droits jalousés par des multinationales.

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